Un CPAS bruxellois tire la sonnette d'alarme: "Nous entrons en médecine de guerre"
Privé d'une partie de ses subsides comme les autres CPAS, le centre d'action sociale de Jette entre en "médecine de guerre" pour boucler ses budgets. "On a un sentiment d'impuissance face à cette misère galopante", déplore la présidente, qui tire la sonnette d'alarme.

- Publié le 14-10-2025 à 11h48
- Mis à jour le 14-10-2025 à 11h56

"Révoltée", la présidente du CPAS de Jette. Nathalie Vandenbrande (indépendante, élue sur la liste de la bourgmestre Les Engagés) tire la sonnette d'alarme en tentant de boucler ses comptes de l'action sociale. "La classe moyenne est en train de basculer. La population de Jette se paupérise, et la situation va s'aggraver. On a un sentiment d'impuissance face à cette misère galopante."
En cause : la réduction des subsides fédéraux et régionaux dans le contexte d'austérité budgétaire, pointe la mandataire. Le CPAS jettois, comme les autres, dépend de plusieurs niveaux de pouvoir. Grosso modo, sur les près de 60 millions annuels du centre d'action social jettois, le fédéral met 40 millions, la Région 3 millions et la commune paie le reste, à savoir environ 17 millions.
"Les règles changent en cours de route"
Mais depuis le bouclage du budget 2025, les mauvaises surprises se sont multipliées. "On nous a à plusieurs reprises diminué les subsides. Les règles changent en cours de route. Ça ne va pas !" Côté fédéral, environ 653.000€ ont été retirés, ainsi que 125.000 de la Région. "Cela fait un manque de 759.000 euros pour 2025."
Pour 2026, l'exercice s'annonce encore plus périlleux. "Avant même de commencer, on part déjà avec – 1,2 million, avec ces subsides en moins et les indexations."

"L'Arizona prend une décision : OK, mais donnez-nous les moyens"
Dans ce contexte, le CPAS va être confronté à l'arrivée des exclus du chômage l'an prochain. À Jette, cela représente 1.700 personnes environ. "On compte 800 dossiers en plus, à quoi s'ajoutent 200 demandes d'aide ponctuelle, estime la présidente. Mais on est dans le flou total. On n'a pas les informations exactes sur le soutien du fédéral. Théoriquement, on devrait engager dix assistants sociaux supplémentaires, mais on n'a pas l'argent."
Politiquement indépendante, mais faisant partie d'une coalition Engagés-MR-Ecolo comptant deux partis membres de l'Arizona, Nathalie Vandenbrande, qui se définit comme "centriste", ne remet pas en question la philosophie même de la réforme du chômage. "Mais c'est une décision qui impacte fortement un autre niveau de pouvoir. L'Arizona prend une décision : OK, mais donnez-nous les moyens. Il faut assumer."
Une "médecine de guerre"
En cas de trou dans les caisses de l'action sociale, c'est vers la commune que le CPAS doit se tourner. Niveau de pouvoir également sous pression financière. "La commune n'est pas un puits sans fond", concède la présidente. À Jette, le taux de taxation est d'ailleurs déjà un des plus lourds de Bruxelles.
Dans l'attente de perspective, le CPAS se lance d'ores et déjà dans une "médecine de guerre", avec des choix concernant les aides à fournir. "On a annoncé aux associations qu'on ne pouvait pas s'assurer de la pérennité des subsides."
Quelques exemples. Le Centre d'Entraide de Jette, qui distribue des colis alimentaires, se retrouve en difficulté. L'association L'Abordage, active dans le quartier Esseghem notamment pour l'école de devoirs, est menacée de disparition. "Mais c'est un véritable phare au milieu d'une île. On a besoin du travail de ces éducateurs."