Allez-vous mourir dans les 5 ans à venir? Faites le test!

Deux chercheurs ont développé un test en ligne afin de prédire les risques de mortalité d'ici 5 ans. Notre propre perception de notre état de santé est capitale pour l'espérance de vie.

Valentin Dauchot et SO.DE.
Allez-vous mourir dans les 5 ans à venir? Faites le test!
©AFP

"Vous avez 0,6 % de chances de mourir lors des cinq prochaines années et le corps d'un jeune homme de 34 ans." Fantastique ! Selon le test élaboré par deux scientifiques suédois sur base des données sanitaires de 500 000 Britanniques, et librement accessible sur Internet depuis jeudi dernier, mon état de santé devrait me permettre de passer quelques printemps supplémentaires. N'ayant pas encore les 40 ans requis pour lancer le test, j'ai toutefois été contraint de me projeter quelque peu dans le futur et d'évaluer mon mode de vie à venir d'ici quinze ans.

Première question, donc, mon âge. Disons quarante-cinq ans, ce qui nous situe en 2030, date à laquelle j'espère avoir pu mettre un terme aux mauvaises habitudes qui altèrent mon espérance de vie. Vient ensuite le genre : "homme" ou "femme", question simple mais fondamentale puisque les demoiselles ont une espérance de vie plus élevée, et font face à des périls bien différents de ceux qui pourraient emporter ces messieurs. (Lire ci-contre).

Je fume occasionnellement, c'est mal ?

Ne voyant pas très bien en quoi cela pourrait influencer ma survie, j'indique ensuite au programme que je vis avec une autre personne, ma compagne, et que le foyer comptabilise deux véhicules au total. Nul ne sait si le fait de vivre avec mon frère ou ma grand-mère aurait joué en ma défaveur, mais le programme aurait sans doute jugé mon mode de vie malsain si j'avais eu quinze petits enfants à moins de cinquante ans.

Viennent alors les questions difficiles. "Est-ce que vous fumez ?" "De temps en temps, et uniquement quand je bois de l'alcool", critère qui, curieusement ne figure pas dans le questionnaire, tout comme le poids et le fait de pratiquer ou non un sport. Vider sa bouteille de rosé bien frais à chaque apéritif ou courir chaque année les 20 km de Bruxelles n'aura manifestement pas d'impact sur l'espérance de vie à court terme. "Fumiez-vous régulièrement dans le passé ?" "Occasionnellement" réponds-je, ne sachant pas très bien ce que cela signifie, avant de me reprendre et d'indiquer au programme que je qualifierais mon état de santé de "bon" et que j'ai l'habitude de "marcher d'un bon pas", signe inéluctable de vigueur et de santé éclatante.

Petite tendance à l'hypertension

Pas de diabète, de cancer, d'attaque, d'angine ou d'AVC, restons optimistes. Mais lâchons tout de même une petite tendance à l'hypertension, la faute au statut d'indépendant et à la crise que traversera toujours la presse écrite dans une dizaine d'années, si elle ne s'est pas tout simplement effondrée, sans compter les cinq tasses de café quotidiennement consommées par tout journaliste qui se respecte avant d'allumer son PC.

Questions psychosociales

Petite nouveauté de ce genre de test, le questionnaire inclut pour terminer une série de questions socio-économiques ou psychosociales : le décès d'un proche, une séparation ou des difficultés financières susceptibles de faire bondir le taux d'anxiété et la tension artérielle.

"Le fait de pouvoir mesurer l'état de santé des personnes en ligne par le biais d'un bref questionnaire, sans avoir besoin de passer par des tests ou des examens physiques, est un développement excitant", déclarait la semaine dernière au quotidien britannique "The Guardian" le Dr Andrea Ganna, dont les travaux ont été publiés dans la prestigieuse revue médicale "The Lancet". "Nous espérons que cela permettra aux médecins d'identifier rapidement les patients à haut risque. […] Même si le résultat ne doit pas être considéré comme une prédiction figée. Pour la plupart des gens, le risque de décéder dans les cinq ans peut être diminué en augmentant l'activité physique, en cessant de fumer et en mangeant de manière équilibrée."

