"Un duel Pogacar-Remco? N'oubliez pas Seixas"
Nous avons fait le tour de plusieurs équipes pour analyser le duel annoncé entre le Belge et le champion du monde, avec le jeune Français en arbitre
- Publié le 24-04-2026 à 11h40
Le duel tant attendu, ces dernières années, entre Tadej Pogacar et Remco Evenepoel à Liège-Bastogne-Liège n'a, pour l'instant, jamais vraiment eu lieu. L'an passé, après sa préparation hivernale perturbée par son accident à l'entraînement, quand il avait été renversé par une camionnette de la poste, le Belge n'avait pas été dans le coup sur la Doyenne malgré son retour étincelant avec sa victoire sur la Flèche brabançonne et sa troisième place à l'Amstel Gold Race.
En 2024 et en 2021, lors des deux autres succès du coureur slovène, il était absent tandis que lors des deux victoires de l'actuel leader de Red Bull BORA hansgrohe, Tadej Pogacar n'avait pas pris le départ en 2022 (suite au décès de sa belle-mère) avant d'abandonner en 2023, sur chute.
Après son succès dimanche dernier à l'Amstel Gold Race et après avoir fait l'impasse mercredi sur la Flèche wallonne pour avoir plus de fraîcheur dimanche, Remco Evenepoel a l'ambition d'aller chercher un troisième succès à Liège. Et d'égaler le Slovène, lauréat trois fois sur le monument wallon. Comment doit-il s'y prendre pour devancer le champion du monde ? Nous avons sondé le peloton.
N'oubliez pas Paul Seixas dans l'équation, dans ce duel !
À cette question, une réponse est revenue comme un véritable boomerang : "N'oubliez pas Paul Seixas dans l'équation, dans ce duel !" Un véritable refrain, scandé en chœur au départ des Flèches brabançonne et wallonne, bien avant la victoire du prodige français au sommet du Mur de Huy, mercredi.
Du côté des Visma Lease a Bike, qui déplorent le forfait de Mattéo Jorgenson ("sans sa chute, il aurait titillé Evenepoel dimanche à l'Amstel", regrette le directeur sportif Frans Maassen), on se réjouit de la performance de Ben Tullett, deuxième de la Flèche wallonne. "Mais on sait que Pogacar et Evenepoel sont au-dessus du lot, reconnaît Frans Maassen. Et il faut ajouter Seixas. Quand on a vu le sprint, rapide, de Remco à l'Amstel, je me dis que Pogacar devra parvenir à le lâcher avant l'arrivée s'il veut s'imposer."
Un avis partagé par Dirk Demol. "J'ai d'abord envie de répondre que je souhaite voir un spectacle passionnant comme sur la plupart des courses du début de saison", avance dans un premier temps l'actuel directeur sportif de Flanders Baloise. Je n'ai pas l'impression que Pogacar et Remco parviendront à se lâcher. Je les vois arriver ensemble à Liège. Peut-être avec Seixas. Et le sprint décidera. Ils sont tous les deux rapides. La fraîcheur en fin de course sera déterminante."
Au bout d'une course aussi longue et dure, il n'y a pas besoin d'être plus rapide pour gagner le sprint, il faut juste être plus frais.
Un argument relevé aussi par Maxime Monfort. "Au bout d'une course aussi longue et dure, il n'y a pas besoin d'être plus rapide pour gagner le sprint, il faut juste être plus frais", analyse l'ancien coureur wallon, qui espère mener Skjelmose ou Ciconne avec les meilleurs, dimanche, au sein de son équipe Lidl-Trek. "Sur le papier, Remco, Tadej, mais aussi Paul Seixas sont au-dessus du lot. Je ne vois pas Evenepoel lâcher Pogacar. Il ne m'a pas impressionné à l'Amstel, même s'il a gagné et bien gagné. Et il faudra voir le contexte, dimanche, avec l'orientation du vent. Il venait de l'est, ce qui est assez atypique, et pourrait mener à une approche rapide de La Redoute. Et il y a aussi l'ajout de la montée du Maquisard avant cette fameuse Redoute qui pourrait jouer un rôle. Le meilleur plan de Remco serait pour moi de rouler intelligemment, de ne pas en faire trop et de miser sur la fraîcheur pour le sprint. Quand il est frais à l'arrivée, on sait qu'il a du punch."
