David Hubert: " Mon C4 d'Anderlecht ne m'a pas vraiment fait mal"
L'entraîneur de l'Union revient sur son année 2025 folle et se projette sur la deuxième moitié de saison, ce match au Bayern et l'inspiration que représente Vincent Kompany.
- Publié le 21-01-2026 à 13h49
Tout juste 100 jours après avoir été nommé à la tête de l'Union Saint-Gilloise, David Hubert vivra un moment fort de sa jeune carrière, ce mercredi, avec un match de Ligue des champions sur la pelouse du Bayern Munich de Vincent Kompany. Quelques jours avant ce match, le Bruxellois de 37 ans s'est assis pour évoquer longuement son travail de T1.
David, la pause hivernale vous a-t-elle permis de repenser à votre année 2025 très mouvementée ?
Pour être honnête, non, parce que j'avais déjà digéré et analysé ma période à Anderlecht avant Louvain. Puis il y a eu OHL ; puis l'Union. J'ai déjà vu trois clubs différents et travaillé avec quatre directeurs sportifs. On retire beaucoup de chaque expérience. Durant la semaine de vacances, j'ai surtout pris le temps de déconnecter.
C'est compliqué ?
Il fallait le faire. On est parti en vacances avec ma femme et mes deux enfants. Mais c'est sûr qu'en tant que coach, tu n'es jamais "off". J'ai surtout utilisé toute cette période pour faire l'évaluation de mes trois premiers mois à l'Union, avec le staff et le département analyse.
Après un peu plus d'un an dans le costume, T1, est-ce toujours le boulot que vous vouliez faire ?
Penser pour le groupe et trouver des solutions m'a toujours passionné. En tant que joueur, tu es "un des", et en tant que coach, tu es "le". C'est la grosse différence. On sait qu'on n'a pas tout en main pour obtenir un résultat ; on est dépendant de détails. Et puis il faut pouvoir faire la bonne analyse, hors de l'émotion qui peut régner au sein des médias et des supporters.
Le secret est de combiner les ambitions individuelles avec l'ambition collective.
Quelle casquette est la plus importante, aujourd'hui, pour un T1 ?
Un entraîneur doit pouvoir en porter beaucoup. Les gens pensent à la tactique, mais parfois le comportement des joueurs ou la mentalité passent avant. Ce travail a plus évolué vers le côté 'people manager'. Les joueurs attendent beaucoup plus. Chacun est une petite entreprise, construit une carrière individuelle. Et le secret est de combiner ces ambitions individuelles avec l'ambition collective. Mais on ne peut pas être juste bon 'people manager' et mauvais tacticien. C'est important de pouvoir bien utiliser les personnes autour de soi si on a des lacunes. C'était une qualité que j'avais déjà comme joueur. Et c'est l'expérience qui vous fait progresser. Je sais que je serai un meilleur entraîneur l'année prochaine.
Quel est l'aspect le plus compliqué du métier ?
Je déteste perdre. Je suis mauvais perdant et cela va me travailler jusqu'au prochain match.
Vous avez du mal à dormir après un match ?
Non, parce qu'on travaille beaucoup, beaucoup, et qu'on est fatigué. C'est plus un sentiment général qui dérange. Mais ce n'est pas forcément négatif, même si ça te bouffe un peu quand même.
Quand on gagne, c'est l'équipe qui gagne; mais quand on perd, c'est l'entraîneur. Et c'est vrai.
À l'inverse, quel est votre moment préféré ?
Dans ce job, le sentiment dont je viens de parler peut vous hanter longtemps après un match perdu. Alors qu'une victoire est une satisfaction extrême, après laquelle on passe vite à autre chose. Quand on gagne, c'est l'équipe qui gagne ; et quand on perd, c'est l'entraîneur qui perd. Et c'est vrai. Heureusement, il y a un sentiment positif, mais il est très intense et court.
Quel est le meilleur moment de votre carrière d'entraîneur jusqu'ici ?
J'en ai vécu plusieurs très beaux. L'échange avec certains joueurs, les messages reçus. Comme après la période à Anderlecht, où des personnes ont été très reconnaissantes du travail fourni. Et puis il y a de belles victoires. La victoire à la Real Sociedad avec Anderlecht ou contre le Slavia Prague. La première avec OHL, où on avait cravaché. Et puis, avec l'Union, la première à domicile (NdlR : contre Charleroi) et la communion avec le public d'après-match. C'est quelque chose ! Et, bien sûr, le premier match de Champions League puis la première victoire sur la pelouse du Galatasaray. C'était assez énorme. Ça peut aussi être des choix que vous faites et qui deviennent gagnants.

À l'inverse, votre pire souvenir en tant qu'entraîneur, c'est…
Chaque défaite est un moment affreux. Un match comme contre Marseille par exemple, même si tout le monde était très positif autour de nous. Ça met un coup. Vous êtes tellement déçu parce que l'équipe a été si proche. Vous pensez peut-être que j'allais parler de mon renvoi à Anderlecht (il sourit) ? Bizarrement, j'étais très serein à ce moment. Je crois que les personnes qui ont pris la décision étaient beaucoup moins à l'aise dans la discussion que moi. Je n'ai jamais vu ça comme quelque chose qui m'a fait mal.
La défaite contre Marseille vous a fait plus mal que le licenciement d'Anderlecht ?
