L'été est là, les tiques aussi: conseils et éclairage
L'Institut scientifique de santé publique veut dresser une cartographie des zones les plus à risques. Pour cela, elle invite le public piqué ou mordu à se signaler sur le site TiquesNet.be. De leur côté, les infectiologues sont confrontés à une hausse du nombre de patients. Dossier sur une maladie souvent méconnue, y compris de certains médecins.
- Publié le 22-06-2015 à 21h52
- Mis à jour le 23-06-2015 à 20h28

L'Institut scientifique de santé publique veut dresser une cartographie des zones les plus à risques. Pour cela, elle invite le public piqué ou mordu à se signaler sur le site TiquesNet.be. De leur côté, les infectiologues sont confrontés à une hausse du nombre de patients sous anitiothérapie prolongée sans raison médicale valable, par méconnaissance de la maladie.
La borréliose de Lyme reste méconnue, y compris de certains médecins
Si nul n'ignore ce qu'est une tique, la pathologie qui peut résulter d'une morsure - appelée maladie de Lyme ou infection à Borrélia, car liée à la transmission d'une bactérie du même nom- demeure manifestement méconnue. Du grand public, mais aussi du corps médical, à entendre le Dr Bénédicte Delaere, infectiologue au CHU des Cliniques de Mont Godinne (UCL). Dans sa pratique clinique, la spécialiste est en effet confrontée à un nombre croissant de patients "avec des prises en charge assez particulières" pour la maladie en question.
Or il existe en Belgique une position scientifique pour laquelle un document a été rédigé par l'ensemble des hôpitaux universitaires, à destination des médecins généralistes et spécialistes. Sous la coordination de BAPCOC, le Comité belge de coordination de la politique antibiotique, un groupe de travail d'infectiologues, microbiologistes, médecins généralistes et épidémiologistes a en effet élaboré des recommandations sur la prévention, le diagnostic et le traitement.
À quoi est due cette méconnaissance de la maladie ?
Elle est notamment liée au fait qu'à l'heure actuelle, il existe une tendance, venant des États-Unis, à vouloir reconnaître comme atteints d'une maladie de Lyme "chronique" des patients présentant des symptômes aspécifiques. Ces patients sont alors traités par des antibiothérapies répétées et de longue durée. Mais il n'y a pas d'arguments scientifiques pour soutenir cette position et exposer les patients à des traitements antibiotiques excessivement prolongés. Lorsque des patients présentent des manifestations cliniques caractéristiques liées à l'infection, ils doivent être traités. Il n'en va pas de même pour d'autres présentant des symptômes aspécifiques, auxquels on attribue la maladie de Lyme sur base d'un seul examen sanguin et qui se voient imposer des traitements de plusieurs mois, voire de plusieurs années, avec des combinaisons antibiotiques. En tant qu'infectiologues, nous sommes confrontés à un nombre croissant de ce type de patients qui, malgré ces traitements, continuent à présenter des plaintes mais aussi des effets secondaires liés aux antibiotiques et chez qui, parfois, on a méconnu une autre pathologie.
D'autres éléments font-ils que la pathologie est méconnue ?
Les symptômes caractéristiques de l'infection active sont parfois mal connus, notamment parce qu'il existe une différence entre les formes américaines et les formes européennes (la bactérie transmise étant le plus souvent d'un autre type), mais il y a également une difficulté d'interprétation des résultats sanguins (sérologie, développement d'anticorps). L'érythème migrant se développe dans les 30 jours après la morsure, les anticorps peuvent, eux, mettre jusqu'à six semaines pour apparaître. Le diagnostic de l'érythème migrant se fait donc sur base de la clinique et non de l'examen sanguin. Par contre, pour les autres manifestations, plus rares et plus tardives, les anticorps sont le plus souvent présents. Comme ils persistent très longtemps, voire à vie, comme pour d'autres infections (la mononucléose, p.e.) - se baser sur la sérologie seule pour poser un diagnostic d'infection active n'est pas adéquat.
Comment interpréter la prise de sang ?
Si l'on observe la présence d'anticorps dans une sérologie, on fait ensuite un test de confirmation, afin de vérifier que les anticorps détectés sont bien dirigés contre Borrélia. Cela signifie que l'on a bien été en contact avec le microbe et que l'on a développé des anticorps. Mais cela ne veut pas dire que, en raison de cette sérologie positive, on est "malade de l'infection" ; l'exposition peut dater d'années auparavant et la majorité des infections en Europe centrale ne donneront aucun symptôme clinique. Le diagnostic doit inclure la présence de symptômes cliniques caractéristiques. On évitera donc de faire une sérologie devant des signes aspécifiques, telle la fatigue persistante.
Que sait-on à l'heure actuelle de la maladie de Lyme ?
C'est une pathologie infectieuse tout à fait réelle liée à l'infection par la bactérie Borrelia. Elle se manifeste par des symptômes le plus souvent caractéristiques et différentes atteintes sont possibles, mais c'est l'atteinte cutanée qui en Europe centrale est de loin la plus fréquente.
Comment se manifeste la maladie ?
