Vanessa Maes, directrice de Spa GP, est confiante pour l'avenir: "On n'organise pas le dernier GP de Belgique"
Entretien avec Vanessa Maes, une directrice de Spa GP confiante en l'avenir.
- Publié le 24-08-2022 à 07h40

Depuis quatre ans déjà, Vanessa Maes a relayé son papa André à la tête de Spa GP, la société organisant le GP de Belgique à Francorchamps. Après deux éditions très difficiles, l'une à huis clos et l'autre sans course en raison de la pluie, la femme forte à la tête du plus grand événement sportif dans notre pays se veut optimiste et résolument tournée vers l'avenir. Entretien exclusif avec celle qui ne fait pas la pluie mais le beau temps de notre GP de Belgique de F1.
Vanessa Maes, cette fin de semaine, c'est l'aboutissement de combien de mois de travail de votre équipe Spa GP ?
"Un an. En fait, on ne s'arrête jamais. On a clôturé 2021 et géré 2022 en même temps en septembre dernier. Le dimanche du GP 2021, on vendait déjà des tickets sur notre site pour cette édition."
Qui affiche complet depuis quand ?
"La vente des tickets est sold out depuis mars. Les autorités locales ne nous autorisent pas à vendre plus de 100 000 billets par jour. Avec le personnel pour l'organisation, les commissaires, la sécurité, les médecins, la police, les contrôleurs, les traiteurs, les journalistes, cela fait 115 000 personnes sur site pour 360 000 sur l'ensemble du week-end."
Qui débute officiellement jeudi avec une journée spéciale offerte exclusivement aux lésés de l'an dernier.
"Exact. Ils ont été près de 10 000, détenteurs d'un pass 2021, à s'enregistrer en ligne pour pouvoir bénéficier de cette partie de compensation. Ils pourront assister à diverses animations sur la piste et en dehors avec des interviews de pilotes sur la scène située dans la Fans Zone, la présentation de la nouvelle Alpine A110, les 55 ans d'AMG, une démo de l'homme volant Franky Zapata, mais aussi des démonstrations de 17 ou 18 F1 historiques avec la Benetton au volant de laquelle Michael Schumacher a remporté son premier GP ici il y a trente ans, une Copersucar de 1978 avec à son volant l'ex-double champion du monde Emerson Fittipaldi ou encore une Toro Rosso de 2013 ou l'ancienne Simtek de Jos Verstappen. Le public pourra aussi gagner des visites de boxs F1 et des baptêmes de piste."
En espérant qu'il fasse beau. Sur certains sites, on annonce des orages pour dimanche…
"Arrêtez. C'est ma principale inquiétude car c'est la seule chose que nous ne pouvons pas gérer, le temps. L'édition de 2021 a laissé des traces. Cela a été des moments très compliqués pour nous aussi. Mais nos fans ont pour la plupart bien compris que nous n'étions pas responsables de la météo ni de la décision de ne pas rouler. Et que, nous non plus, on ne nous a pas remboursés le montant du plateau. Pour la FIA, le GP n'a pas été annulé. Une attribution des points et un podium ont d'ailleurs eu lieu. Enfin, on ne peut pas prédire le temps à Francorchamps trois, quatre ou cinq jours à l'avance. On verra bien. On croise les doigts."

La F1 est en plein nouveau boum on a l'impression, non ?
"Oui, la discipline est à l'apogée de sa popularité grâce à la rivalité Hamilton-Verstappen l'an dernier, l'éclosion de jeunes talents comme Max mais aussi Charles Leclerc, Lando Norris ou George Russel. Et tout cela est bien mis en scène par la série Netflix Drive to Survive grâce à laquelle il y a un renouveau du public. Les jeunes s'intéressent à nouveau à la F1."
Mais les Belges ne viennent toujours pas plus nombreux à leur GP…
"Il y a effectivement 47 % de Néerlandais grâce à Max Verstappen et seulement 9 % de Belges. Sans pilote national, c'est difficile d'attirer plus de 10 000 Belges."
Pourtant cette année, il y aura beaucoup plus d'animations et de show autour du GP…
"C'est vrai. On a porté une attention toute particulière à l'emballage, tout ce qui va autour de la course ou de ce qui se passe sur la piste. Il y aura un podium spécial avec un DJ, des concerts durant trois jours notamment avec Henri PFR samedi soir ou un feu d'artifice déclenché lors du passage du vainqueur. Mais je le répète, nous n'essayons pas d'attirer des spectateurs en plus vu qu'on n'a plus de tickets à vendre. On veut juste que les fans en aient plus pour leur argent."
Cela doit faire un sacré coût supplémentaire tout cela…
"Je le considère comme un service à nos clients mais surtout un investissement sur l'avenir. On va leur offrir du show."
