Standard : faire rimer expérimentation et réaction
Privé de ses trois attaquants de référence, Mircea Rednic doit bricoler tout en espérant une réaction collective forte.
- Publié le 23-08-2025 à 08h44

Standard – Cercle Bruges (sa. 18 h 15)
Ayensa, Henry et Nkada : l'attaque du Standard se retrouve décapitée. Momentanément. Mais à un bien mauvais moment. Voici les grandes questions autour du chantier offensif qui s'impose à Mircea Rednic avant la réception du Cercle Bruges ce samedi (18 h 15).
1. Comment Timothé Nkada s'est-il blessé ?
Semaine terriblement contrastée pour Timothé Nkada. Auteur d'une montée au jeu encourageante à l'Union, l'attaquant français devait être titulaire ce samedi. Mercredi, il avait même été présenté officiellement à la presse. Il se savait attendu en l'absence de Thomas Henry.
Timide et enthousiaste, il se disait prêt et impatient à mettre sa vitesse et son appétit au service du collectif. "J'ai un profil de profondeur, moins athlétique et moins à l'aise dans le jeu aérien que Thomas. On est différents mais complémentaires. Je suis toujours en phase d'adaptation, on travaille les automatismes avec mes équipiers."

Patatras ! Le lendemain, jeudi, il se blesse à l'entraînement. Une vive douleur dans le haut de la cuisse après une action relativement anodine. "C'est une déchirure aux adducteurs. Ce qui signifie une indisponibilité de trois à quatre semaines, a commenté Mircea Rednic, en avançant une hypothèse à cette blessure malencontreuse. Timothé est arrivé début août et sa préparation n'avait pas été complète en France (NdlR : à Rodez, Ligue 2). C'est une autre façon de travailler, ici. Plus intense. Ceci explique peut-être cela. C'était déjà un risque de le lancer dès la mi-temps, à l'Union… C'est une situation délicate mais on doit faire avec."
2. Comment faire sans attaquant de référence ?
L'entraîneur roumain va devoir innover, lui qui semble toujours chercher la bonne formule défensivement. Aujourd'hui, l'urgence est devant. Trouver un nouvel équilibre, une nouvelle animation offensive. Choisir les bons hommes aux bonnes places. Cette semaine, il a demandé une opposition face aux U23 pour tester différentes choses. On sait notamment que l'homme de 63 ans n'est pas franchement satisfait de ce que son équipe produit avec le ballon.
En D1A, le Standard est l'équipe qui effectue le moins de passes dans le dernier tiers du terrain.
En quatre matchs, la possession moyenne plafonne à 39 %, avec des extrêmes établis à la RAAL (49 %) et contre Genk (25 %). Mais monopoliser le ballon n'est gage de rien dans le football. "Trop de mauvais choix et de déchets techniques", grimace le technicien, qui attend du progrès dans les remontées de balle. Autres données au passage : contre La Louvière, 44 des 74 possessions liégeoises ont duré moins de 10 secondes. Face à Genk, 43 sur 63. Si c'est involontaire, cela fait tout de même beaucoup.

