Trossard a enfin endossé son vrai rôle de patron offensif des Diables rouges
Leandro Trossard est le meilleur joueur offensif des Diables rouges depuis le début du tournoi. Analyse de son changement de statut.
- Publié le 29-06-2026 à 07h49

"Si je dois choisir entre Leandro Trossard et moi comme meilleur joueur de la phase de groupe ? Roh, prenez Léo, il a vraiment été trop fort aujourd'hui." Brandon Mechele ne s'est pas arrêté devant la presse qui a pourtant attendu les joueurs près de deux heures en zone d'interview.
Consigne d'au-dessus car il y avait "un avion à prendre", le défenseur titulaire depuis le début du Mondial a lancé ces quelques paroles à la volée mais avec la sincérité qu'on lui connaît. La veille du match, il a laissé entendre que, oui, il était peut-être le meilleur joueur de champ des Diables rouges, Thibaut Courtois étant le meilleur Diable depuis l'arrivée aux États-Unis.
Mechele est désormais supplanté par Leandro Trossard. Le numéro 10 a été "magnifique", selon Rudi Garcia lors du premier match de l'équipe. "Le seul à avoir une bonne action dans les jambes", selon nos bulletins face à l'Iran. "Le meilleur Diable rouge du début de tournoi", encore une fois selon son entraîneur.
Durant des années, Leandro Trossard a été considéré comme un homme aux multiples personnalités. Souriant avec ses équipiers en dehors du terrain, négatif dans son langage corporel sur la pelouse. Ultra-performant en club, toujours décevant en équipe nationale.
Son dernier match clé date de 2021
Le seul match dont on se souvient quand on pense à Trossard en équipe nationale date de 2021. C'était large victoire face à la Biélorussie avec deux buts de celui qui évoluait encore à Brighton. Les Diables avaient étrillé leurs adversaires 8-0 en qualifications pour le Mondial 2022 sur le terrain d'OHL, souvenir d'une époque post-Covid durant laquelle les Belges jouaient en dehors de Bruxelles et sans public.
Il a fallu être à 8000 kilomètres à vol d'oiseau de son Limbourg natal pour que Leandro Trossard réalise sa prestation référence avec les Diables rouges le jour de sa 54e sélection. Certes, face à l'une des pires équipes du tournoi sur le papier, mais quand on vient de si loin, c'est à noter.
Car Leandro Trossard, c'est une machine à écrire des articles. Toujours avec la même conclusion : comment ce gars peut-il tant décevoir avec les Diables en étant si bon chaque week-end en club (à Brighton d'abord, à Arsenal désormais) ?
Il n'a pas le clin d'œil d'Eden pour faire oublier un mauvais match
Et si c'était avant tout un délit de faciès ? L'honnêteté intellectuelle nous force à dire que Leandro Trossard n'est pas le Diable le plus sympathique d'un regard extérieur. En témoigne sa conférence de presse d'avant tournoi durant laquelle, pourtant fort d'un titre historique et d'une finale de Champions League avec Arsenal, il n'avait laissé transparaître aucune émotion.
C'est l'anti-Eden Hazard. Quand l'ancien numéro 10 passait à côté d'un match, il gardait son sourire. Un clin d'œil à la caméra et tout lui était pardonné. Le regard de hibou de l'actuel 10 n'a pas le même effet auprès des foules. Journalistes comme supporters, on s'est tous un jour posé la question de son attitude (ou plutôt son manque d'attitude) quand il avait le maillot de l'équipe nationale sur les épaules.
En interne, par contre, on entend peu d'écho négatif à son sujet. Il est extrêmement bien intégré au noyau. Trossard, c'est avant tout un grand discret qui a besoin de temps avant de s'ouvrir.
Le 10 a d'abord été un fardeau
Le comparer à Eden Hazard serait injuste. Leandro Trossard n'a pas la flamboyance de l'ancien capitaine des Diables rouges. Il a malgré tout souvent dû endosser le costume – trop grand pour lui – de son aîné lorsqu'il était absent et après sa retraite.
Il a régulièrement porté le numéro 10 en l'absence d'Eden mais s'en est débarrassé avant l'Euro 2024. Comme pour se délester d'un poids. Il dira le contraire mais ce symbole peut se transformer en fardeau.
