Pierre Mardaga prépare la relève
En 1966, Pierre Mardaga rachetait "au bord du gouffre" l'imprimerie liégeoise Solédi qui l'employait. Quarante ans plus tard, il est à la tête d'une maison d'édition qui rayonne à travers toute la francophonie dans les créneaux scientifiques et culturels les plus pointus.
- Publié le 22-11-2005 à 00h00
ENTRETIEN
En 1966, Pierre Mardaga rachetait "au bord du gouffre" l'imprimerie liégeoise Solédi qui l'employait. Quarante ans plus tard, il est à la tête d'une maison d'édition qui rayonne à travers toute la francophonie dans les créneaux scientifiques et culturels les plus pointus.
Beaucoup ont retenu leur souffle en apprenant que ce grand format du livre cherchait un repreneur. N'allait-il pas se laisser séduire par quelque sirène française? On sait aujourd'hui qu'il n'en sera rien. Bien enraciné dans ses terres de Sprimont, celui qui reste administrateur délégué de la maison entend bien lui conserver son ancrage wallon et belge.
Pourquoi avez-vous souhaité de nouveaux actionnaires et comment avez-vous fixé votre choix?
Quand on n'a pas loin de 70 ans, il faut penser à assurer la pérennité. Mes gosses n'étaient pas intéressés, il fallait donc vendre, même si c'était difficile à envisager intellectuellement. J'ai été approché tout de suite par deux grands groupes parisiens -pas besoin de vous donner les noms... - mais il était clair que si j'acceptais leur offre, tout serait parti à Paris et aurait été vendu par appartements. Il y en a pour qui un livre n'est rien qu'un produit.
J'ai ensuite été approché indirectement par le groupe Lhoist, qui a son siège à Wavre, représente 10000 personnes dans 22 pays et est le numéro un mondial dans le domaine de la chaux et de la dolomie. Ce sont des gens qui font aussi du culturel, qui ont des maisons d'édition en France, qui entretiennent des musées. C'est à titre personnel qu'ils achètent des actions d'une maison d'édition et ils garantissent que nous restons en Belgique, en Wallonie. C'est convenu, c'est signé. Et c'est quelque chose d'important à l'heure où tout fout le camp: Dupuis, Casterman...
Ce ne serait pas plus facile, pour une maison d'édition francophone à vocation internationale, d'avoir son siège à Paris plutôt qu'à Sprimont?
On me pose souvent la question mais voyez: je suis l'éditeur du Centre de musique baroque de Versailles, l'Etat français m'a décerné le Grand Prix national de la promotion culturelle de l'architecture, je suis le numéro un mondial dans l'édition architecturale... Liège est plus près de Paris que Bordeaux, Lyon ou Marseille. Et ici, on a le calme, la sérénité, l'espace, et on évite l'engrenage du "parisianisme". Dans un métier comme le mien, on a besoin de recul.
Il faut aussi se rendre compte que si on était parti en France, c'en était fini des "Cahiers de l'urbanisme", édités avec la Région wallonne, ou de la collection du "Patrimoine architectural" wallon que nous sommes en train de remettre à jour.
© La Libre Belgique 2005
