Une richesse écologique née du canal
- Publié le 08-04-2006 à 00h00
Cet étang, dissimulé par les branches des arbres et les buissons et gardé par une forêt de roseaux, est le lieu favori des poules d'eau, des grèbes huppés, des mouettes et des cormorans.
Ce repaire d'oiseaux, situé le long de l'ancien canal Charleroi-Bruxelles, a été imaginé au début du XIXe siècle par Jean-Baptiste Vifquain, le promoteur de la voie d'eau artificielle. Ces étangs étaient à l'époque des retenues d'eau, destinées à éviter l'assèchement de ce tronçon du canal, qui a été abandonné lors de la modernisation en 1968. Ils faisaient office de réservoir pour l'eau déplacée à chaque passage des bateaux et se retrouvent tout au long de la liaison désaffectée Seneffe-Bornival-Ronquières. "Mais ce travail réalisé par l'homme a contribué 175 ans plus tard à la création de véritables zones naturelles", explique Christian Fayt, directeur du contrat de rivière de la Senne et forestier à la Division de la nature et des forêts (DNF). La retenue d'eau de Bornival est en effet à présent un espace protégé. Elle fait partie de la Réserve naturelle domaniale de Ronquières, établie autour du canal et qui s'étend sur les communes de Nivelles, Seneffe et Braine-le-Comte.
Propriété du ministère de l'Equipement et des Transports, la zone a été confiée à la gestion de la DNF. Christian Fayt, tout de vert vêtu et bottes aux pieds, sillonne régulièrement les onze hectares de la réserve.
A la retenue de Bornival, au lieu-dit des Rouges Terres, c'est la coloration rougeâtre du sol, due à la concentration en fer, qui retient l'attention. Autre particularité: les poudingues, une roche très dure constituée par des galets agglomérés. La réserve abrite aussi un étang aux nénuphars et une des plus grandes roselières de la région.
"Ces zones humides permettent le développement d'une certaine flore -aulne, peuplier, frêne- qui attire automatiquement une riche faune", précise Christian Fayt, contemplant le site depuis une cabane en bois, dont la fenêtre horizontale permet d'observer discrètement sarcelles d'hiver, martins-pêcheurs, et bécasses des marais. "Quand on pense que juste à côté coule une rivière polluée! Mais cela s'arrange depuis la construction de la station d'épuration de Nivelles."
Dans la réserve, l'eau des retenues a en revanche une qualité exceptionnelle. "Elle est en partie alimentée par des conduites venues de l'Eau d'Heure. L'eau de l'ancien canal est en général de bonne qualité. Très peu de rivières s'y jettent, elle ne reçoit donc pas d'égouts. Ici, la Samme passe en dessous du canal."
Nulle embarcation ne circule plus sur cette partie de la voie d'eau: à intervalles réguliers, des cascades ont été aménagées à la place des écluses, afin d'oxygéner l'eau et d'éviter les opérations de dragage. La mission de la DNF est de protéger ces richesses: faucher une petite partie des berges, retirer les déchets, nettoyer les ruisseaux qui débouchent dans le canal, comme celui du Ri Mathieu Simon, à Bornival. "Les alluvions entraînées par ce ruisseau pénètrent dans le canal, et peuvent le boucher. Mais c'est un dilemme, car l'îlot formé petit à petit est aussi très riche en faune et flore. On y trouve, par exemple, diverses espèces de libellules."
Outre la réserve et les berges de l'ancien canal, la DNF gère également d'anciens biefs isolés, comme le n° 28, près des Papeteries de Viriginal, qui sert aussi de frayère pour les poissons. A Ittre, les mélèzes du bief 31 accueillent à la fois des nids de cormorans et la héronnière la plus importante de la région.
Amatrices de sols pauvres, les orchidées ont même trouvé ici le lieu idéal pour s'épanouir.
© La Libre Belgique 2006
