Bruxelles veut réaménager un "rond-point inefficace, dangereux et invivable", mais cela suscite l'inquiétude: "C'est un quartier qui meurt"
L'enquête publique pour le réaménagement de la place Meiser débute ce lundi. Sur place, l'arrivée d'un chantier inquiète, même si le projet final est vu plutôt positivement.

- Publié le 11-03-2024 à 10h33
- Mis à jour le 11-03-2024 à 10h36

Son surnom lui colle à la peau. "Place Misère." Impossible de parler de l'état de ce rond-point sans entendre ce sarcastique sobriquet. "C'est un vrai casse-pipe, hein ! Quand les enfants étaient petits et qu'ils couraient partout, je devais les retenir pour ne pas qu'ils se fassent écraser." Chantal habite à Schaerbeek depuis une vingtaine d'années, à deux pas de la place Meiser. "Un cauchemar cette place."

Au coin de la chaussée de Louvain, le gérant d'un snack dit souffrir de la congestion : "Des embouteillages en permanence, des klaxons. Avant j'habitais à l'étage, impossible de dormir", confie Mansour, qui tient l'établissement depuis 2017.

Mais ce vaste espace où convergent avenue Rogier, avenue Plasky, chaussée de Louvain et boulevard Reyers s'apprête à fondamentalement changer de visage. Fini le rond-point à proprement parler. La Région bruxelloise veut créer deux carrefours à la place. "Meiser est actuellement un rond-point inefficace, dangereux et invivable. Bientôt, il sera transformé en place agréable et verte pour les riverains avec un carrefour à la fois plus fluide et plus sûr pour tous les modes", commente la ministre Elke Van den Brandt (Groen).
Parallèlement, des arbres supplémentaires seront plantés et des pistes cyclables seront créées. Une demande de permis a été introduite, et l'enquête publique va débuter ce lundi.
"On a peur du chantier"
"Sans chantier, c'est déjà le bordel", soupire Jean. Cela fait dix ans qu'il travaille dans un restaurant avec pignon sur rond-point. "Les travaux ? Bien sûr qu'on les redoute. Surtout à Bruxelles, où les délais sont sans cesse rallongés. Ils disent par exemple deux ans, et finalement c'est trois, ou quatre." La durée n'est pas encore définie, mais elle devrait être inférieure à deux ans, nous indique le cabinet de la ministre régionale de la Mobilité. "On a peur du chantier", glisse un autre restaurateur. "La suppression de stationnement au fil des années a déjà fait du mal aux commerces."
La situation future semble, de prime abord, appréciée. Ça ne pourrait pas vraiment être pire, nous dit-on en substance. "Si c'est comme sur les plans, ça sera bien", juge Jean. "Encore faut-il tenir jusque-là."
"Il y a trop de rues importantes qui débouchent ici. Cela amène beaucoup de trafic. Que faire d'autre ? Difficile à dire vraiment", s'interroge Yves, habitant du Brabant flamand devant venir chaque semaine place Meiser.

"Un quartier qui meurt"
Un constat revient : le commerce autour de la place Meiser est en déclin. "Vous avez vu le nombre de cellules vides ? Plus personne ne vient ici", déplore Haddou, qui travaille depuis dans un restaurant du coin. Claudine habite sur la place depuis trois décennies. "Avant, il y avait un fleuriste, un magasin de vêtements… tout ferme. C'est un quartier qui meurt."
Les travaux de suppression du rond-point sont prévus, en cas d'obtention du permis, d'ici au printemps 2025. Au total, un budget de quatre millions est prévu pour ce réaménagement. Une vingtaine de places de stationnement devraient être supprimées aux abords de la place.
Dans un second temps, il est prévu d'enterrer la ligne 7, qui passe boulevards Reyers et Wahis. Mais le chemin pour y arriver est encore long, et aucune date n'est encore définie.
Rappelons que d'autres grands travaux sont prévus dans ce secteur de la Moyenne Ceinture. Un certificat d'urbanisme a été attribué pour transformer le boulevard Reyers en "agréable boulevard urbain", avec un réaménagement de façade à façade entre Meiser et le square Vergote. Boulevard Lambermont, une vaste transformation du sens descendant entre la rue Max Roos et le boulevard Léopold III devrait se concrétiser en 2025.