Le tennis italien doit-il sa réussite à une chaîne de télévision? "Plus populaire donc plus de clubs, plus de pratiquants, plus de sponsors…"
Depuis plusieurs années, l'Italie, emmenée par Jannik Sinner, est devenue un exemple à suivre.
- Publié le 07-05-2025 à 11h16

Actuel n°1 mondial, Jannik Sinner est devenu depuis quelques mois le chef de file du tennis italien. Et le grand roux n'est pas vraiment l'arbre qui cache la forêt. En effet, derrière lui, le vivier transalpin se porte bien avec de nombreux autres talents. Avec le jeu des invitations, il y a des Italiens à toutes les sauces au Masters 1 000 de Rome. On retrouvait 13 joueurs (Jannik Sinner, Federico Cina, Matteo Berrettini, Fabio Fognini, Mattia Bellucci, Matteo Gigante, Matteo Arnaldi, Luca Nardi, Flavio Cobolli, Luciano Darderi, Francesco Passaro, Lorenzo Sonego et Lorenzo Musetti) de la Botte dans le tableau principal avant la fin des qualifications et dix joueuses (Tyra Caterina Grant, Federica Urgesi, Arianna Zucchini, Lucrezia Stefanini, Jasmine Paolini, Giorgia Pedone, Luzia Bronzetti, Nuria Brancaccio, Sara Errani, Elisabetta Cocciaretto) dans le tournoi féminin. Mais comment expliquer cette réussite ?
Une chaîne de télévision
Depuis qu'il est à la tête de la Fédération italienne en 2001, Angelo Binaghi n'a pas seulement assaini les comptes de l'instance mais il a mis en place une nouvelle structure avec un modèle décentralisé. Le centre technique national, près de Pise, existe toujours, mais les meilleurs joueurs n'y sont pas présents toute la saison. Ils ne s'y rendent que pour suivre des stages. Le reste du temps, ils poursuivent leur formation dans des académies ou des centres régionaux. Et chaque joueur reçoit un projet individuel avec un coach qui le suit, souvent, pendant de longues années. Un peu comme Riccardo Piatti avec Jannik Sinner. Mais pour Angelo Binaghi, la formation seule n'explique pas le succès du tennis en Italie.
"On a mis en place, c'est vrai, un système décentralisé, en régionalisant les centres d'entraînement mais je ne crois pas que cela soit ça la raison. C'est même peut-être la raison la moins importante. Le plus important, c'est notre chaîne de télévision SuperTennis (NdlR : créée en 2008). Il y a vingt ans, le tennis avait disparu des écrans. Si un sport ne se voit plus à la télévision, il n'est plus pratiqué par les enfants, il est destiné à mourir. Maintenant, 900 000 téléspectateurs par jour en Italie voient du tennis toute l'année gratuitement. Si le tennis est plus populaire, il y a plus de clubs, plus d'écoles de tennis, plus de pratiquants, plus de sponsors, plus de billets vendus pour des grands événements."
Le déclin du football avec une Squadra Azzurra absente du Mondial en 2018 et 2022 et une Serie A moins puissante que par le passé a aussi privé les Italiens de vives émotions et aidé le tennis à se développer.

Multiplication des événements
Si le tennis italien se porte bien, c'est aussi grâce à la multiplication des événements sur son territoire. Tout au long de l'année, les joueurs peuvent s'inscrire ou recevoir des invitations sur les nombreux Challengers et Futures du calendrier. Non seulement les Italiens reçoivent des opportunités de décrocher plus facilement des points ATP mais en plus ils n'ont pas à voyager à travers le monde. Ce qui leur permet d'économiser des coûts importants. Présent sur le nouveau Challenger 100 de Monza en avril avec Raphaël Collignon, Ananda Vandendooren, coach à la fédération francophone, a constaté de visu l'émulation autour de la petite balle jaune : "Toute la semaine, les entraîneurs italiens se parlent, échangent, demandent des avis. Ils ne s'enferment pas dans une bulle avec leur joueur. En Italie, il y a des joueurs à tous les niveaux, à tous les paliers, il y a chaque fois des groupes à l'intérieur duquel l'émulation est présente. C'était une première édition à Monza, c'était super bien organisé. L'Italie pour ça, c'est vraiment un pays au top. Il y a toujours des événements de qualité avec un public très correct qui pousse et encourage ses joueurs italiens."

Pas abandonnés à 18 ans
Enfin, la fédération italienne a décidé via son projet "Progetto Over" d'aider spécifiquement ses joueurs quand ils tentent le passage difficile entre les juniors et le circuit pro. Les dirigeants ayant remarqué que de nombreux talents se perdaient lors de cette phase. Les mesures concrètes mises en place s'articulant autour d'un soutien financier, d'un accès à un encadrement professionnel, d'entraînements dans les centres de haut niveau et d'une émulation poussée à son maximum.