1 000 fois plus, oui. C'est quelque chose de totalement différent. Sur le moment, j'ai plus pris ça comme une décision avec laquelle je ne suis pas d'accord, mais sur laquelle je n'ai pas de pouvoir.
Y a-t-il eu un conseil d'un entraîneur qui a été important ?
Plusieurs personnes m'ont dit de toujours rester moi-même, fidèle à mes principes. Il n'y a pas de vérité dans le foot. Il y a le résultat, mais l'analyse d'un journaliste ne sera pas forcément la même que la mienne. Je répète aux joueurs que ce n'est jamais aussi dramatique que ce que les gens vous font croire, mais jamais aussi beau non plus. Soyez fidèles à ce que vous voyez. Essayez de garder vos principes comme cap à suivre. Et entourez-vous de personnes de confiance.
Vous vous apprêtez à affronter le Bayern Munich de Vincent Kompany. Le connaissez-vous personnellement ?
On ne s'est jamais affronté, mais on s'est côtoyé en équipe nationale. On échange quand on se voit, mais on ne s'appelle pas régulièrement. Il représente beaucoup pour le football belge, en tant que joueur et coach. C'est un personnage emblématique que l'on regarde. J'ai énormément de respect pour son parcours. Je sais que c'est difficile ; que lui aussi a connu des hauts et des bas dans son développement. Il a énormément de qualités : charismatique, avec une grosse personnalité et des idées claires sur la façon de faire les choses. C'est quelqu'un d'inspirant, pour n'importe quel entraîneur, et encore plus pour un belge, c'est sûr.

Il y a un renouveau parmi les T1 belges, après un trou générationnel. Pensez-vous qu'il a joué un rôle dans cette nouvelle vague ? Qu'il a servi d'exemple qui démontre qu'on peut faire confiance à de jeunes coachs belges ?
À 100 %. C'est une question d'audace pour les clubs. Il a fallu à un moment des exemples. Comme les Hollandais dans le passé, ou les Portugais, qui étaient à la mode parce qu'un premier a montré le chemin. C'est la même chose actuellement en Belgique. On croit souvent que l'herbe est plus verte ailleurs. On a un championnat sous-coté, qui n'est pas facile, qui demande de la qualité comme entraîneur. Vincent a eu une opportunité qu'il a méritée. Et cela a ouvert les yeux à d'autres clubs. Il y avait eu Philippe Clement avant lui.
C'est peut-être ça la patte des entraîneurs belges : être flexibles.
Y a-t-il une patte des entraîneurs belges, comme il y a pour les Néerlandais ?
Les Hollandais étaient vraiment très clairs, avec leur 4-3-3. Ici, justement, le championnat belge est challengeant car on y voit de tout, avec des systèmes différents. C'est peut-être ça la patte belge : on est très flexibles.
Vincent Kompany s'est adapté à des contextes de travail différents entre Anderlecht, puis la Championship avec Burnley, puis le Bayern…
Il a aussi décidé de rester à la tête du plus petit club de Premier League. Il a appris de ce passage ; que la méthode qu'il avait en tête ne fonctionnait peut-être pas avec la qualité qu'il avait pour le niveau où il évoluait. Il a dû se dire : 'Je dois peut-être m'adapter'. Mais ça ne veut pas dire jeter vos principes.
Qu'avez-vous pensé quand on a appris qu'il allait au Bayern ?
Certains se demandaient si le costume n'était pas trop grand. Les attentes étaient énormes. Tout le monde attend encore le premier faux pas pour lui tomber dessus. Ça fait partie du travail d'entraîneur d'un des plus grands clubs du monde. Mais quand vous avez cette opportunité, avec sa philosophie d'être la meilleure équipe, c'était peut-être ce dont il avait besoin. Et il le démontre. Il avait la meilleure équipe en Championship et il a été champion. Il avait la meilleure en Allemagne, et il l'a été aussi. Les attentes sont grandes, et il les a remplies. C'est une qualité.
Ces matchs de Ligue des champions sont-ils particuliers pour les entraîneurs aussi ?
C'est sûr que la première fois, c'était spécial. Moins maintenant. Une fois que le match démarre, c'est une rencontre comme une autre, où l'on a des choix à poser, où l'on cherche à aider le mieux possible les joueurs. La Champions League, c'est surtout ce qui se passe autour avant et après le match.
On dit qu'un joueur apprend plus de ce type de match. Est-ce la même chose pour un entraîneur ?
J'apprends de chaque match. Ici, c'est surtout la qualité en face qui est d'un tout autre niveau. C'est un challenge : il faut trouver des réponses collectives face à ces qualités individuelles.
En C1, on est dans la 'zone miracle', où il est encore possible de, même si...
Quels objectifs vous fixez-vous pour 2026 ?
Ils sont collectifs. Comme entraîneur de l'Union, on veut terminer tout en haut en championnat et en Coupe. En Champions League, c'est aller le plus loin possible. On est dans cette zone miracle où il y a encore la possibilité de… même si les échéances précédentes ont fait que le pourcentage n'est pas maximal. Sinon, on aurait eu des perspectives différentes. Individuellement, c'est devenir meilleur, c'est-à-dire mieux gérer mon staff, être encore plus clair dans ce que l'on veut atteindre, avoir une meilleure relation avec les joueurs. Développer au mieux chacun. Comment intégrer les nouveaux ? Comment aider à développer la culture du club ? Et comment mieux savourer les victoires ?