Où sont les neiges d'antan ?
- Publié le 29-01-2007 à 00h00
Lorsque, au XVe siècle, dans sa "Ballade des dames du temps jadis", François Villon, voyou et poète, pose la question "Où sont les neiges d'antan ?", il évoque tout juste le temps qui a passé depuis les dernières neiges : antan = ante annum, l'année d'avant, l'année passée. Mais aujourd'hui, l'ancien adverbe prend bien le sens qu'on lui a donné au cours des siècles. Et quand nous parlons des neiges d'antan, c'est bien avec la nostalgie d'un passé qui ne reviendra plus. Nostalgie, sauf évidemment pour tous ceux dont la situation est aggravée lorsque tombe la neige.
A Liège, en tous les cas, bien que cela arrive encore de temps à autre, il ne faut plus compter sur un Noël blanc, avec la neige qui craque sous les pieds, dans la nuit, sur le chemin glacé qui conduit à la messe de minuit. D'ailleurs, même la messe de minuit a changé d'heure et aujourd'hui on chante le Minuit chrétien à 20 ou 21 heures.
C'est en lisant entre les lignes des vieilles chroniques que l'on découvre des informations sur le climat du passé. On apprend notamment que pendant les hivers 583/584 et 588/589 les roses ont fleuri au mois de janvier. Des chroniques ponctuées de catastrophes naturelles : orages, gel, chutes de neige, canicules, tremblements de terre. Des épidémies aussi comme la peste et le choléra. Les famines, conséquences de la destruction des moissons affaiblissaient l'organisme des populations, sans défense face à des maladies infectieuses.
Aujourd'hui, j'ai choisi de m'en tenir à Liège sous la neige. En 1407, on sait que l'hiver fut très rude, on dit que l'encre gelait et qu'il était impossible d'écrire plus de trois mots à la suite. Les descriptions du sac de Liège par Charles le Téméraire, en 1468, font état d'un hiver terriblement dur. C'est en 1784, semble-t-il, que Liège a connu son hiver le plus rigoureux, de décembre 1784 à février 1785, il a gelé sans discontinuer avec des températures descendant jusqu'à... - 24,4 ° ce qui ne s'était jamais vu dans la ville. Les chutes de neige ont parfois été d'une abondance extraordinaire. En 1917, il y avait 26 cm de neige à Huy ! Le record est détenu par Waimes, en 1953, avec... 1,2 m de neige. L'hiver 1944/1945 fut un des plus rudes du siècle et tous les souvenirs de la bataille des Ardennes sont là pour en témoigner. En février 1969, la toiture du stade de football de Tilleur s'effondra sous la neige. Cette année-là on enregistra une couche de neige de 49 cm à Bierset.
La Meuse a souvent été totalement gelée au cours des siècles. En 1408, la Meuse fut gelée pendant dix semaines. De Jemeppe à Liège, on circulait sur le fleuve avec de gros chars remplis de blé et de denrées alimentaires. Le dégel fut terrible. Sur leur passage, d'énormes blocs de glace emportèrent tous les ponts en bois.
A Flémalle, on raconte qu'à la fin du XIXe siècle, l'épaisseur de glace était telle qu'on avait installé un carrousel sur le fleuve gelé et qu'un charretier avait traversé de Flémalle à Ivoz-Ramet avec sa charrette et son cheval ! Pour une description romantique de Liège sous la neige, je laisse la parole au docteur Bovy qui se souvenait de courses en traîneaux à la citadelle : "La surface unie et également congelée du sol se prêtait bien à ce genre d'exercice. C'était un singulier spectacle que de voir 200 traîneaux à la suite l'un de l'autre glissant dans le carré planté de la parade. Des deux torches allumées à chaque traîneau jaillissaient des flots de lumière qui faisaient scintiller les frimas attachés aux branches d'arbres comme autant de gerbes de diamants."
Mais où sont donc les neiges d'antan ?
