Joachim Gérard découvre la difficile reconversion des athlètes de haut niveau
Joachim Gérard, retraité depuis quelques semaines, s'adapte à sa nouvelle vie et veut s'épanouir dans un nouveau métier.
- Publié le 29-01-2026 à 09h03
- Mis à jour le 29-01-2026 à 09h39

Le temps passe vite ! Il y a un an du côté de Melbourne, Joachim Gérard lançait sa tournée d'adieu, l'esprit clair. Dans sa tête, le Brabançon savait que dix mois plus tard il prendrait sa retraite après de nombreuses années à arpenter le monde et porter haut les couleurs de la Belgique. Aujourd'hui, le médaillé de bronze aux Jeux paralympiques de Rio en 2016, est chez lui avec sa femme et ses deux enfants. L'un de ses prochains objectifs étant de trouver un emploi. Une fameuse page s'est tournée dans la vie de Jo et il en est conscient.
Qu'avez-vous ressenti quand vous avez joué votre dernière balle ?
Rien de particulier. Je ne peux pas dire du soulagement parce que la page se tournait. Je ne peux pas dire que j'ai été content ou triste ou autre chose. Parce que la chose s'est préparée. J'ai annoncé en mars 2024 que j'allais prendre ma retraite fin 2025. Les choses, j'ai eu le temps de les digérer. C'était déjà clair dans ma tête depuis quelques années. Donc, au final, non. Il n'y a rien de particulier qui s'est passé.
Pas de peur du vide ou de petite mort dont on parle souvent chez les athlètes de haut niveau qui prennent leur retraite sportive ?
Pas à ce moment-là. Cette peur vient au fur et à mesure qu'on avance. J'ai eu le temps de voir venir ma fin de carrière. J'ai bénéficié de mon contrat Adeps jusqu'au 31 décembre 2025. Des opportunités se sont ouvertes, d'autres se ferment. Actuellement, je suis au chômage mais je sais que des choses se préparent.
Je pense pouvoir apporter pas mal de choses à une société.
Êtes-vous entré dans des nouvelles routines familiales, quotidiennes ?
Ce sont plus des habitudes qui étaient déjà présentes avant. Je voyageais entre 20 et 25 semaines par an. Quand j'étais à la maison, le tennis restait comme un travail de bureau. Je partais le matin, je rentrais et, après, il fallait s'occuper de la famille. Depuis un peu plus d'un an, on est quatre à la maison, c'est une autre organisation. Ma femme disait que quand je partais en tournoi et que je rentrais, j'avais pris des habitudes où on ne doit pas cuisiner, on ne doit pas faire le ménage, la vaisselle, on ne doit s'occuper de personne. Donc, au final, on perd des réflexes. C'est comme quand on s'entraîne à un sport, on prend des réflexes. Et, là, c'est ce que je lui ai dit, ça fait quelques semaines que je suis rentré, je commence à reprendre le rythme. J'ai mes habitudes, faire les courses, faire à manger. Même si je le faisais déjà avant, ça reste un travail à temps plein d'être père de famille aussi.

Votre femme vous supporte malgré une plus grande présence ?
On se supporte tous les deux (rires). Je pense que ça fait partie aussi de la vie de couple. Je pense qu'on s'est toujours bien supporté, que ce soit en présentiel ou à distance.
Et la relation avec vos enfants ?
La plus grande, de trois ans et demi, remarque que je pars moins souvent, que je suis plus souvent là. Maintenant, elle ne me dit pas : 'tiens, tu pars quand ?' Elle en profite plus. Je sens aussi que les liens se resserrent. On dit souvent que les filles sont les filles à papa. Pour ma part, ça n'a jamais été vraiment le cas. Ma fille a plutôt été la fille à maman. Et je n'ai pas pu vraiment sentir cet amour. Je sais qu'elle a de l'amour pour moi mais elle a toujours été plus dure avec moi qu'avec sa mère. Et, là, je commence à avoir de plus en plus de marques d'affection. Et ça, ça fait plaisir de se dire aussi que le choix, une des raisons pour lesquelles j'ai décidé d'arrêter, qui est de passer du temps avec ma famille, porte ses fruits.
