Rafa Nadal Academy : là où naissent les champions du tennis pour 60 000 € par an
Ouverte en 2016, l'académie de Rafael Nadal est maintenant l'un des centres de formations les plus connus au monde. Un bel héritage pour le roi de Roland-Garros.
- Publié le 30-09-2025 à 15h48

Dimanche à Orléans, le Liégeois Raphaël Collignon (ATP 93) a vu s'échapper son cinquième titre en Challenger, battu en finale par l'Espagnol Martin Landaluce (ATP 136). Âgé de 19 ans, ce dernier n'est pas un inconnu : vainqueur de l'US Open juniors en 2022, il est l'un des nombreux talents façonnés par la Rafa Nadal Academy. Comme lui, Daniel Rincón (22 ans), Alexandra Eala (20), Alina Korneeva (18) et Ivan Ivanov (16) ont tous été sacrés en Grand Chelem chez les jeunes.
Inaugurée en octobre 2016 sur l'île de Majorque, la structure s'est imposée comme l'un des centres de formation les plus réputés au monde. Et ce, en un temps record, l'Espagnol Rincón ayant enlevé l'US Open dès 2021. Mais comment fonctionne ce lieu qui porte l'empreinte du roi de la terre battue ?
Deux programmes, une même philosophie
L'académie repose sur deux piliers : l'école de tennis et le pôle élites.
La première accueille des jeunes de 11 à 18 ans dans un format tennis-études : cours scolaires, entraînements quotidiens, préparation physique et mentale, suivi nutritionnel et médical. Le second, lui, est réservé à une poignée de joueurs et joueuses évoluant à l'international. Cinq juniors l'ont d'ailleurs intégré en début d'année académique. Ces derniers bénéficient d'horaires scolaires aménagés et d'un accompagnement plus spécifique. Mais quel que soit le parcours, le credo reste identique : chez Rafael Nadal, on ne forme pas seulement des athlètes.
"L'éducation des enfants, c'est quelque chose qui lui tient vraiment à cœur, nous explique Jeremy Paisan, responsable des moins de 18 ans du pôle élites. Rafa le répète dans toutes ses interventions : son souhait est que chaque académicien sorte d'ici en étant la meilleure personne possible. C'est pour cette raison que tout le monde est inscrit à l'école. À l'une ou l'autre exception près comme des pros ou des élites qui évoluent déjà à un certain niveau ou qui arrivent avec leur propre structure. Mais c'est très rare."
Notre interlocuteur français, 30 ans, entame sa huitième saison à Manacor. Il a vu les installations grandir et se transformer au fil des ans.
Une ville du sport
La Rafa Nadal Academy impressionne par son gigantisme : 45 courts (23 en surface dure et 22 en terre battue), mais aussi une école privée intégrée, une résidence pour les jeunes, un restaurant réservé aux joueurs, sans oublier une horde de préparateurs physiques, physiothérapeutes, psychologues et nutritionnistes au service des 200 jeunes pensionnaires.

Rien n'a été laissé au hasard. Et le projet dépasse largement le cadre purement sportif : musée, hôtel, trois restaurants, salle de fitness fréquentée par 4 000 adhérents, spa, piscines et évidemment terrains de padel (avec académie dédiée).
Le site est devenu une véritable cité sportive, ouverte autant aux habitants de Manacor qu'aux touristes de passage. L'école intégrée n'accueille d'ailleurs pas uniquement les pensionnaires de l'académie : des jeunes de la région y suivent aussi une scolarité classique, ce qui renforce l'ancrage éducatif et économique de ce vaste complexe sur l'île.
Une école… mais aussi un business
Intégrer l'académie, pour peu d'avoir été retenu à l'inscription ou d'avoir tapé dans l'œil d'un scout, a inévitablement un prix. Celui de l'excellence. Et selon nos sources, il faut débourser aux alentours de 60 000 euros pour dix mois, de la rentrée de septembre à juin. "Des bourses existent mais elles restent rares. Elles sont attribuées selon le potentiel détecté par l'équipe technique et les moyens du joueur notamment. Mais on demande toujours une participation à la famille", précise Jeremy Paisan.
Notre plus grande force ? Le travail d'équipe.
Toute cette dimension économique est assumée : comme indiqué plus haut, le lieu n'est pas seulement un centre d'excellence, il est aussi une entreprise florissante, qui capitalise sur la notoriété du champion espagnol et sur l'essor du tourisme sportif à Majorque.