Le sprint de Remco est meilleur que l'an passé.
Ce que confirme son ami et ancien coéquipier Louis Vervaeke. "Je pense que, dimanche, Remco aura comme mission de suivre Pogacar, raconte le coureur de Soudal-Quick Step. Et c'est possible, car les montées de Liège, ce ne sont pas des cols. Par contre, je ne le vois pas anticiper, car l'équipe UAE ne le laissera jamais partir. Il va devoir s'accrocher. Jusqu'à l'arrivée. Et miser sur son sprint. Qui est bon. Et meilleur encore que l'an passé."
Le scénario peu probable d'alliances d'autres équipes
Une alliance entre les équipes est-elle possible pour contrer la domination de Tadej Pogacar ? "Sur le papier, ce serait intéressant, d'autant plus que le bloc UAE Emirates XRG me semble un peu moins fort ces derniers temps", nous indique Benoît Vaugrenard, directeur sportif de Romain Grégoire chez Groupama – FDJ United. "Ils n'auront pas Del Toro, par exemple, à Liège. Si une grosse course de mouvements se lance rapidement, avec des gros groupes qui s'allient pour isoler Tadej dès la trilogie Wanne-Stockeu-Haute Levée, cela pourrait ouvrir la course. Mais avec le système de points UCI actuel, cela ne se produit quasiment jamais. On voit même parfois des grandes équipes rouler pour la deuxième ou troisième place… C'est dommage. Mais avec ce système imposé au peloton, tout le monde le fait. Nous aussi."
Valério Piva ne voit pas non plus ce scénario se produire. "Le bloc UAE un peu moins fort ? Cela reste une équipe impressionnante articulée autour de Pogacar, répond l'actuel directeur sportif de Jayco AlUla. Cela me semble aussi compliqué de lancer une course de mouvements si les trois ou quatre meilleures équipes contrôlent les débats en tête de peloton."
Avant l'explication d'homme à homme dans les côtes déterminantes de l'impitoyable tracé de Liège-Bastogne-Liège. "Pour le battre, il faut parvenir à suivre Pogacar. Comme Wout van Aert l'a fait à Paris-Roubaix", ajoute Valério Piva.
Pour Sébastien Demarbaix, le favori, pour dimanche, reste le coureur slovène. "Il est le plus fort sur un parcours comme celui du monument de dimanche", raconte le directeur sportif de Cofidis, une formation qui visera aussi des places d'honneurs avec Izagirre ou Aranburu. "Et sur une épreuve comme la Doyenne, il y a finalement peu de tactique… Même face au meilleur directeur sportif du monde d'un point de vue stratégique, Tadej Pogacar garderait l'avantage. Car une telle épreuve se joue à la pédale. Ce sont les jambes qui parlent. Et qui décident. Remco devra donc tenter de suivre le champion du monde. Et espérer le battre au sprint. Mais il arrivera sans doute dans la dernière ligne droite avec moins de fraîcheur que dimanche dernier à l'Amstel Gold Race…"
Jean-François Bourlart, le manager de Lotto-Intermarché, pense aussi que la meilleure tactique pour Remco Evenepoel sera de parvenir à suivre Tadej Pogacar. "Ce ne sera pas simple, car le champion du monde va sans doute multiplier les offensives dans les nombreuses difficultés du parcours", raconte celui qui espère voir Lennert Van Eetvelt aller chercher une belle place d'honneur. "Remco a progressé au sprint ; j'ai trouvé qu'il a géré l'Amstel Gold Race de manière très calme. Pour être plus serein, Pogacar devra donc le lâcher avant la dernière ligne droite. Cela promet une belle lutte."
Il s'interrompt. Avant d'ajouter, enthousiaste. "C'est génial d'avoir un concurrent en plus dans cette lutte avec ce Paul Seixas, termine-t-il. Waw, quel phénomène lui aussi. C'est incroyable ce qu'il fait. C'est bien pour le vélo."
Et le spectacle ! Vivement dimanche !