Voile: Jonas Gerckens, convalescent mais confiant
Le 7 novembre, Jonas Gerckens prendra le départ de la Transat Jacques Vabre. Il visera le top 10, malgré une côte cassée.
- Publié le 02-11-2021 à 17h45
- Mis à jour le 02-11-2021 à 17h47

Après ses fructueuses pérégrinations en double mixte en compagnie de Sophie Faguet où ils ont décroché l'argent à l'Euro et le bronze au Mondial en L30 (monotype de 9,58 mètres), Jonas Gerckens retrouve son Class40 Volvo 164 (40 pieds) qu'il partage avec le Français Benoît Hantzperg : "On se connaît depuis le circuit Mini 6.50 où on s'est souvent tiré la bourre." Les deux marins sont raccords avec des profils d'attaquants. Las, lors d'un entraînement début octobre, Jonas a fait une mauvaise chute et s'est brisé une côte. Pas de quoi hypothéquer sa participation à la "Jacques Vabre" mais sérieusement chambouler sa préparation. Six semaines de repos ont été préconisées. Le skipper liégeois ne les aura pas tout à fait à l'heure du départ, le 7 novembre prochain. "Je suis en mode pause depuis le 5 octobre. Je limite au maximum les efforts physiques, ce n'est pas simple. Le bateau a continué à naviguer et il vient d'arriver à bon port au Havre - mardi dernier, NdlR. Les gros dossiers sont derrière nous, il nous reste à peaufiner les derniers détails avant le départ. Ne pouvant pas aller sur l'eau, je me concentre sur le road book et la météo. Le 3 novembre, j'ai rendez-vous chez le médecin de la course pour un check complet et étudier des solutions pour limiter le mal, que ce soit avec des antidouleurs ou des straps. On croise les doigts."
Si le marin est convalescent, le bateau, fraîchement mis à l'eau, semble bien affûté : "Nous avons établi un record à 27 nœuds et nous le faisons régulièrement marcher à 20 nœuds de moyenne pendant plusieurs heures. Il est sain et simple à faire avancer vite. Maintenant, il faudra tenir le rythme pendant trois semaines tout en faisant les bons choix."
Le top 10 pour objectif
Qui dit nouveau bateau dit aussi des objectifs revus à la hausse pour un marin davantage habitué aux "secondes mains". "En voile, il faut d'abord terminer et si nous terminons, j'aimerais que ce soit dans le top 10. Je comptais beaucoup sur le mois d'octobre pour naviguer avec Benoît, répéter les manœuvres pour qu'elles soient les plus fluides possible. Ce n'est pas l'idéal mais c'est gérable sur la longueur d'une transat. La grosse inconnue, c'est mon état physique. On verra après 2, 3 jours si ce n'est pas trop handicapant par rapport à la performance."
Qui dit nouveau bateau dit gros investissement et du coup un regain de pression par rapport au résultat : "Paradoxalement, cette côte cassée a un peu fait diminuer cette pression. Nous sommes déjà contents d'être au départ. Il ne faut pas oublier le plateau. Il y a une grosse émulation dans la classe et nous serons 45 à nous battre avec, je pense, une douzaine de nouveaux bateaux. Pour une fois que j'ai un bateau neuf, il y en a beaucoup d'autres qui sont sortis de chantier. J'espérais que cela allait être plus facile (rires) !"
Jadis outsider au départ des courses, Jonas pouvait/devait tenter des coups stratégiques. Faisant dorénavant partie des - nombreux - favoris potentiels, il devra tempérer ses ardeurs. "C'est en tout cas ce que je dois m'imposer. C'est également valable pour Benoît qui est très offensif. Nous sommes assez certains de notre vitesse. Nous allons peut-être nous mettre dans la peau de suiveurs dans un premier temps, tenir le rythme et au niveau du Cap-Vert, on verra les options qui s'offrent à nous. Nous n'allons pas nous enterrer après deux jours de course sur une stratégie météo qui ressemble davantage à un coup de poker. Bref, nous n'irons pas chercher l'Irlande alors qu'il faut descendre aux Canaries…"
À 100 % du potentiel du bateau
Une transat en double se gère aussi différemment par rapport aux épreuves en solitaire voire en équipages : "En solitaire, on fait marcher le bateau à 80 % de ses possibilités, en double, on est tout le temps à 100 %. Pendant que l'un navigue, l'autre se repose ou étudie la météo. Il n'y a que les changements de voile que nous effectuons à deux."
Au niveau relationnel, l'aventure n'est pas simple à gérer non plus : "On peut s'entendre avec plein de monde à terre mais c'est différent sur un bateau dans des conditions spartiates. Cela peut vite tourner au cauchemar d'où l'intérêt de bien se connaître, ce qui est le cas avec Benoît. Nous sommes faits l'un pour l'autre (rires)."
Jonas a beau être le skipper "attitré" du Volvo 164, les deux marins partent à 50-50 : "Il y a plus d'idées dans deux têtes que dans une. Quand il y a une stratégie à définir, nous en discutons et évoluons vers un consensus. Maintenant, si un choix extrême s'impose à nous comme l'évacuation du bateau, je prendrai mes responsabilités."
