Doudou à Mons : un dragon emblématique aux secrets de fabrication bien gardés
Derrière ses gestes précis et le rituel de l'arrachage de sa queue se dissimule un savoir-faire précieux, transmis et perpétué par une poignée de passionnés.

- Publié le 15-06-2025 à 13h01
- Mis à jour le 15-06-2025 à 13h04

Il n'a pas de nom, mais tout le monde le connaît et le reconnaît. Qu'il trépigne d'impatience en coulisses ou qu'il fasse son entrée au pas de course dans l'arène de la Grand-Place, le dragon, véritable star du combat dit Lumeçon, capte tous les regards. En quelques secondes, il fait basculer Mons dans une effervescence unique, portée par la ferveur populaire et une tradition multiséculaire.
À la fois symbole, mythe et personnage central de la ducasse, il est attendu, redouté, célébré… Et convoité pour son crin porte-bonheur. Derrière sa carcasse se cachent quelques secrets de fabrication bien gardés et un savoir-faire tout particulier. "Il garde les séquelles de son affrontement face à saint Georges. Après chaque combat, il faut donc reboucher les trous, remettre sa mâchoire en état pour lui rendre ses dents, repeindre son corps, ses yeux, ses narines…", explique Fabrice Demeuldre, régisseur.
Un dragon vieillissant
La queue qui porte le célèbre crin n'est évidemment pas non plus épargnée et nécessite de ce fait un minutieux travail d'entretien. "Le dragon que nous utilisons encore aujourd'hui date de 1998. Il est donc vieillissant et de plus en plus abîmé. La structure, composée de rotin et d'osier, devient plus fragile, plus cassante car les matériaux sèchent. Le maintenir en état demande de nombreuses connaissances techniques, une vraie précision."
Si le remplacement de son corps n'est pas encore à l'ordre du jour, le crin, lui, doit sans surprise être remplacé et regarni chaque année. "Il vient en partie d'abattoirs et de centres d'achat de déchets d'abattoirs qui revendent notamment vers l'Europe et surtout la Chine. Lorsque nous récupérons le crin de cheval, il est encore sur l'os. Il faut donc dépecer et tanner le cuir."
Entre 60 et 70 % du volume arraché lors du combat
Secret de fabrication oblige, le régisseur n'en dira pas beaucoup plus sur la suite du procédé. "Il faut maintenir un peu de magie !", sourit-il. Une fois préparé, le crin doit être fixé de telle façon qu'il puisse être récupéré par le public sans pour autant que les éléments de la queue ne se détachent. Un challenge majeur lorsque des milliers de personnes se démènent à la corde pour obtenir le précieux sésame…
"Si l'on ne parle que du combat, on peut estimer qu'entre 60 et 70 % du volume de la queue est arraché." Une queue qui est en réalité composée de bien plus d'une unité. "Certains chevaux ont une queue plus volumineuse que d'autres. Une fois tannée et attachée au dragon, c'est le volume qui compte. Le minimum de queues de cheval utilisées pour la composer, c'est 9. Le maximum, c'est 17 ! Cela varie très fortement selon ce que l'on reçoit, selon la race des chevaux abattus."
Au fil des années, le savoir-faire a donc été acquis. Il n'empêche qu'une pression certaine pèse sur Fabrice Demeuldre et ses équipes. "On abat de moins en moins de chevaux et, en plus, il nous faut du crin noir. Conséquence : nous avons de plus en plus de difficultés à en trouver. Nous cherchons d'ailleurs déjà maintenant pour l'an prochain."
Il serait aujourd'hui inenvisageable de favoriser une alternative. "Du crin roux a déjà été glissé dans la queue en clin d'œil aux personnages féminins, mais le respect de la symbolique exige que le crin soit bel et bien noir. Nous avions déjà étudié la possibilité de le teindre, mais la quantité de produit à utiliser serait colossale, ce qui engendrerait des coûts bien trop importants."
C'est donc, chaque année, un petit miracle que l'équipe de la régie accomplit afin de regarnir la queue du dragon… avant de la faire tomber dans un public en liesse.
