Deux textes d'Apollinaire découverts

Aurélie Michel

Durant plus de 100 ans, deux textes de Guillaume Apollinaire ont été préservés dans l'intimité d'une famille. Abrités des regards derrière la couverture en cuir d'un carnet de poésie et conservés religieusement.

Restaurant O Mal-Aimé

Via ces deux textes, le passage à Stavelot en 1899 de Guillaume Apollinaire resurgit. Agé de 19 ans, Wilhelm de Kostrowitzky - Apollinaire de son nom de plume - et son frère passent l'été à Stavelot dans la pension Constant. Ils randonnent dans la région et Wilhem noircit des pages de textes en prose, notes et poèmes. Beaucoup sont dédiés à Marie Dubois, jolie fille de la bourgade. Puis, le 5 octobre à l'aube, il s'enfuit avec son frère pour rejoindre leur mère à Paris. Ils laissent derrière eux une longue ardoise à la pension et plusieurs textes.

Dans cette même pension, devenue le restaurant Ô Mal-Aimé, à la mi-novembre, deux membres du Centre de Recherches Historiques et Environnementales de la Haute Ardenne-Nosse Vîhe Abi découvrent deux textes inconnus du poète. "A côté de notre table, des personnes âgées exhibaient des photos. Comme j'effectue des recherches généalogiques, je suis allée leur parler, dit Marie-Claire Lejoly, stagiaire au CRHEHA-NVA. Tout à coup, un monsieur de 91 ans sort des photocopies de poèmes de sa poche. Il dit que sa mère s'appelait Marguerite Constant et que ses grands-parents tenaient la pension du même nom." "Je crois qu'il effectuait une sorte de pèlerinage dans la ville de sa mère, renchérit Bruno Kehl, président de l'ASBL. Quand on lui a demandé de qui étaient ces poèmes, il nous a répondu naturellement : d'Apollinaire. Il a écrit dans le carnet de poésie de ma mère".

Antoine - Marguerite

Les premières lettres de chaque vers forment le nom de Marguerite et Antoine-Marguerite, le prénom de la jeune fille lié à celui de son fiancé. Vérification auprès des Amis de Guillaume Apollinaire, il s'agit bien d'authentiques. On retrouve le brouillon d'un des textes dans le cahier de travail d'Apollinaire "Le Cahier de Stavelot". Ecriture et paraphe sont les mêmes que ceux du poète. Le style identique. Avec le vers "Le bonheur et l'amour lui diront : On prétend qu'on en meurt", l'écrivain lie amour et souffrance.

L'autre acrostiche, où les noms des amoureux sont assemblés, "révèle des allusions directes ou indirectes au merveilleux, au pouvoir surnaturel, thème fondateur dans l'oeuvre apollinarienne" indique l'Association stavelotaine. Pour Apollinaire, ce texte est une sorte de talisman que doivent conserver les fiancés pour se protéger des pouvoirs malfaisants des fées. Les époux ont suivi ses conseils à lettre. Leurs descendants aussi.

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