Marc Coucke, itinéraire d'un milliardaire fantasque et imprévisible (PORTRAIT)
- Publié le 21-12-2017 à 07h52
- Mis à jour le 21-12-2017 à 14h09

Marc Coucke a fait fortune en prenant des risques. Ces coups de poker lui permettent d'investir dans ses passions. Avec sa diction bien particulière, tantôt affublé d'une écharpe du KV Ostende et bientôt du RSCA Anderlecht, ou, auparavant, coiffé d'une casquette de l'équipe Omega Pharma-Quick Step, Marc Coucke se distingue de bien des patrons "classiques", raides comme le levier de vitesse d'un bus à impériale.
Ce "self-made-man" truculent a surtout fait parler de lui en novembre 2014 en devenant l'un des hommes les plus riches de Belgique après sa plus-value record (1,45 milliard d'euros) réalisée lors de la vente de "sa" société, Omega Pharma, au groupe américain Perrigo. Cette vente avait fait polémique, puisque, conformément à la loi sur les plus-values en Belgique, M. Coucke n'avait pas payé un euro d'impôt sur cette somme. Face au tollé public, l'homme d'affaires flamand avait promis d'investir une grande partie de ce montant dans l'économie belge. "Si je me suis engagé à investir en Belgique, ce n'est pas pour me donner bonne conscience, mais parce que je suis comme cela", expliquait-il à l'époque.
Le château familial envahi de lettres
Dès cette annonce, M. Coucke avait été envahi par les courriers de proposition d'investissements, allant du projet le plus loufoque au plus concret. Il expliquait que c'était parfois ses deux filles Alysée et Chloé, 10 et 14 ans, qui triaient toutes ses lettres arrivées au prestigieux château de Merelbeke, près de Gand, où la famille Coucke a élu domicile. C'est aussi là, dans les anciennes écuries et face aux prés où galopent les chevaux familiaux, que se situe l'épicentre de l'empire Coucke : sa société d'investissement AlyChlo, en référence au prénom de ses deux filles.
Et Marc Coucke, homme direct et accessible, a tenu parole en investissant des centaines de millions d'euros dans notre pays. En Wallonie, il a ainsi notamment misé sur la firme pharmaceutique liégeoise Mithra. Même si son arrivée n'a pas plu à tout le monde, M. Coucke a dépensé une petite fortune pour "booster" le tourisme à Durbuy, un investissement de "cœur" pour le milliardaire qui y passait ses vacances lorsqu'il était petit. Il n'a également pas hésité à relever le pari du parc animalier Pairi Daiza de son ami Eric Domb.
Le début ? Du shampoing dans des bidons de 5 litres
A noter que le Gantois n'est également pas novice dans le sport. Outre son investissement dans le club de football d'Ostende, autre placement sentimental de Marc Coucke qui a vécu dans la ville côtière où ses parents résident toujours, l'homme d'affaires a l'expérience d'une équipe de cyclisme professionnelle, avec Omega Pharma, et d'un club de basket féminin (Castors Braine). Ces derniers mois, le quinquagénaire avait également énormément investi dans la santé, en subsidiant notamment des campagnes de prévention du cancer colorectal à travers le pays. Cet intérêt ne date pas d'hier.
Né en 1965 à Gand, Marc Coucke a étudié la pharmacie "pour faire comme papa" et ensuite le management. Pendant son service militaire, il fait la connaissance d'un autre de "Pharma", Yvan Vindevogel. Ce dernier convainc Marc Coucke de fonder leur petite entreprise pharmaceutique : "A cette époque, on vendait seulement du shampoing, dans des bidons de 5 litres. Le matin était consacré au service militaire et l'après-midi, je chargeais le shampoing dans la voiture et je visitais les pharmacies. La facture était directement faite et l'argent rentré", confiait-il il y a quelques années au site "Guido.be".
"Le choix le plus difficile de toute ma vie"
Omega Pharma a démarré avec 300 000 anciens francs belges apportés par les duettistes qui n'ont pas perçu le moindre salaire pendant cinq ans. En 1993-94, un gros groupe néerlandais veut racheter Omega Pharma et propose 100 millions de francs à chaque associé. "Comme je ne voulais pas vendre, mon associé m'a demandé le même montant que celui que me proposaient les Néerlandais : 100 millions de francs pour sa moitié des actions. J'avais 29 ans et j'avais deux jours pour décider entre plus 100 millions sur mon compte, ou moins 100 millions. Ce fut en fait de loin le choix le plus difficile de toute ma vie."
L'entreprise vit ensuite quelques années difficiles jusqu'à son introduction en Bourse en 1998. Depuis, Omega Pharma n'a eu de cesse de s'étendre en devenant l'un des géants dans le domaine des médicaments sans ordonnance et des produits de soins. Notons que si Omega Pharma a fait la fortune de Marc Coucke, elle en est aussi la cause de sacrés maux de tête pour le futur président d'Anderlecht. Certains acheteurs américains ont ainsi contesté certains termes de la vente d'Omega Pharma et les procédures sont toujours en cours devant des tribunaux.