Cela va s'ajouter sur la note de la Région wallonne ?
"Je ne vais pas citer de chiffres ici. Mais je pense avoir démontré lors des trois éditions précédentes que je savais gérer mon budget."
Quelques VIP particuliers aussi ?
"Oui mais, pour l'instant, seuls Thierry Neuville et les frères Borlée m'ont confirmé."
Combien d'heures devront-ils passer dans les embouteillages pour accéder ou repartir du circuit ?
"On a pas mal travaillé avec la police et les bourgmestres concernés sur la fluidité du trafic. Plusieurs mesures ont été mises en place avec notamment l'instauration de sens uniques provisoires, des parkings de délestage à Malmédy (4 000 places) ou Stavelot avec navettes gratuites, 25 bus à partir du vendredi depuis la gare de Verviers et une meilleure gestion des parkings."
C'était justement un autre point noir…
"On en est bien conscients. L'un des problèmes est que la majorité des parkings n'appartiennent pas au circuit. On a donc dû parler avec les propriétaires terriens. Un cahier des charges a été établi et doit être respecté. Les entrées et sorties des champs ont été empierrées, le péage ne peut plus se faire sur la route au détriment de la circulation mais sur le site même, aucun supplément ne peut être demandé pour un éventuel remorquage en cas d'embourbements comme cela a été le cas en 2021. De toute manière, on a pris les devants et un plan B était prévu avec la réquisition éventuelle de zonings ou parkings en dur. Mais, heureusement, cela ne devrait pas être nécessaire. L'an dernier, les champs étaient encore gorgés d'eau des inondations de juillet. Cette année, avec la sécheresse des dernières semaines, la terre est dure comme du béton et il n'y aura pas de souci, nous assurent les paysans locaux."
Qu'espérez-vous pour dimanche ?
"Un beau spectacle sur la piste et en dehors. Si la météo est de la partie, on aura un événement exceptionnel. On va montrer le résultat d'une année de travail."
De nouvelles règles ont été imposées par les dirigeants de la F1, notamment avec l'interdiction d'apporter de l'alcool sur le site et de lancer des fumigènes.
"Pour les fumigènes, la règle existait déjà mais désormais il y aura une tolérance zéro à la demande des pilotes. Pour l'alcool, suite aux événements qui se sont déroulés lors du dernier GP d'Autriche ou des événements malheureux liés à l'alcool ont été constatés, il nous a été demandé d'interdire aux fans d'emmener de l'alcool avec eux au GP. Mais il sera bien sûr toujours possible d'acheter de la bière sur place."
Vous allez rencontrer Stefano Domenicali cette semaine pour discuter de l'avenir du GP ?
"Oui, un rendez-vous est bien évidemment prévu. On a des discussions régulières avec les promoteurs et dirigeants de la F1 et pour l'instant il n'y a rien de neuf. On doit voir en priorité s'il y a encore de la place au calendrier. Dès que je pourrai faire une annonce vous serez informés mais pour l'instant, en pleines négociations, je dois faire attention à ce que je dis. Je marche sur des œufs."
Pensez-vous qu'on assistera ce dimanche au dernier GP de Belgique de F1 ?
"Je suis certaine que non. Je suis très optimiste et positive car on a montré qu'on était capables de répondre aux nouvelles attentes de la F1. Avec de nouvelles infrastructures et notamment cette nouvelle grande tribune de 4 500 places dans le Raidillon, mais aussi pas mal d'à-côtés. Francorchamps n'est pas seulement un circuit historique et mythique. Il est aussi tourné vers l'avenir."
Vous avez reçu pas mal de soutien de la part des pilotes et des dirigeants de teams. Cela doit faire chaud au cœur ?
"Cela montre surtout que nous sommes légitimes. Ce n'est pas une utopie de dire que nous avons le plus beau circuit du monde."
Vous n'allez pas dormir beaucoup les prochaines nuits ?
"Non, juste quelques heures."
Vous devez avoir pas mal de pression sur les épaules car si la Belgique perd son GP, on dira que c'est de votre faute…
"On ne le perdra pas. Et puis je ne suis pas seule non plus. J'ai le soutien de Melchior Whatelet et du politique qui a confirmé publiquement le soutien financier à tous les niveaux de pouvoir."
Une solution pourrait-elle être l'alternance, notamment avec la France ?
"Une année sur deux, tous les ans, pas du tout. Les spéculations vont bon train. J'ai même entendu que j'aurais refusé de signer une prolongation de bail de deux ans. Il faut arrêter avec tout cela. La seule vérité est que rien n'est encore décidé. On fait tout ce qu'on peut, on se bat pour le garder, toute l'équipe est hyper motivée et prête pour mettre sur pied un super événement. Pour, quoi qu'il arrive, ne pas avoir de regrets."