Rudi Garcia : "Je respecte les anciens mais j'ai choisi de préparer l'avenir"
Le sélectionneur a dévoilé les Diables qui affronteront l'Ukraine.
- Publié le 15-03-2025 à 09h35
- Mis à jour le 15-03-2025 à 09h36

Rudi Garcia a voulu une entrée en matière détendue, à l'image de sa tenue préférant le training au costume. Pour donner sa première sélection, véritable coup d'envoi de son mandat, le nouveau sélectionneur n'a pas économisé ses mots et ses sourires. Il a prononcé plusieurs fois l'expression 'page blanche', comme pour être sûr que le chapitre Domenico Tedesco, avec l'humeur maussade qui accompagnait les Diables sur la fin, était bel et bien refermé.
Le Français de 61 ans a livré un premier groupe assez fourni (26 noms) pour compenser les deux suspendus du match aller contre l'Ukraine (Openda et Castagne) et s'offrir un quatrième gardien qui facilitera les exercices d'opposition à l'entraînement. Mais que se cache-t-il derrière ses premiers choix ?
Quatre nouveaux et une l'ouverture vers la Pro League : "J'avais dit que j'allais regarder le championnat"
Avec 12 joueurs de moins de 25 ans, Garcia a mis l'accent sur la jeunesse, précisant notamment au détour d'une petite phrase qu'il "fallait arrêter de parler de la génération dorée où beaucoup étaient partis à la pension". Il est là pour préparer la Coupe du monde 2026 en cherchant quelques nouveaux cadres.
Tedesco avait déjà entamé une large revue d'effectif, mais Garcia a trouvé quatre petits nouveaux : le gardien de l'Antwerp Lammens (22 ans) et trois médians, le prodige de l'Ajax Mokio (17), l'oublié des Rangers Raskin (24) et le capitaine genkois Heynen (28). Des garçons qui profitent aussi des circonstances avec les absences sur blessure de Mangala, Onana, voire Lavia.
On note aussi une ouverture à la Pro League par rapport à Tedesco. Garcia a repris 5 joueurs issus du championnat. "J'avais dit que j'allais beaucoup regarder la compétition belge avec mes adjoints et on a vu qu'il y avait du talent." Il s'est surtout servi à Bruges avec les retours de Vanaken et Mechele et la confirmation de De Cuyper.
Lukaku, De Bruyne et Courtois ensemble sur le terrain? Ce serait une première depuis mars 2023.
Les anciens comme Witsel et Mertens contactés mais absents : "J'ai senti une fibre patriotique chez eux"
Les fuites de la présélection avaient laissé entendre que Garcia pourrait relancer quelques glorieux anciens, comme Witsel, Mertens et Benteke. Mais le trio est absent, comme Carrasco (blessé). "J'ai beaucoup de respect pour les joueurs plus âgés. Witsel joue dans un club de très haut niveau, Benteke et Mertens marquent encore beaucoup de buts. Ce sont des joueurs sur lesquels on pourrait compter à l'avenir selon les circonstances. J'ai senti une fibre patriotique chez eux. Mais, vu la concurrence, j'ai fait le choix de préparer l'avenir."
On retrouve les trois habituels survivants de la génération dorée, parmi ceux qui étaient déjà là au Brésil en 2014 : Lukaku, De Bruyne et Courtois pour son grand retour (lire par ailleurs). Un trio qu'on n'a plus vu ensemble sur le terrain depuis pile deux ans, le 24 mars 2023 en Suède, le tout premier match de l'ère Tedesco.
Quelques déçus, comme Engels et Bakayoko : "La concurrence est très dense à certains postes"
"Choisir, c'est renoncer." L'expérimenté Garcia avait la formule toute faite pour répondre aux questions sur les absents. Deux joueurs peuvent être véritablement déçus : Bakayoko et Engels, des garçons qui avaient pris de l'importance avec Tedesco. "La concurrence est très dense à certains postes, notamment sur les ailes en attaque. Je ne peux pas prendre tout le monde."
Garcia a quand même préféré Mokio et Raskin à Engels. Et Fofana à Bakayoko. Il n'a pas trouvé de place non plus à Batshuayi, revenu dans un championnat de très haut niveau. Ils devront patienter, comme les jeunes Duranville, Mbangula, Vranckx, Vermeeren, Keita, Ngonge et Smets qui avaient commencé à montrer le bout de nez en 2024.
Karetsas aurait été repris s'il avait choisi la Belgique : "On a fait des pieds et des mains"
Le sujet des binationaux a animé le débat ces dernières semaines en Belgique. Avec le choix de Karetsas (Grèce), Talbi (Maroc) et Camara (Sénégal) d'aller voir ailleurs malgré une formation en Belgique. "J'attache beaucoup d'importance à la fibre patriotique. Pour moi, on doit vouloir venir à pied en équipe nationale. Enfin peut-être pas pour ceux qui jouent en MLS, ça fait loin (sourire)."
La question est vaste et le sélectionneur a dit qu'il en parlerait plus longuement quand le temps lui permettra. "Il faut respecter les choix et s'interroger pour voir si on a tout bien fait. Avec Vincent Mannaert, on est là depuis trop peu de temps. Dieu sait si on avait fait des pieds et des mains ces dernières semaines. Un des joueurs qui n'a pas choisi la Belgique aurait été repris, sinon." Karetsas, pour ne pas le citer.
Le capitaine? Ce qui est sûr, c'est que ça sera mon choix, pas celui d'un autre.
L'identité du capitaine encore floue : "Le plus capé Lukaku est un candidat crédible"
Ce qui devrait être un sujet anecdotique est devenu un terrain sensible, voire miné : le brassard de capitaine. Qui le portera jeudi à Murcie pour affronter l'Ukraine ? "Il y en aura bien un", rigole Garcia sans dévoiler son identité. Lukaku le plus capé du groupe ? De Bruyne le capitaine de Tedesco et joueur le plus âgé de la sélection ? Ou Courtois comme il l'a tant désiré ?
Le coach n'a pas voulu trop en dire. "Dès lundi, je vais discuter avec chacun d'eux. Avec d'autres candidats aussi. Puis avec le groupe et je choisirai. J'ai besoin de travailler avec eux d'abord. Ce qui est certain, c'est que ce sera mon choix, pas celui d'un autre. J'ai appris qu'en Belgique, vous avez la tradition de donner le brassard au plus capé. Je le ferai si ça m'arrange. Lukaku fait partie des candidats crédibles."
Garcia a précisé que le capitaine du mois de mars pourrait ne pas être le choix définitif. "On ne passe qu'une semaine ensemble et je pourrai aussi décider plus tard. Je veux trouver quelqu'un d'important sur et en dehors du terrain." Un partage du brassard entre De Bruyne et Lukaku est une possibilité pour ce rassemblement.
Un système tactique hybride en préparation : "Je vous en ai trop dit"
Avec quelle tactique les Diables de Garcia joueront-ils contre l'Ukraine ? "J'ai évidemment déjà mon idée, répond cet adepte du 4-3-3. Plusieurs systèmes sont possibles et on pourrait utiliser une tactique hybride. Mais je vous en ai déjà trop dit."
Une tactique hybride dans le langage des entraîneurs signifie souvent une défense à trois qui passe à quatre sans le ballon. Ce qui pourrait, par exemple, offrir un rôle au revenant Saelemakers sur le flanc droit. Devant, il devrait conserver le trident offensif, pour donner un terrain de jeu idéal aux nombreux ailiers autour de Lukaku.