Ma reconversion? Je m'y suis peut-être préparé un peu tard.
Avez-vous l'impression d'avoir bien préparé votre après-carrière ?
Je pense m'y être pris un peu tard. Pour certaines choses, j'aurais peut-être pu commencer avant mais j'étais un peu dans le doute de ce que je voulais faire. Et encore maintenant, je suis toujours dans le doute mais je me suis ouvert à l'esprit qu'il fallait plusieurs cordes à son arc. Et c'est ce que j'essaie de rajouter tous les jours, pour essayer d'être prêt.
Dans un monde idéal, savez-vous ce que vous voudriez faire ?
Franchement, non, pas du tout. Gagner à l'Euromillions et pouvoir faire ce que je veux. Même ça, je ne pense pas que ce soit le monde idéal. Posséder une sécurité financière, c'est le plus important pour moi ou pour ma famille. Mais, à côté de cela, trouver un travail où je peux m'épanouir, prendre du plaisir, c'est le plus important. Et, là-dedans, je pense que le panel est assez large parce que je suis quelqu'un qui touche à tout. Comme je l'ai dit, de base, moi, on m'aurait dit, tu fais du bowling, j'aurais pris du plaisir à le faire à 100 %. Conserver un lien avec le sport, ce serait chouette. S'il n'y en a pas, ce n'est pas grave. Je prendrai autant de plaisir.
"Je pourrais quitter le monde du sport"
Avez-vous des opportunités ou des projets précis ?
Rien n'est concrétisé actuellement. Je pense qu'il y a des gens qui veulent me garder auprès d'eux. Je sais que la Ligue handisport francophone est toujours là à me demander mon expertise et d'être présent. Je suis toujours expert auprès de la ministre des Sports pour le sujet du handisport. Je sais que l'Adeps a peut-être des projets pour moi. Je reste en contact avec tout le monde. Si l'AFT a besoin de moi, je serai toujours présent. Si l'opportunité de commenter des matchs revient sur la table, je serai tout à fait ouvert pour.
Pourriez-vous quitter le monde du tennis ou du sport complètement ?
Par rapport au monde professionnel, oui, je pourrais totalement quitter cela. Le sport m'a donné énormément mais il m'a pris beaucoup. Je pense néanmoins avoir de l'expérience, que ce soit en tant que sportif de haut niveau ou en tant que joueur de tennis. Si je peux partager cette expérience, ce serait avec grand plaisir. Maintenant, si aucune opportunité dans le sport se montre, ça ne me dérangerait pas de couper les ponts avec le sport professionnel. Dans ma vie quotidienne, je continuerai à faire du sport, cela, c'est certain.
Qu'est-ce qu'un ancien sportif de haut niveau peut apporter à une société privée ?
Plein de choses. Je compare souvent la vie d'un sportif à la vie d'une société parce que le produit, c'est l'athlète et on doit le vendre, on doit le préparer. C'est vraiment une entreprise et donc il y a plein de choses à gérer, que ce soit au niveau sportif avec le staff ou extra-sportif avec les partenaires, par exemple. Je pense pouvoir apporter beaucoup à une société.
Est-ce que la pression, l'adrénaline et le stress des compétitions vous manquent ?
Cela me manque indirectement. Je pense être plus nerveux de temps en temps parce que j'ai un manque de quelque chose et ça, malheureusement, il y en aura toujours. Mais je resterai un compétiteur dans les sports que je vais pratiquer.
Faites-vous encore du sport ?
Je me remettrai un peu plus à en faire quand j'aurai le temps. Du padel et du badminton avec mon meilleur ami avec qui j'ai taquiné du volant dans le passé.
