Une pratique vue de l'intérieur

"A la oue! A la oue! A la oue! ", tel est le cri des rabatteurs pour annoncer la présence d'un sanglier. Dans l'effervescence générale, ces hurlements sont soutenus par les cors de chasse et les aboiements des chiens, lancés à la poursuite de l'animal. Bientôt, les coups de fusil retentissent dans la brume.

Virginie Juprelle

A la oue! A la oue! A la oue! ", tel est le cri des rabatteurs pour annoncer la présence d'un sanglier. Dans l'effervescence générale, ces hurlements sont soutenus par les cors de chasse et les aboiements des chiens, lancés à la poursuite de l'animal. Bientôt, les coups de fusil retentissent dans la brume. L'action se déroule dans les bois de Bouillon, sur la route qui sépare cette commune et Florenville. C'est là qu'a eu lieu, ce dimanche 20 novembre, la chasse "La petite royale". Depuis huit heures trente du matin, environ nonante hommes, et quelques femmes, ont pris possession de la forêt, à la recherche du gibier. Le ciel est bas, la cime des arbres se perd dans le brouillard. Le givre sur les branches indique que la température est enfin de saison, en dessous de zéro.

"Malgré la brume et l'absence de soleil, ce temps reste idéal pour la chasse. Il fait bien frais, il ne pleut pas et l'air est tout de même un peu humide", commente André Halleux, agent de la Division de la Nature et des Forêts dans le cantonnement de Bouillon.

Chasseurs et traqueurs

"Il y a plusieurs types de chasse", explique Luc Wauthier, garde-chasse sur le domaine, "il y a, par exemple, la chasse à l'affût, où le chasseur est seul à un poste, et tire l'animal qu'il voit. Cette pratique est différente des battues que nous connaissons ici. Les chasseurs sont placés à l'extérieur d'un territoire délimité et le gibier est cerné et ramené vers eux par les rabatteurs, appelés aussi les traqueurs". Ils sont ainsi une quinzaine de rabatteurs, sans arme, à avancer sur une même ligne, souvent accompagnés de leurs chiens, pour débusquer l'animal. Au fond, les chasseurs, terrés derrière leur "paillasse", petit mur en bois d'environ un mètre carré, sont attentifs, prêts à tirer. Aujourd'hui, moins de quarante fusils sont chargés, car tous les chasseurs ne sont pas nécessairement armés. Tous sont d'accord pour affirmer qu'une des qualités de "La petite royale" est la convivialité et le respect de l'autre.

Selon Luc Wauthier, "il existe des chasses où les traqueurs sont totalement séparés et isolés des chasseurs. Pendant le repas de midi, par exemple, ils ne peuvent partager ni la même table, ni le même lieu. Ce n'est absolument pas le cas ici! Tout le monde est réuni, et la plupart des chasseurs et traqueurs se connaissent et s'entraident".

Règle et tradition

La chasse est une pratique strictement réglementée. Avant chaque battue, un "rond" est formé autour du commettant, le directeur de la chasse. C'est l'occasion pour ce dernier de rappeler les animaux pouvant être visés et tués: "Tous, sauf les grands cerfs et les daguets", cite Joël Poncelet, directeur de "La petite royale". "Chaque chasse reçoit un quota de bêtes à tuer", décrit le garde-chasse, "et ne pas respecter ce nombre autorisé, autant en maxima qu'en minima, entraîne directement le paiement d'une amende salée!De plus, chaque animal abattu est ensuite identifié".

Trois coups de cor sont sonnés pour indiquer la fin de la battue. C'était la dernière. Trois battues, d'environ deux heures chacune, ont ponctué cette journée durant laquelle une dizaine de bêtes ont été tuées. Au tableau de chasse, elles sont trente-sept au total pour le week-end: chevreuils, faons et surtout sangliers. Avant de se remémorer ensemble les moments forts du jour, un dernier rituel, incontournable: celui de la brisée. "La brisée est une petite branche de sapin que l'on place sur la tête de chaque bête tuée, elle-même alignée", explique Sylvain, traqueur, "on rend ensuite les honneurs aux animaux tombés et aux tireurs".

© La Libre Belgique 2005

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