Stephan Streker nous parle de son amour pour le RWDM et de cinéma: "Le RWDM d'aujourd'hui est un miraculé"
Stephan Streker a été nommé directeur de la communication du RWDM, un club pour lequel il voue un véritable amour.
- Publié le 20-12-2024 à 10h46

En une saison de titre de champion de Belgique, Stephan Streker est tombé amoureux du RWDM. Près de 50 ans après la naissance de cette passion, celui que le public connaît aussi en tant que consultant de la RTBF, a été engagé par le club de son cœur. Une casquette de chef de la communication qu'il double avec celle de cinéaste, son autre grande passion.
Son amour pour le RWDM
Stephan, comment cette histoire d'amour a-t-elle commencé ?
"Je n'ai rien choisi. Mon père m'a emmené voir le Racing White Daring Molenbeek au moment de la fusion. J'étais tout petit et la première saison que j'ai vraiment suivie, en voyant tous les matchs à domicile et le derby à Anderlecht, le RWDM a été sacré champion de Belgique. L'enfant que j'étais était persuadé que Molenbeek serait champion tous les ans. Et ils ne l'ont plus jamais été. Mais comme on le sait, 'supporter' signifie 'souffrir'. Les deux mots ont la même racine latine, 'suffere'."
Et en tant que supporter, vous avez beaucoup souffert ?
"Beaucoup de supporters de club disent souffrir mais nous, on a carrément disparu. Le RWDM d'aujourd'hui est un miraculé. On est passé par des trucs de fou et aujourd'hui, le club évolue en D2 et ambitionne à terme de retrouver la D1."
C'est plus qu'une histoire d'amour ou de passion ?
"C'est totalement irrationnel, passionnel. Un supporter est un amoureux aveugle et inconditionnel, qui peut se permettre de critiquer son équipe mais qui ne supporte pas que d'autres le fassent. Sans oublier qu'on peut tout remplacer dans sa vie, sauf le club de son cœur."
L'enfant que j'étais était persuadé que Molenbeek serait champion tous les ans.
Quels sont vos meilleurs souvenirs avec le RWDM ?
"Le titre en 1975 et la qualification pour la demi-finale de la Coupe UEFA. Et puis il y a bien entendu ce grand retour en D1, celui d'un club mort qui a retrouvé la vie grâce à Thierry Dailly et ses supporters, d'une fidélité extraordinaire."
Et les pires ?
"Au-dessus de tout, il y a l'élimination en demi-finale de la Coupe de Belgique en 1994 où on fait 0-0 au Parc Astrid et 2-2 chez nous, après avoir mené 2-0. Affreux souvenir et je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi le RWDM est la seule équipe un peu importante du championnat belge à n'avoir jamais gagné la Coupe, ni même été en finale. Pourquoi ce fait ? Je ne sais pas. L'autre moment très dur, c'est la relégation du RWDM après avoir été battu 4-3 dans les derniers instants au Club Bruges. Un nul nous aurait sauvés."
Après la disparition du club, avez-vous toujours cru en sa résurrection ?
"Bizarrement, j'ai toujours cru que le RWDM allait renaître de ses cendres. Son slogan 'A Legend Never Dies' lui va très bien."
Son job au RWDM
Aujourd'hui, le grand supporter du RWDM que vous êtes, travaille pour le club. Comment ça s'est fait ?
"C'est une initiative de Maxime Vossen, désormais le CEO faisant fonction du club, qui me l'a proposé la saison dernière après la victoire à Courtrai, à un moment où on pensait que le RWDM était en mesure de se sauver. J'ai hésité mais j'étais très attiré par cette proposition car j'ai l'impression de me préparer pour ce boulot depuis 50 ans, sans le savoir, de par mon amour pour le club. J'ai finalement accepté car le RWDM me laissait la possibilité de poursuivre mon métier de réalisateur, si précieux à mes yeux."
Quel est votre rôle ?
"Je m'occupe de toute la communication, interne et externe, avec une équipe de jeunes très doués, passionnés et plein de bonne volonté. Travailler dans un club de football est quelque chose d'unique puisque tellement dépendant des résultats de l'équipe première. Il faut rester humble dans cette fonction."
Que pouvez-vous apporter au RWDM ?
"Mon expérience dans le domaine et dans ce qu'est profondément le club, que je connais très bien. De par ma connaissance du football et de la communication, je pense que j'étais assez bien taillé pour ce job."
J'ai l'impression de me préparer pour ce boulot depuis 50 ans.
Quelle est votre relation avec la direction et le staff ?
"Je me suis fixé pour règle absolue de ne pas me mêler du sportif. J'ai trop de respect pour les gens dont c'est le vrai métier. Bien sûr, je me retrouve dans certaines situations où je suis consulté et c'est très excitant. Je m'entends très bien avec Yannick Ferrera, qui, au niveau de la communication, est quelqu'un qui me donne l'impression qu'il a tout compris. C'est un plaisir de travailler avec lui. Par contre, je ne sais pas comment je me serais senti si j'avais dû travailler avec Bruno Irles."
