Inquiétude à la veille du départ du Giro : "Un échec retentissant"
Le Giro s'élance de la Bulgarie ce vendredi pour les trois premières étapes. Mais le pays des Roses est-il prêt à accueillir le plus grand événement cycliste de son histoire ?
- Publié le 07-05-2026 à 09h31

La Bulgarie et le vélo ne sonnent pas comme une association évidente. Loin de là. Le pays des Roses n'a jamais enfanté une star mondiale de la petite reine. Les icônes du sport se nomment, entre autres, Kostadinov, fameux bourreau de l'équipe de France en 1993, Stoichkov, Ballon d'or 1994, et plus récemment le tennisman Dimitrov, ex-n° 3 mondial, que l'on surnommait "Baby Fed" pour sa gestuelle semblable à celle de Federer.
Mais si la bicyclette n'est pas le sport numéro un, il y aura quand même du monde pour la venue de Jonas Vingegaard et du peloton. Des dizaines de milliers de spectateurs locaux sont attendus sur le bord des routes, ainsi que 100 000 touristes étrangers, d'après le média bulgare 24 Chasa.
Vers un "un échec retentissant" ?
Mais ce Grand Départ dans le pays des Roses a déjà suscité quelques polémiques. Alors que la Bulgarie fait face à une fragmentation politique importante, huit élections législatives ont eu lieu en cinq ans. Mi-avril, l'ex-président Roumen Radev a obtenu une majorité absolue pour former le gouvernement. Ce qui devrait permettre à la Bulgarie de retrouver une stabilité, qui a manqué dans l'organisation de ce Giro.
"Malheureusement, les préparatifs d'un événement d'une telle ampleur ont tardé à démarrer. Le contrat n'a été signé que le 16 février par le gouvernement précédent, qui savait pertinemment qu'il ne mettrait pas le projet en œuvre. Nous avons bien avancé dans les démarches juridiques, mais l'organisation pratique accuse un retard considérable", a lancé Dimitar Iliev, ministre des Sports de l'époque en Bulgarie.
Nous nous contentons donc de moins de luxe.
Le média national Segabg a affirmé, en mars dernier, que pratiquement "rien n'était fait" concernant l'organisation et qu'il était fort probable que ce Grand Départ soit "un échec retentissant". Au total, la Bulgarie aurait payé 12,5 millions d'euros à l'organisateur du Giro, RCS Sport, d'après les médias locaux, selon le site Escape Collective, pour accueillir ces trois premières étapes. À titre de comparaison, Jérusalem, en 2018, aurait payé 10 millions, contre 24 millions pour Budapest en 2022 et 7 pour l'Albanie l'année dernière. Le Grand Départ offre à ces pays de la visibilité. "Cela profitera énormément à notre image", a déclaré Borshosh, le ministre bulgare du Tourisme, début 2026.
Alors qu'un autre problème se pose : celui de la logistique. Un désaccord a eu lieu entre l'organisateur du Giro et les équipes en fin d'année dernière. RCS Sport a proposé 115 000 € à chaque formation pour le déplacement entre Sofia, point d'arrivée de la 3e étape en Bulgarie, et Catanzaro, lieu de départ de la 4e étape en Italie (1 500 km séparent les deux villes). Mécontentes, les équipes ont exigé 160 000 €. Une demande refusée par RCS, qui a ensuite réévalué son aide à hauteur de 125 000 €, une nouvelle offre également rejetée. On ignore si un accord a été trouvé depuis.
Mais la plupart des équipes ont prévu de limiter les frais, comme l'a révélé Bart Wellens, directeur sportif de Lotto-Intermarché, chez nos confrères de WielerFlits : "De nombreuses équipes, dont la nôtre, choisissent donc de se rendre au départ en Bulgarie avec un nombre minimal de véhicules. Après tout, la course ne dure que trois jours, nous nous contentons donc de moins de luxe." Ce qui ne devrait pas freiner les ambitions d'Arnaud De Lie d'aller chercher quelques bouquets dans le pays des Roses.