De la pause mentale à la finale de Wimbledon 2025 : la résurrection royale d'Amanda Anisimova
Amanda Anisimova, qui avait mis sa carrière entre parenthèses pour préserver sa santé mentale, jouera samedi la finale de Wimbledon face à Iga Swiatek. Une résurrection inattendue pour l'Américaine de 23 ans.
- Publié le 11-07-2025 à 08h58

Jamais deux sans trois, dit l'adage. Et à Wimbledon, il a encore frappé. Ce jeudi, Aryna Sabalenka (WTA 1) a vu son parcours s'arrêter en demi-finale pour la troisième fois, après 2021 et 2023. La n°1 mondiale espérait pourtant briser ce plafond de verre, au terme d'un tournoi déjà semé d'embûches — un huitième accroché contre Elise Mertens (WTA 23), puis une vraie bataille face à Laura Siegemund (WTA 104).
Cette fois, face à elle, Amanda Anisimova (WTA 12) s'est imposée en véritable mur. L'Américaine, incisive et agressive à souhait, l'a poussée dans ses retranchements et a fini par la faire plier au terme d'un bras de fer intense.
"Sabalenka cherchait sa première finale ici, c'est elle qui avait la pression sur ses épaules, analysait Fabrice Santoro sur beIN Sports. Elle est tombée sur une adversaire qui l'a fait reculer à plusieurs reprises. Elle pouvait s'attendre à ce schéma."
Elle s'y attendait sans doute, oui. Pourtant, elle n'a pas trouvé la clé, s'inclinant sur la quatrième balle de match : 6-4, 4-6, 6-4.
Si Sabalenka a cédé, c'est aussi – et surtout – parce qu'en face, Anisimova a livré l'un des matchs les plus accomplis de sa carrière. Un exploit d'autant plus fort qu'il y a deux ans à peine, la joueuse de 23 ans envisageait sérieusement de ranger sa raquette.
Demi-finaliste de Roland-Garros à 17 ans
Née le 31 août 2001 dans le New Jersey, Anisimova débute le tennis à l'âge de cinq ans. Fille d'un couple d'émigrés russes, elle suit sa sœur aînée sur les courts avant que la famille ne déménage en Floride pour lui offrir les meilleures conditions d'entraînement. C'est son père, non issu du monde de la petite balle jaune, qui l'accompagne sur les terrains.
Très vite, le talent éclate. En 2017, elle remporte l'US Open chez les juniors. Deux ans plus tard, elle se hisse en demi-finale de Roland-Garros à seulement 17 ans. Propulsée au 24e rang mondial, elle fait alors figure de grande promesse du circuit.
Mais sa trajectoire prend un tournant tragique à l'été 2019. Quelques jours avant le début de l'US Open, son père, Konstantin Anisimov, décède d'une crise cardiaque. "C'est la pire chose qui me soit jamais arrivée", expliquera-t-elle au New York Post en 2020. Effondrée, Amanda renonce au tournoi. Ce drame personnel, combiné à la crise sanitaire du Covid, marque le début d'une période difficile.
Une pause salutaire pour sa santé mentale
Après une première pause imposée par la pandémie dès février 2020 et une reprise en demi-teinte, Anisimova retrouve un second souffle en 2022, avec un titre au WTA 250 de Melbourne et un quart de finale à… Wimbledon. Mais en 2023, le malaise revient. Éliminée dès le premier tour à Indian Wells, Miami et Madrid, elle annonce fin avril se retirer temporairement.
"J'ai vraiment du mal avec ma santé mentale et le burn-out depuis l'été 2022. C'est devenu insupportable d'être en tournois. À ce stade, ma priorité est mon bien-être mental", confie-t-elle sur Instagram.
La peinture a été une sorte de refuge.
Pendant plusieurs mois, elle disparaît des radars. Elle se recentre sur elle-même, s'accorde du temps, loin du tennis. La peinture devient un refuge. "J'étais en pleine conscience, concentrée uniquement sur ce que je faisais. C'était une sorte de refuge", expliquait-elle dans L'Équipe en début d'année. Elle retrouve aussi une vie sociale normale : sorties entre amis, concerts, lecture, université en présentiel. "Rien de fou, mais je me suis créé plein de souvenirs. Ça m'a fait du bien et m'a permis de mesurer à quel point je pouvais avoir besoin d'interactions sociales, de ce que mes amis vivaient depuis des années quand j'étais, de mon côté, en tournoi ici ou là. Depuis, j'essaie de trouver un meilleur équilibre à ce niveau-là, quelque chose qui pourra me conduire à jouer plus longtemps."
Et à aligner les titres de renom ? Lauréate du WTA 1000 de Doha en février, Amanda Anisimova pourrait soulever samedi son tout premier trophée en Grand Chelem. Encore faudra-t-il écarter Iga Swiatek (WTA 4), impériale face à Belinda Bencic (6-2, 6-0) et enfin à l'aise sur herbe, six ans après son sacre junior. La Polonaise semble avoir trouvé le bon réglage, sous la houlette du Belge Wim Fissette. Un duel de prestige sur le Centre Court, où l'on espère aussi l'apparition de Kate Middleton dans la célèbre loge royale.