Le Belge Raphaël Liégeois est désormais officiellement un astronaute : "Je ne vais pas m'embêter en attendant de voler dans l'espace"
Raphaël Liégeois et ses quatre camarades de classe sélectionnés en 2022 ont reçu leurs ailes d'astronaute européen lundi à Cologne. Entretien avec le jeune diplômé.

- Publié le 22-04-2024 à 16h48
- Mis à jour le 29-04-2024 à 14h41

L'Agence spatiale européenne (Esa) a remis lundi matin leur diplôme à la promotion 2022 de ses candidats astronautes. Parmi eux, on compte un Belge, Raphaël Liégeois. Cette étape signifie l'achèvement avec succès de la formation de base des candidats, tous désormais éligibles à des missions spatiales. Nous avons interrogé Raphaël Liégeois, juste après la cérémonie.
Votre année d'entraînement de base est terminée. Quel est le sentiment qui domine ? Soulagement ou surpris que cela soit déjà derrière vous ?
Ce sont des sentiments un peu partagés : c'est vrai qu'il y a beaucoup de fierté d'avoir rempli les objectifs qui ont été assignés pendant cette année. Et puis dans un sens, c'est une première étape vers le rêve de devenir astronaute, qui prend un peu plus corps, encore. Une première étape sur un long chemin qui devrait nous amener vers l'espace.
Avez-vous une idée de quand vous volerez vous-même dans l'espace (vers la station spatiale internationale) ?
Non, on ne sait pas. Cela va se décider dans les semaines qui viennent. On aura des nouvelles, on espère, bientôt. Pour l'instant, ce qu'on sait c'est que les cinq nous allons voler jusqu'à 2030. Ce sera au plus tôt en 2026, et au plus tard en 2030. C'est au plus tôt dans deux ans car une fois qu'on est assigné à une mission, il y a deux ans d'entraînement.
Si vous êtes le premier à voler, vous débuterez tout de suite l'entraînement à Houston, aux États-Unis. Comment appréhendez-vous cela ?
Avec beaucoup d'excitation. D'un point de vue strictement professionnel, c'est génial d'aller à la Nasa, qui est quand même le centre névralgique des opérations de la station spatiale internationale. Donc de pouvoir être basé en entraînement là pendant longtemps, je pense que ça nous réjouit tous. Après évidemment, c'est de nouveau un nouveau pays, etc. mais voilà, j'ai déjà passé plusieurs années à l'étranger, y compris sur des continents différents. D'un point de vue personnel et pragmatique, cela ne me fait pas plus peur que ça. Ma famille m'accompagnera-t-elle aux États-Unis ? Cela va dépendre beaucoup de choses. Ça dépend de quand cela aura lieu, de l'âge que nos filles auront, etc. On verra.
Et si vous n'êtes pas le premier à partir, voire si vous êtes le dernier, qu'allez-vous faire en attendant ?
C'est qu'on appelle l'entraînement pré-assignation (à Cologne, NdlR). Cela consiste en des entraînements qui ne sont pas indispensables pour le basic training, mais tout de même pertinents pour l'apprentissage des astronautes. Donc ici, enfin au Centre d'astronautes européen, on peut par exemple passer son brevet de pilotage, son brevet de communication radio avec la station spatiale internationale, on pourrait être invité dans la mise au point de projet comme Gateway, une station spatiale internationale qui sera construite dans les années qui viennent autour de la Lune, dans le cadre du programme Artémis, dont l'Europe est un des partenaires principaux. Ce sont des tâches qui pourraient être remplies par les astronautes en attente d'une assignation. On donnerait notre input sur ce genre de programmes. C'est donc tout à fait passionnant. Alors, évidemment, l'assignation à une mission dans l'espace reste assez particulière. C'est ce pourquoi on fait ce métier. Mais en tout cas, je pense qu'il y a des choses intéressantes à faire de ce côté-ci. Je ne vais pas m'embêter en attendant l'assignation !
Pour revenir à l'année qui vient de s'écouler, quel est votre meilleur – et pire – souvenir ?
Franchement, de pire, il n'y en a pas. Il n'y a pas un moment où je me suis dit "c'était vraiment difficile ou nul". Globalement le plus difficile est de tenir la longueur parce qu'il n'y avait rien d'insurmontable au jour le jour. Il s'agit plutôt de tenir sur une année complète et rester disponible pour les instructeurs qui nous donnent des cours.
Pour les meilleurs souvenirs, cette année me laissera d'excellents souvenirs, cela restera une année vraiment particulière dans ma vie. Je dirais les souvenirs de cohésion d'équipe. Par exemple, l'entraînement de survie dans Pyrénées, seuls sans connexion dans la montagne et dans la neige… Il y a aussi eu les vols paraboliques, la semaine dernière. Tous ensemble, on a découvert cette dimension supplémentaire pour la première fois…
Vous avez donc goûté à l'apesanteur (les mouvements en parabole d'un avion en vol permettent de créer une brève apesanteur, NdlR). Vos impressions ? Vous n'avez pas été malade ?
C'était super chouette, j'avais juste envie que les paraboles durent plus longtemps ! Je n'ai pas été malade le premier vol parce que j'avais pris un médicament. Mais pour le deuxième vol, j'ai pris un autre type de médication qu'on m'a suggérée afin de tester différents médicaments et ce deuxième médicament fonctionnait moins chez moi. J'ai donc senti un petit peu ce que c'était que le mal de l'espace, – ce qui est bien aussi en soi de pouvoir appréhender cela – et après une dizaine de paraboles, c'est revenu à la normale et j'ai pu en profiter.
Vous pourrez donc vivre en apesanteur lors des missions…
Oui ! Enfin, les paraboles, c'est 20 secondes…
Vous avez votre diplôme, vous êtes donc en vacances à présent ?
Dans les prochains jours, on a nos qualifications de plongée. On a des qualifications médicales à passer…. On continue notre métier. Non, il n'y a pas a encore de longues vacances à l'horizon !