Le choix de Lukaku de reprendre le 9, celui avec lequel il a connu ses plus belles années avec la Belgique, a eu un impact direct sur Trossard. Avec une prise de responsabilités en guise d'effet secondaire.
Son match a convaincu Thierry Henry
Leandro Trossard a été adoubé par Thierry Henry après le match face à la Nouvelle-Zélande. "Il a été excellent." Le plus beau compliment de l'ancien adjoint chez les Diables et surtout meilleur joueur de l'histoire d'Arsenal qui évoluait au même poste que lui.
Malgré un palmarès que n'aura jamais Leandro Trossard, Thierry Henry a un énorme respect pour le Belge. Il reste un supporter acharné des Gunners et ne loupe aucun match de notre Diable. Il nous glissait d'ailleurs après l'interview qu'il nous a accordée il y a quelques semaines qu'il adorait ce joueur.
Le Limbourgeois a franchi un palier au nord de Londres. En termes de jeu, mais également de statut. Qui sur le front offensif de cette équipe nationale peut dire qu'il a été champion cette saison ? Hans Vanaken. Dans un championnat de Belgique dans lequel Trossard se promenait. Les autres n'ont pas soulevé un trophée équivalent à la Premier League.
À travers la réussite de son club, Trossard a acquis un supplément de respect chez ses équipiers. Il n'est donc pas étonnant qu'après deux matchs passés à bosser pour les autres tout en étant meilleur qu'eux, il a reçu un petit cadeau de Rudi Garcia.
"Je pense que c'est le meilleur joueur de l'équipe de Belgique depuis le début du tournoi, tranche le sélectionneur. Je lui avais demandé de retrouver un caractère décisif dans son jeu. De plus tenter sa chance devant le but. Je n'oublie pas sa finition. Il y a eu des saisons où il a passé les vingt buts. Je suis très heureux pour lui."
Un don pour les espaces
Il est libre Léo. Et c'est comme ça qu'il peut briller. Il n'est pas un vrai numéro 10, pas un vrai ailier de un contre un non plus. C'est un être hybride. Rarement sexy, rarement à côté de ses pompes. Avec un don, celui d'être souvent à la bonne place. Parfois dans un espace tellement étriqué que personne n'aurait envisagé s'y placer, ce qui faisait dire à notre consultant Anthony Vanden Borre qu'il avait le style d'un Espagnol.
Il doit cette habileté à une grosse intelligence de jeu. Elle est innée mais a été modelée par Mikel Arteta qui lui bourre le crâne de postulats tactiques depuis trois bonnes années maintenant.
Ses deux buts viennent de la justesse de son placement. Particulièrement sur le deuxième ou personne ne l'attend à cette position dans la grande muraille de Nouvelle-Zélande. Sa qualité de finition, Garcia l'a soulignée, a fait le reste du travail. Ses stats à Arsenal sont là pour confirmer : 8 buts, 11 assists en 2025-26. Très souvent dans des moments importants.
Statistiquement, il est le meilleur Diable rouge
Si Garcia l'aime tant et le trouve "magnifique", comme il l'a déclaré après le match contre l'Égypte, c'est parce que son numéro 10 est propre au ballon. Face à la Nouvelle-Zélande, il a réussi autant de passes clés (qui amènent une action dans la foulée) qu'il a loupé de passes. Le tout en ayant plus souvent tenté d'aller chercher un équipier devant lui que derrière.
Rien d'étonnant, donc, à le retrouver au sommet du classement des passes clés belges (3,21), alors que ce rôle est davantage dévolu sur le papier à Kevin De Bruyne (2,75).
Il trône d'ailleurs en tête de plusieurs classements statistiques importants chez les Diables : nombre de pénétrations dans le rectangle adverse et contributions offensives en plus des passés clés et des buts. Selon certains sites, il serait même le joueur à avoir créé le plus de possibilités de buts durant le tournoi, toutes nations confondues.
Même les data confirment ce qu'avance Brandon Mechele : jusqu'à présent, Leandro Trossard est le meilleur Diable rouge de la Coupe du monde.