La première phase de l'infection est une atteinte cutanée que l'on appelle l'érythème migrant, car cette lésion cutanée érythémateuse va s'agrandir au fil du temps à partir du site de la morsure jusqu'à atteindre parfois plus de 30 cm de diamètre. Elle se manifeste entre 3 et 30 jours (généralement entre 7 et 14 jours) après la morsure, sous forme d'une lésion annulaire rougeâtre, sans autre symptôme apparent la plupart du temps. Cet érythème migrant se traite par des antibiotiques de durée courte. Un petit pourcentage des atteintes cliniques (de 3 à 15 %, en Europe centrale) se manifeste sous une autre forme que cutanée : il peut y avoir des plaintes neurologiques, un peu différentes s'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte, ou des symptômes articulaires après plusieurs mois ou plusieurs années, qui ciblent principalement les genoux. Les autres manifestations sont beaucoup plus rares. Le traitement de l'infection active est bien établi et il est le plus souvent très efficace, basé sur des antibiotiques prescrits pour une durée variable selon le type d'atteinte.
Pas tous égaux face au régime ? La faute à nos bactéries
Chez les sujets où la présence de la bactérie intestinale Akkermansia est forte, les régimes ont plus d'impact.
Il pèse entre 1,5 et 2 kg. Le microbiote intestinal - autrefois appelé flore intestinale - regroupe 100 000 milliards de bactéries, cachées dans notre ventre. Soit dix à cent fois plus de bactéries que toutes les cellules que contient notre corps. Et ces centaines d'espèces de bactéries ont une influence directe sur notre quotidien. Parmi celles-ci, certaines permettent par exemple de prédire l'impact d'un régime sur la santé. C'est ce que viennent d'établir des chercheurs belges et français. "Nous ne sommes pas tous égaux face aux effets bénéfiques d'un régime pauvre en calories. Alors que certaines personnes voient leur cholestérol sanguin baisser, leur taux de sucre dans le sang amélioré ou encore leur tour de taille diminuer, pour le même effort d'autres personnes seront moins récompensées", rappellent les chercheurs.
Protection contre l'obésité
Pour l'équipe de recherche de Patrice Cani (Université catholique de Louvain) et celle de Karine Clément (AP-HP/Inserm/UPMC), en France, cette "injustice" serait due à une bactérie intestinale bien précise : Akkermansia muciniphila. Selon leur étude, parue ce 23 juin dans la revue "GUT", une forte présence d'Akkermansia muciniphila chez l'homme est associée à une meilleure santé et à un régime pauvre en calories plus efficace. "Il existe une association élevée entre les bactéries intestinales (microbiote intestinal) et le métabolisme (NdlR : processus de transformation de matière et d'énergie par l'organisme) de l'hôte", précise l'UCL. Plusieurs caractéristiques du microbiote, y compris sa diversité (la variété des différentes bactéries) et l'abondance de certains groupes de bactéries, joueraient un rôle clé sur le développement de l'obésité et les maladies métaboliques associées (diabète…).
Parmi les bactéries importantes, les chercheurs de l'UCL avaient déjà démontré qu'Akkermansia muciniphila joue un rôle majeur dans la protection contre l'obésité chez la souris. Comme peu de choses sont encore connues pour l'humain, ils ont cette fois étudié 49 personnes obèses ou en surpoids. Celles-ci ont été mises au régime, les chercheurs étudiant leur microbiote et leur santé.
Akkermansia, cible thérapeutique
Résultat : les sujets obèses ayant à l'origine plus d'Akkermansia muciniphila sont ceux qui ont le plus vu leur santé s'améliorer suite au régime. C'était surtout significatif pour la baisse du cholestérol, la diminution du tour de taille et la hausse de la sensibilité à l'insuline. Et les sujets ayant une meilleure santé avant et après l'intervention sont ceux qui avaient plus d'Akkermansia muciniphila, mais aussi un microbiote intestinal plus diversifié. " Ces travaux renforcent la nécessité d'étudier cette bactérie par exemple comme cible thérapeutique (NdlR : visée par un médicament) dans le cadre de la prise en charge des maladies associées à l'obésité." Cela fait d'ailleurs l'objet de recherches au sein de l'université belge.
Comment retirer correctement une tique ?
La façon adéquate consiste à la retirer avec une pince ad hoc, achetée en pharmacie, et non une pince à épiler, au risque de couper la tête qui va rester dans la peau, ce qui peut entraîner une infection. Il ne faut rien appliquer en local - ni dissolvant, ni alcool, ni vaseline - car tout ce qui endort relâche la musculature et augmente la régurgitation. Les tiques ont tendance à remonter dans les endroits les plus chauds (creux inguinaux, axillaires, entre les seins…) et une fois qu'elles ont bien mangé, elles se laissent tomber, sans même que l'on se soit parfois aperçu de la morsure.
Un nouveau site pour signaler une morsure de tique
Cartographie. L'Institut scientifique de santé publique (ISP) ambitionne de cartographier les régions de Belgique où le risque de morsure par tique est le plus élevé, ceci afin d'améliorer la prévention contre la maladie de Lyme. L'ISP lance dans ce but un site Internet, tiquesnet.be.
Les milieux favorables à la survie des tiques sont connus des scientifiques, note le Dr Sophie Quoilin de l'ISP. Il s'agit essentiellement d'endroits ombragés, couverts d'une litière végétale épaisse ou envahis par des broussailles, des fougères ou encore des herbes hautes. Mais le risque d'être mordu par une tique peut varier d'une année à l'autre, en fonction notamment des conditions climatiques." Le nombre total de morsures dont la population est victime chaque année en Belgique n'est pas connu. L'ISP invite toutes les personnes mordues par une tique à le notifier sur ce nouveau site Internet. Au plus les données seront nombreuses, au mieux les cartes refléteront la réalité. Au fil des ans, les données ainsi collectées permettront de déterminer les zones géographiques les plus à risque. Cela contribuera à améliorer considérablement la prévention active.