Travail, humilité, exigence
Au cœur du dispositif de la Rafa Nadal Academy, la philosophie prônée par Nadal repose sur des valeurs simples mais immuables : travail acharné, exigence quotidienne, respect et humilité. "On ne retire pas leur rêve aux jeunes, mais pour arriver parmi les meilleurs, il n'y a pas de recette miracle. Chaque joueur et chaque projet sont différents. Chaque famille et chaque culture aussi, car les jeunes viennent de partout", rappelle Jeremy Paisan.
Dans cette diversité où se mêlent plus d'une quarantaine de nationalités, la clé réside dans le collectif : "Notre plus grande force, c'est l'adaptabilité et surtout le travail d'équipe en interne. On a réussi à créer quelque chose de très solide."
Ici, on mange, on dort et on vit tennis.
Aux côtés du Français gravitent des figures reconnues dont les directeurs Carlos Moyá, Marc Gorriz, Gustavo Marcaccio ou encore Tomeu Salvà. Chacun apporte son expertise et son expérience, y compris les préparateurs physiques ou les docteurs pour ne citer qu'eux, mais toujours dans une logique d'échange permanent : "Chacun a son point de vue, sa manière de travailler. Par exemple, j'ai la mainmise sur le projet des moins de 18 ans du pôle élites, mais je fais appel à d'autres entraîneurs. C'est important d'avoir un regard extérieur pour avancer, il faut pouvoir rester humble."

Une organisation qui reflète parfaitement l'ADN de Rafael Nadal : s'entourer de gens compétents, apprendre des autres, et croire que le vrai talent, au fond, c'est le travail. "Ceux qui charbonnent le plus, ce sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats. Que ce soit en tant qu'entraîneur ou en tant qu'athlète, poursuit le coach français. Je peux vous dire qu'on passe des heures à bosser, et pas seulement sur les courts. Ici, on mange, on dort et on vit tennis. C'est la méthode de Rafa et de son oncle Toni : le travail paie."
S'il veille au grain, le lauréat de 22 titres en Grand Chelem n'intervient que ponctuellement. "Il donne parfois des conseils aux joueurs du groupe élites. C'est Rafa Nadal hein, il peut nous aider (sourire). Mais il n'a pas beaucoup de temps, il a d'autres occupations. Et de toute façon, ce n'est pas son rôle. Les familles ne doivent pas venir ici en attendant cela de lui."
L'héritage de Rafael Nadal ne se mesure pas à sa présence sur un court, mais à ce qu'il inspire au quotidien.
Ivan Ivanov, le petit protégé de Rafa
Âgé de 16 ans, Ivan Ivanov a posé ses valises à Manacor il y a déjà quatre ans. "C'est un peu le protégé de Rafa, entre guillemets. Il l'a intégré à son académie et le sponsorise", confie Jeremy Paisan. Un investissement que le Bulgare lui rend bien, avec deux titres à Wimbledon et à l'US Open cette saison.

"Je travaille avec lui depuis ses débuts ici. C'est un garçon qui vit uniquement pour le tennis. Au début d'ailleurs, ça prête à sourire, mais on comprend très vite qu'il est sérieux. C'est un vrai bosseur, déterminé à prouver qu'il a l'étoffe d'un champion, et on le ressent immédiatement. Pour l'anecdote, je l'ai accompagné lors de son arrivée, en test, au tournoi des Petits As (NdlR : l'officieux championnat du monde des moins de 14 ans). Il n'avait alors que douze ans, je lui ai demandé quelles étaient ses ambitions. Sans sourciller, il m'a répondu : 'Ben… gagner'. Comme si ma question était absurde (rire). Il a finalement perdu en quart de finale, mais j'ai immédiatement compris qu'il était spécial. J'ai aussitôt recommandé à la direction de l'intégrer à plein temps. Arrivé chez nous, Ivan s'est tout de suite fixé des objectifs très hauts. Il n'est pas là pour rigoler."
Blessé pendant près de six mois début 2024, Ivanov était retombé aux alentours de la 200e place mondiale chez les juniors au début de cette saison. Il a toutefois vite repris sa marche en avant : demi-finaliste à Roland-Garros, vainqueur à Wimbledon, puis à l'US Open, il occupe aujourd'hui la première place du classement, avec plus de 1 000 points d'avance sur son dauphin.
"Ce qu'il a accompli en si peu de temps, après une blessure difficile à gérer pour un garçon de son âge, prouve qu'il possède une force mentale rare. Sur le plan technique, sa qualité de frappe est phénoménale et son coup droit une arme redoutable. Il a toutes les qualités pour progresser et briller au plus haut niveau."