En devenant le patron d'Anderlecht, le fantasque président va aussi devoir se séparer de son club de cœur, le KV Ostende pour lequel il avait de grands projets. Renoncera-t-il, pour autant, à ses danses folkloriques et autres chants endiablés avec les supporters ? Autant le prévenir d'entrée : "l'ambiance" des business seats d'Anderlecht n'a pas grand-chose à voir avec les chaudes tribunes d'Ostende.
"Espérons qu'il s'oppose au départ du club"
Eric Tomas (PS), bourgmestre d'Anderlecht, souhaite un maintien du RSCA à Anderlecht.
C'est avec étonnement qu'Eric Tomas (PS), bourgmestre d'Anderlecht, a appris l'annonce de la reprise du Sporting Club d'Anderlecht par l'homme d'affaires Marc Coucke. "Honnêtement, je ne m'attendais pas à cette désignation ! J'ignore totalement quelles sont ses intentions et s'il souhaite que le club continue à jouer au Stade Constant Vanden Stock", explique-t-il.
La commune a déjà envisagé plusieurs pistes de reconversion du stade en cas de départ du club mais malgré ça, les autorités locales souhaitent que le club reste à Anderlecht. "Pour le moment, la situation est bloquée. Nous avons déjà à deux reprises donné notre accord pour la construction d'un troisième anneau dans le stade qui permettrait d'agrandir sa capacité à 30 000 places, donc de notre côté la situation est très claire : on souhaite un maintien du club dans les infrastructures actuelles d'autant que la présence du Sporting est bénéfique pour l'économie locale", ajoute Eric Tomas.
A l'heure actuelle, les ambitions de Marc Coucke demeurent floues, "mais je suppose qu'il prendra contact avec nous s'il s'oppose au départ du club", conclut-il.
Alexandre Teklak : "Coucke, c'est la meilleure solution"
1 - "Personne ne l'avait vu venir"
"L'arrivée de Marc Coucke à Anderlecht est une surprise car personne ne l'avait vu venir. On parlait souvent d'un quatrième homme dont personne ne connaissait l'identité et visiblement, c'était lui. J'ai toujours eu le sentiment que Paul Gheysens était arrivé avec ses gros sabots dans ce dossier et qu'il avait donc une mauvaise image dès le début. Cela avait peu de chances d'aboutir en sa faveur et cela s'est d'ailleurs vérifié par la suite. A mes yeux, c'est une bonne nouvelle pour Anderlecht, c'était la meilleure des solutions. Je préfère voir un investisseur belge que quelqu'un que personne ne connaît. Il connaît bien toutes les spécificités de notre compétition, ce qui est toujours un avantage."
2 - "Anderlecht ne devient pas un club satellite"
"On va voir quel plan sportif il va mettre en place mais il faudra lui laisser un petit peu de temps. Qu'arrivera-t-il à la direction actuelle et aux personnes qui gravitent régulièrement autour de ce club ? Son arrivée est également importante à un autre niveau : Anderlecht ne va pas devenir le laboratoire d'une plus grande entité, comme cela aurait pu être le cas si Alisher Usmanov (actionnaire minoritaire à Arsenal) avait racheté le club."
3 - "Il arrive au bon moment"
"Tout le monde a bien compris que la vente devait être actée cette année pour des raisons fiscales et, finalement, c'est une bonne chose que cela se soit passé ainsi. La prochaine ouverture du marché des transferts va lui permettre, à lui et son équipe, de se mettre immédiatement au travail. Le club traverse une période sportive plutôt difficile et il y a donc quelque chose à faire. Imaginons qu'Anderlecht fasse une mauvaise fin de phase classique et ne termine pas les playoffs à l'une des premières places : l'impact de son arrivée diminuera déjà. Les supporters se diront que le président a changé mais que les problèmes subsistent. L'émotion a quand même une part fort importante dans le football moderne."
4 - "Il devra un peu plus se tenir"
"Marc Coucke ne pourra plus se déguiser comme il le faisait lorsqu'il était président d'Ostende. Je le vois mal arriver en grappe de raisin au milieu des supporters anderlechtois. Il va devoir s'adapter au standing bruxellois mais je suis convaincu que cela ne lui posera pas de problème. C'est un caméléon, qui sait s'adapter à toutes les situations."
5 - "Il ne va pas laisser tomber Ostende"
"Je le vois mal abandonner Ostende. Ce ne serait pas bon pour son image et je sais que c'est quelque chose qui lui tient à cœur. Il a tout construit là-bas et ce serait incohérent qu'il jette tout à la poubelle. Je pense qu'il va installer quelqu'un en qui il a totalement confiance à la Côte."