Sur Mars, le robot Curiosity fait une découverte "d'une taille sans précédent" : "Un succès" pour la recherche de traces de vie, selon les chercheurs
Les plus longues molécules organiques identifiées à ce jour sur Mars viennent d'être découvertes par des scientifiques français, américains, espagnols et mexicains, a annoncé le Centre national français de la recherche scientifique (CNRS) lundi.

- Publié le 24-03-2025 à 20h00
- Mis à jour le 24-03-2025 à 20h49
Des molécules organiques "d'une taille sans précédent" ont été découvertes sur Mars, selon une étude parue ce lundi soir dans Pnas. Les plus longues molécules organiques identifiées à ce jour sur Mars viennent d'être découvertes par des scientifiques français, américains, espagnols et mexicains, a annoncé le Centre national français de la recherche scientifique (CNRS) lundi. L'instrument ayant permis cette découverte, Sam, est intégré au rover Curiosity de la Nasa, qui étudie le cratère martien Gale depuis 2012. "Ce succès pave la voie pour de futures missions scientifiques interplanétaires à la recherche de traces d'une chimie complexe se rapprochant de la vie", affirme le CNRS.
Les longues chaînes carbonées découvertes, qui contiennent jusqu'à 12 atomes de carbone consécutifs, pourraient présenter des caractéristiques analogues aux acides gras produits sur Terre par l'activité biologique. Sur notre planète, ils sont notamment présents dans les graisses animales ainsi que les graisses et huiles végétales. C'est l'absence de mouvements géologiques et le climat aride et froid de la planète rouge ont permis de préserver cette précieuse matière organique dans un échantillon riche en argiles. Ces mudstones sont des boues riches en argile, consolidées en roche déposés dans des environnements aqueux peu profonds datant de 3,2 milliards à 600 millions d'années. Cette matière date ainsi de la période au cours de laquelle la vie est apparue sur Terre, selon le CNRS.
"Les argiles préservent très bien la matière organique, qu'elle soit d'origine biologique ou abiotique (par exemple provenant de météorites), ce qui en fait une cible privilégiée pour la recherche de traces de vie fossiles", éclaire la Professeure Emmanuelle Javaux (ULiège), qui étudie d'ailleurs des cellules fossiles et tapis microbiens dans des mudstones afin de reconstruire l'évolution de la vie sur Terre. "D'après le CNRS, les chercheurs ont découvert des molécules organiques formant des chaînes longues de 12 carbones dans des 'mudstones' datant de 3,7 milliards d'années. L'origine de ces molécules (biologiques ou abiotiques) est inconnue mais cette étude montre que c'est une bonne stratégie de cibler des 'mudstones', comme nous le faisons sur la Terre. Ces roches sont de plus mieux préservées sur Mars que sur la Terre à la même époque, du fait de l'absence de tectonique des plaques sur Mars."
Des milliards d'années
Une étude précédente avait découvert, toujours grâce à l'instrument Sam de la mission Curiosity, des molécules organiques préservées dans des mudstones lacustres de 3,5 milliards d'années, qui contenaient jusqu'à 8 ou 10 atomes de carbone.
"La nouvelle étude est importante car elle confirme que des molécules organiques diverses peuvent être préservées dans des roches argileuses martiennes très anciennes, et recule l'âge des plus vieilles molécules découvertes dans des mudstones martiens, souligne la Pr Javaux. Il faut cependant rester prudent car molécule organique ne signifie pas nécessairement trace de vie, la chimie organique étant banale dans l'univers ! Des molécules organiques avec beaucoup plus d'atomes de carbone organisés en structure complexes sont connues dans le milieu interstellaire ou dans des météorites, dans lesquelles on trouve même des acides aminés non biologiques."

Selon le CNRS, cette découverte réalisée par Curiosity aidera à préparer de futures missions d'exploration martienne, comme ExoMars. Cette mission Exomars va explorer le plus vieux terrain jamais exploré sur Mars, Oxia planum, datant d'environ 4 milliards d'années, et sera capable de forer à 2 mètres de profondeur pour prélever des échantillons qui seront analysés dans le ventre du rover par divers instruments. Le but est de rechercher des traces éventuelles de vie fossile, dont des molécules. Le laboratoire d'Emmanuel Javaux à l'Université de Liège en sera partie prenante.
De nombreux projets en développement
En étudiant les mudstones sur Terre, le laboratoire d'Emmanuelle Javaux a découvert notamment des cellules fossilisées de bactéries et d'eucaryotes qui préservent "parfois magnifiquement" des structures internes ou des molécules. "Dans le cadre de la mission Exomars et son rover Rosalind Franklin ainsi que du projet "Lifeforms" financé par le FNRS, nous faisons des expériences de fossilisation artificielle dans des argiles et conditions martiennes de l'époque où Mars était habitable, pour évaluer les biosignatures qui peuvent être préservées et ce qui pourrait être détecté par les instruments d'Exomars. Certains de nos échantillons fossilifères riches en argile servent aussi d'analogues pour l'équipe scientifique d'Exomars, dont nous faisons partie. Ces travaux ont pour objectif d'aider les interprétations des données qui seront obtenues lors de la mission, et d'éviter la détection de molécules ou structures ressemblant à la vie mais qui sont en fait abiotiques", signale encore Emmanuelle Javaux.
Rechercher des traces d'une chimie proche de la vie sera non seulement l'un des objectifs de la prochaine mission ExoMars de l'Esa lancée en 2028, mais aussi celui du programme joint Nasa-Esa de retour d'échantillon martien dans les années 2030. Plus loin dans le système solaire, les mêmes équipes internationales construiront un instrument similaire à Sam pour Dragonfly, le drone qui explorera la surface de Titan, le plus grand satellite de Saturne, à partir de 2034.