Quel avenir pour le procès d'assises?
- Publié le 18-03-2002 à 00h00
ANALYSE
A u revoir à ce monde et à ses oeuvres´, avait conclu le bâtonnier Xavier Magnée en lisant une adresse à la Cour et aux parties, le 2 septembre 1998 à l'entame du procès Agusta-Dassault. C'est que son client, Raffaello Teti, l'ancien président d'Agusta, était décédé peu avant, alors qu'il était l'un des inculpés ayant à comparaître en cassation. Et ce fut tout, car l'action publique contre son client était bien sûr éteinte du simple fait du décès de M.Teti.
Jean-Luc Dessy, qui défendait Alain Van der Biest avec un doigté et une humanité sans failles, obtiendra-t-il semblable autorisation au futur procès d'assises? On l'ignore, mais une chose est sûre: pour M. Van der Biest aussi, toute poursuite est désormais caduque. Qu'est-ce que cela changera, pour le procès, pour les autres inculpés, pour les parties civiles? Peut-être pas grand-chose, à l'instar de ce qui s'était produit devant l'instance suprême.
SANS COMMANDITAIRE?
Côté juridique, les choses seraient plutôt simplifiées. Puisque c'est à Alain Van der Biest que la justice semblait attribuer le plus volontiers la commandite à ce stade, parmi les suspects, on aura toutefois un"procès sans commanditaire´, donc vraiment très basique. En effet, il ne faut pas s'attendre à ce que les inculpés qui nient changent soudainement d'avis et tentent, par exemple, de"charger la barque´ du défunt, car ils se nuiraient avant tout à eux-mêmes. En revanche, il se peut que les autres tentent l'opération, évidemment rendue bien plus aisée en l'absence de l'intéressé, afin d'estomper leurs propres éventuelles responsabilités. Mais avec quelle crédibilité le feraient-ils, en de telles circonstances?
PLUS DUR, POUR LES AVOCATS
On peut toutefois s'interroger sur le"vide´ que Me
Dessy laissera dans la défense. Ce n'est pas à la sagacité de l'avocat qu'on pense ici, mais au fait qu'il semblait bien armé pour faire douter le jury populaire de la culpabilité d'Alain Van der Biest. S'il y avait réussi et même sans le rechercher, il aurait sans doute fait vaciller aussi des certitudes relatives à d'autres arguments qui, bien qu'à charge de tiers, s'appuyaient sur la supposée volonté meurtrière de l'ancien ministre. Comme les arguments de Me Dessy ne seront pas présentés, le travail des autres défenseurs, aux clients desquels la justice reproche des faits censés être liés au défunt, sera donc vraisemblablement rendu plus ardu.
Un autre problème, c'est que le parquet de Liège a lui-même indiqué, au mois de septembre dernier, que la partie de l'instruction Cools relative aux commanditaires était, à son estime, incomplète. Et de citer deux amis d'Alain Van der Biest, les époux Gabriel et Bernadette Uhoda. Mais le parquet n'a pas été suivi et le couple, condamné en même temps que l'ancien député-bourgmestre de Grâce-Hollogne pour des faux et des détournements dans le dossier"gestion du cabinet Van der Biest´ mais qui se dit avec vigueur étranger à l'assassinat, n'est pas et ne sera pas inquiété à cet égard.
La nouvelle donne est donc simple: sauf retournement de situation, on jugera les organisateurs présumés de l'attentat sans avancer côté commandite. Quant à espérer des éclaircissements au cours du procès par effet de cette peur que le parquet et les parties civiles pensent voir poindre chez les inculpés lorsqu'ils seront en face des jurés, on peut en douter, à en juger par leur comportement passé. A voir...
© La Libre Belgique 2002
