Pourquoi le changement climatique rendra nos hivers de plus en plus sombres
La couverture nuageuse importante dans notre pays s'explique par les caractéristiques de notre climat dit "tempéré océanique". Le réchauffement climatique pourrait encore aggraver les choses en hiver.

- Publié le 13-11-2025 à 08h24
- Mis à jour le 13-11-2025 à 09h51

Avec seulement 46 heures et 10 minutes d'ensoleillement à Uccle, contre une normale de 112 heures, octobre 2025 s'est imposé comme le deuxième mois d'octobre le plus sombre depuis le début des relevés, selon le bilan climatologique de l'Institut royal météorologique (IRM). Seul octobre 1998 avait fait pire. "Nous avons vécu une période anticyclonique peu pluvieuse mais marquée par un temps très sombre à cause de la présence persistante de nuages bas", décrit-on à l'IRM.
Un peu plus d'une heure d'ensoleillement par jour
Et selon les statistiques de l'IRM, les mois à venir ne devraient rien arranger. Ceux qui ont l'impression de dire au revoir au soleil à partir du changement d'heure jusqu'au suivant ne souffrent pas d'un biais pessimiste : "L'impression de rentrer dans un "tunnel" nuageux et de ne plus voir le soleil entre novembre et février est bien réelle puisque cela correspond à la période la moins lumineuse de l'année. Les mois les plus sombres étant décembre (48,58 heures d'insolation), janvier (59,07 heures) et novembre (65,77 heures)", relève Pascal Mormal, météorologue à l'IRM.
En décembre, il faudra (en moyenne) se contenter de… 1,6 heure d'ensoleillement par jour. C'est le pire. En juillet, le sommet, on peut espérer environ 6,5 heures par jour. La moyenne annuelle est de 4,4 heures quotidiennes. L'ensoleillement réduit en ce moment résulte bien sûr de la durée plus courte du jour durant la saison froide, mais aussi des conditions météo favorisant particulièrement les nuages en automne et hiver.
En effet, si l'on examine la nébulosité seule, "décembre confirme bien sa triste réputation de mois le plus sombre". Le nombre de jours qualifiés par l'IRM de couverts (au moins 80 % de la durée d'insolation théorique possible) en décembre est de… 21 jours, 20 en janvier et de 18 en novembre. Le nombre de jours totalement couverts (aucun rayon de soleil) est de 13 en décembre, 12 en janvier et 8 en novembre. On comptera à peine plus d'un jour totalement couvert en juillet 9 jour "couverts".

De même, seul 27 % du temps sera "dégagé" en décembre (30 % en novembre et 31 % en janvier) contre 58 % en juillet, selon les données calculées par le site Weatherspark à partir de la station de l'aéroport de Bruxelles. La période plus nuageuse de l'année commence aux alentours du 13 octobre et dure 5 mois et demi, se terminant aux alentours du 31 mars.

La couverture nuageuse caractéristique de notre pays s'explique par notre climat, dit "tempéré océanique". L'influence de l'océan et de la mer du Nord y joue un rôle prépondérant, avec des vents le plus souvent de secteur sud-ouest. Or, "c'est tout particulièrement en automne ou en hiver que les conditions seront les moins favorables, prévient Pascal Mormal. Le front polaire aura alors tendance à descendre vers des latitudes plus basses. Il va ainsi repousser les anticyclones subtropicaux plus au sud et favoriser un flux océanique, avec des dépressions pluvieuses et venteuses et parfois tempétueuses. En outre, à cette époque de l'année, même lorsque les conditions sont anticycloniques, le plus souvent, ces anticyclones sont mal positionnés de telle sorte que de l'humidité reste prisonnière dans les basses couches de l'atmosphère. L'humidité de la mer du Nord va alors générer nuages bas, brume et brouillard, surtout si le vent est peu présent."
Des hivers bien lugubres
Dans notre histoire, certains hivers furent particulièrement lugubres. Ainsi, le mois le plus sombre en Belgique fut décembre 1934 avec 9h31 min d'ensoleillement. Et peut-être vous souvenez-vous du triste record de décembre 2017 qui fut le mois avec le plus grand nombre de jours très nuageux et couverts (c'est-à-dire où l'ensoleillement est de moins de 20 %), avec… 30 jours de ce type. La saison avec le plus grand nombre de jours de ciel totalement couvert (ensoleillement nul) fut l'hiver 1993-1994, avec 46 jours.
Et sans surprise, "la Belgique ne figure pas parmi les pays les mieux lotis en ce qui concerne l'insolation, admet Pascal Mormal. De manière générale, ce sont les pays limitrophes de la mer du Nord ou les régions de l'extrême nord du continent qui sont les plus soumises à une nébulosité importante." La moyenne annuelle d'ensoleillement (1991-2020) est de 1603 heures à Uccle. Parmi les grandes villes européennes, Glasgow n'observe que 1216 heures d'insolation, tandis que Bergen en Norvège doit se contenter d' à peine 1135 heures. À l'opposé, La Valette, capitale de Malte jouit d'un ensoleillement annuel moyen autour de… 3050 heures.

Néanmoins, selon l'IRM, en Belgique, "depuis 1981, la durée d'insolation au printemps montre une tendance significative à la hausse, avec une augmentation moyenne de + 35 heures de soleil par décennie. Depuis 1981, on observe également une tendance à la hausse pour l'ensoleillement estival, avec une augmentation moyenne de + 20 heures de soleil par décennie. Par contre, l'hiver et l'automne ne présentent pas de tendance significative."

Pour expliquer au moins en partie cette hausse, une hypothèse est la diminution de la quantité d'aérosols dans l'atmosphère grâce aux efforts visant à réduire la pollution de l'air dans nos régions, ce qui permet notamment à davantage de rayonnement solaire d'atteindre le sol. Les particules fines émises dans l'atmosphère peuvent aussi modifier le fait que les nuages réfléchissent plus ou moins le soleil ; mais en revanche, elles vont rarement déterminer la formation d'un nuage à elles seules. Avec le dérèglement climatique, les climatologues observent également déjà des changements de circulation atmosphériques : de plus en plus, l'anticyclone des Açores remonte vers le Nord, surtout en été, ce qui augmente l'ensoleillement et enclenche une hausse de température.
L'impact du dérèglement climatique
Et pour la suite ? Les climatologues auteurs des projections pour l'Agence wallonne de l'air et du climat prévoient des changements dans l'ensoleillement sur notre pays avec la hausse des températures liées aux émissions de gaz à effet de serre : "Les étés vont devenir plus secs car plus anticycloniques (en raison de la remontée du front polaire vers le Nord vu le réchauffement du pôle et la fonte des glaces), donc avec moins de nuages et plus d'ensoleillement. En revanche, on n'attend pas de changement de circulation en hiver, mais comme il fera plus chaud et qu'un degré de plus entraîne 7 % d'eau en plus dans l'atmosphère, on aura un peu plus de précipitations et donc plus de nuages, ce qui diminuera l'ensoleillement", précise ainsi le climatologue Xavier Fettweis (ULiège).