Quel que soit l'attaquant aligné ce samedi, Rednic aspire également à davantage de présence dans le rectangle adverse. En Jupiler Pro League, le Standard est l'équipe qui effectue le moins de passes dans le dernier tiers du terrain. Et en termes de touches dans la surface adverse, seul l'Antwerp fait moins bien.
Deux options semblent se dégager. Un 4-2-3-1 avec le jeune mais imposant René Mitongo en pointe. Ou un système sans réel avant-centre. "Pendant toute une période, des clubs comme Barcelone jouaient sans numéro 9 spécifique, fait-il remarquer.
Le Standard est l'équipe de D1A qui centre le moins.
S'il opte pour un faux 9, celui-ci pourrait être Rafiki Saïd. Le Comorien a déjà occupé ce poste, occasionnellement, par le passé, pas toujours avec un franc succès. S'il a pu irriter son coach et certains équipiers par une certaine fainéantise défensive, il affiche un apport offensif précieux pour ce Standard. Son pourcentage de dribbles et de centres réussis est positif bien que, paradoxalement, le chemin préférentiel des Liégeois pour produire du danger est en réalité… l'axe. En moyenne cette saison, il provient à 64 % du centre, à 29 % de la gauche et seulement à 7 % de la droite.
Le Standard est d'ailleurs l'équipe de D1A qui centre le moins (33 centres en 4 matches, dont 20 rien que contre Dender !). Étonnant, avec des ailiers pourvoyeurs de ballons comme Tobias Mohr, Adnane Abid ou… Saïd. L'Allemand est le joueur le plus souvent sollicité par ses partenaires, surtout par Marco Ilaimaharitra, le métronome de l'entrejeu. Ces éléments seront-ils de nature à décider le coach ?
3. Pourquoi Mitongo devrait recevoir sa chance ?
Dans son discours de politique générale, Marc Wilmots avait insisté : le Standard doit à nouveau faire fructifier son académie et laisser une vraie place aux jeunes intégrés à l'équipe première. C'est aussi pour cela, entre autres, qu'il a engagé Mircea Rednic. Un entraîneur qui, rappelle-t-il, aime travailler avec des jeunes.
C'est plus facile de lancer un jeune à domicile contre le Cercle Bruges qu'en déplacement à Anderlecht ou au Club.
L'occasion est trop belle de joindre l'acte à la parole et d'offrir un baptême du feu à Mitongo, qui a une longueur d'avance sur Bradley Nam James (18 ans), l'autre joueur offensif qui pointe le bout du nez en A. Bien sûr, cela peut toujours constituer un risque de titulariser un néophyte dans un match important, "mais c'est plus facile de lancer un jeune à domicile contre le Cercle Bruges qu'en déplacement à Anderlecht ou au Club", a judicieusement ajouté le coach, qui se plaît à répéter qu'il avait lancé Michy Batshuayi lors de son premier passage en bord de Meuse. Mitongo n'est pas Batshuayi. Mais s'il ne reçoit pas sa chance ce samedi, quand la recevra-t-il ?

4. Quelle réaction collective après la première défaite ?
Le Standard et le Cercle abordent cette 5e journée de championnat dans une dynamique opposée. Les uns viennent de subir leur première défaite de la saison et les autres de décrocher leur première victoire. Les Rouches n'avaient même pas perdu durant la préparation – il est vrai face à des adversaires inférieurs ou en retard de préparation.
Qu'ont-ils dans le ventre ? Quelle sera leur capacité de réaction après la claque prise à l'Union, dans les circonstances que l'on sait ? C'est une inconnue. Qui mérite une réponse. "On en a discuté avec le groupe, raconte Rednic. À l'Union, j'ai senti de la rage et vu de la déception sur les visages."
Certes, on n'aura pas d'attaquant de référence, mais je veux voir une équipe prête à souffrir et à réagir ensemble.
En semaine, il a montré différentes vidéos à ses joueurs, axées sur la perception mentale. "C'étaient des clips de grands sportifs qui expliquaient comment parvenir à faire le switch dans leur tête après une défaite ou un échec. Comment ils réussissaient à passer rapidement à autre chose, à l'objectif suivant."
Le RSCL devra faire preuve de caractère. Il entame une série de matchs à sa portée. Après le Cercle, ce sera OHL, Malines et Westerlo. Pour rester dans le bon wagon et se rassurer, "les deux prochains matchs seront cruciaux", a même dit Rednic. Qui ne sait que trop bien que la suite, d'ici à fin octobre, s'annonce nettement plus corsée avec le Club Bruges, Anderlecht, Antwerp, Gand et Charleroi. "Certes, on n'aura pas d'attaquant de référence ni d'expérience pour ce match, mais je veux voir une équipe prête à souffrir et à réagir ensemble."