Et avec John Textor ?
"La saison dernière était tellement incroyable au sens premier que je pense qu'elle a généré beaucoup de malentendus à son sujet. Tout d'abord, c'est quelqu'un de très chaleureux, très enthousiaste, avec qui il y a vraiment moyen de parler. Je trouve que ce malentendu entre les supporters et lui est en train de s'améliorer. La preuve avec cette saison, où j'ai le sentiment qu'on a corrigé beaucoup de ce qu'on a appris de la précédente."
En tant qu'amoureux du RWDM, vous avez vécu un rêve en voyant le club à nouveau en D1A. Mais ce rêve a rapidement viré au cauchemar.
"C'est la pire saison que j'ai pu vivre. Au-delà des résultats qui étaient mauvais, l'image du RWDM a vraiment été salie. On est passé d'un club sympathique à un club à problèmes, avec des choses qu'on aurait préféré ne jamais voir. Par moments, on était dans la caricature de la caricature. Je suis agréablement surpris par la rapidité avec laquelle ça a changé cette saison, avec des supporters présents derrière l'équipe dès le premier match."
Votre nouveau job au RWDM signifie-t-il la fin future de votre collaboration à La Tribune ?
"Quand Michel Lecomte m'a engagé, je lui ai dit que, s'il cherchait quelqu'un d'objectif, je ne serais pas la bonne personne. Je lui ai dit que j'étais un supporter du RWDM et que je comptais bien l'assumer. Maintenant, je pense être honnête intellectuellement, mais je mentirais en disant que je suis neutre. C'est une position très confortable et très pratique d'avoir ainsi assumé d'emblée mon amour pour un club. Je ne voudrais pas être à la place des consultants qui ont fait différemment. En Angleterre, la tradition est d'ailleurs celle-là : tout le monde sait que Roy Keane est de United, que Carragher est de Liverpool et que Lineker est un fan absolu de Leicester. Ils en jouent à chaque fois et ça rend la chose saine, libre et même parfois drôle."
La saison dernière, l'image du RWDM a vraiment été salie.
Les Diables rouges
Vous êtes supporter de deux équipes : le RWDM et les Diables rouges. Avoir pu vivre au plus près leurs exploits des dernières années a-t-il été une chance ?
"J'estime que j'ai eu presque trop de chance. J'ai été consultant pour les matchs des Diables rouges pile quand il fallait. J'étais consultant lors des sept rencontres de la Coupe du monde 2018, par exemple, avec les matchs contre le Japon, le Brésil et l'Angleterre dont tout le monde se souvient. Ça a été un privilège."
L'affaire Courtois, le cas Tedesco, le désamour du public belge pour l'équipe nationale, qu'en pensez-vous ?
"On a surtout une fédération dramatiquement incompétente. Le nombre d'erreurs commises est invraisemblable et la plus caricaturale d'entre elles, indéfendable, est d'avoir fait resigner Tedesco avant l'Euro. C'est une énorme erreur de management, qui est devenue une catastrophe pour tout le monde. Pour les Diables, pour la Fédération et même, à mes yeux, pour Tedesco lui-même."
Stephan Streker le cinéaste
Votre passion pour le foot et pour le cinéma sont-elles égales ?
"Celle pour le cinéma lui est supérieure. Si on m'obligeait à choisir, j'opterais pour le cinéma. Par chance, personne ne m'oblige à choisir. Je trouve que c'est le métier le plus extraordinaire qui existe. D'ailleurs, ce que j'ai beaucoup apprécié dans la proposition du RWDM, c'est qu'ils ont compris que la seule chance qu'ils avaient de m'engager était de me respecter dans ma qualité de cinéaste. Mon prochain long métrage, qui s'appellera "Le silence de Dieu", je le tournerai en juin-juillet, soit pendant la trêve estivale. Comme le film est déjà écrit, je peux me consacrer pleinement à ma casquette au RWDM."
Vous avez réalisé un film avec des joueurs de Molenbeek au casting.
"Oui, il y a longtemps, "Le monde nous appartient" avec, entre autres feu Jacques Teugels, Maurice Martens ou Michaël Jonckheere qui travaille aujourd'hui avec moi au RWDM. Ce fut une très belle occasion de mélanger mes deux passions. Je fais régulièrement des petits clins d'œil au RWDM dans mes films. Par exemple, dans "L'ennemi", mon quatrième film, le nom de jeune fille de la femme de Louis Durieux, le personnage joué par Jérémie Renier, c'est Cordiez. Un nom que j'ai choisi en hommage à l'un de mes joueurs préférés du RWDM. Un détail que j'ai glissé à Hubert Cordiez que j'ai revu ce dimanche lors de la réunion des anciens et qui l'a fait tomber de sa chaise (rires)."