Allez-vous mourir dans les 5 ans à venir? Faites le test!
©IPM

Marche, tabac, solitude… Les critères de la longévité

Rythme de marche, isolement social, dépression, mais aussi consommation de tabac, antécédent de cancer… Les questions posées par le test prédictif abordent tous les pans de la vie : histoire médicale, passé familial, environnement, facteurs socio-démographiques, mais aussi - et c'est ce qui fait l'originalité du test - psycho-sociaux.

1. La perception de la maladie. Le test interroge le répondant sur la perception qu'il a de son état de santé. Et l'étude montre que, pour prévoir l'espérance de vie, cette perception a autant de valeur - voire plus - que les mesures classiques de santé. "Cela confirme une série d'études, qui indiquaient déjà que les personnes qui ont une vision positive de leur vie vivent en moyenne 7 ans de plus", note le Pr Jean Petermans, chef de service de gériatrie au CHU de Liège. Les explications ? Les personnes avec une vision positive sont plus actives physiquement, ont de meilleures relations sociales, sont plus attentives à leur santé : elles vieillissent mieux et vivent plus longtemps.

2. L'entourage social est aussi abordé. "C'est une des qualités du test, il met en avant parmi les facteurs de risques des facteurs psychiques, qui sont des échelles très peu souvent étudiées pour l'espérance de vie. Or l'accompagnement, l'entourage affectif et les relations sociales sont capitaux pour un vieillissement actif, souligne le Pr Petermans. Nous essayons d'appliquer cela en gériatrie, mais il est important d'agir en amont. Intervenir à ce niveau retarde les effets néfastes du vieillissement. Il faut que les équipes médicales entourent le patient, mais aussi ses proches qui peuvent devenir des aidants."

3. L'état psychique. L'état dépressif fait aussi l'objet de questions. Cela a en effet une influence sur l'espérance de vie. "Une personne déprimée se sentira fatiguée, bougera beaucoup moins…" Chez les plus âgés, cela peut mener à une perte de muscle et donc à des chutes… En étudiant des octogénaires, on a aussi pu constater que les gens soucieux et déprimés mouraient plus vite que les autres. Pas de suicide, mais de causes physiques associées à la dépression.

4. Le rythme de la marche. "Il y a un parallèle entre la marche et les troubles cognitifs, la marche est un bon reflet de l'état fonctionnel. Une marche plus lente est un signe de déclin fonctionnel. Les études démontrent que si l'on marche en dessous de 0, 8 mètres par seconde, on a une chance de faire une chute dans les six mois."Ce qui était déjà démontré pour les plus âgés l'est ici pour de plus larges groupes d'âge. C'est le cas pour d'autres critères du test.

5. Le sexe. Homme et femme n'ont pas la même espérance de vie. Les maladies cardio-vasculaires touchent plus tard les femmes (de 5 à 6 ans). Les œstrogènes les protégeraient jusqu'à la ménopause, même si c'est à présent discuté. Pour ces mêmes raisons, l'AVC et le diabète sont plus fréquents chez l'homme. Mais le cancer est le critère le plus déterminant pour l'espérance de vie chez la femme.

6. Grossesse ou pas. Les études montrent qu'avoir des enfants est positif pour la santé de la femme. Allaiter diminue les risques de cancer du sein. Les mères sont aussi susceptibles d'être moins déprimées. Mais ces études ont été réalisées quand elles étaient surtout femmes au foyer. A présent qu'elles travaillent, peut-être faut-il tenir compte du burn-out...

7. La consommation de tabac est aussi un signal très négatif. Et l'arrêt du tabac a des effets très rapides, à bien moins de cinq ans, qui est l'horizon du test.

8. Les soucis financiers. Pour révéler sa richesse, le répondant doit préciser le nombre de voitures du foyer… Bas niveau socio-économique et mauvaise santé sont en général liés. Cela peut aussi avoir une influence sur la santé mentale.


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