Alain Van der Biest abrège son "calvaire"
"Je veux que mon calvaire s'achève", a expliqué l'ancien ministre à sa femme, dans un mot d'adieu et d'amour. "Je suis innocent", a-t-il souligné. Avant de mourir d'une prise volontairement excessive de médicaments, dans sa maison d'enfance. Fin de parcours d'un enfant du peuple.
- Publié le 18-03-2002 à 00h00

Dimanche matin, Alain Van der Biest a dit à son épouse, Betty, qu'il se rendait à Anvers pour y sacrifier à une de ses passions, les flâneries en ville - parfois celles d'un écrivain. Mais il n'a pas quitté Grâce-Hollogne. Dans sa maison d'enfance, vide d'occupants, il a absorbé des anxiolytiques et des antidépresseurs en grande quantité. Un suicide, pas de doute - même si l'enquête de routine confiée au juge d'instruction Lizin se poursuit.
Preuve d'innocence, diront certains. De culpabilité, assureront d'autres. Et plus probablement"simple´ coup de déprime, à la suite du récent décès de sa mère à laquelle il vouait une immense piété filiale ainsi que du nouvel emprisonnement qu'il avait subi peu avant. En tout cas, on peut se demander pourquoi maintenant et pas il y a 5 ou 10 ans, au temps des attaques les plus rudes? Quoi qu'il en soit, l'ancien ministre s'est éteint vers 15 heures, dimanche, a dit le médecin légiste qui a pratiqué une autopsie dès lundi. Mais ce n'est que vers 4 h 30 dans la nuit que Betty Van der Biest a découvert le corps. Elle avait entamé des recherches, brisée par l'inquiétude en ne voyant pas rentrer celui qu'elle a toujours défendu bec et ongles. Et elle a découvert le corps.
TRÈS BREF, TRÈS DENSE. UN CRI
A côté de lui, un texte très bref, très dense, un cri d'amour, un cri d'innocence, rédigé au marqueur sur une feuille à en-tête du Parlement. Un texte destiné à son épouse, qui a décidé de le rendre public: "Betty, mon amour,
commence Alain Van der Biest, Je veux que mon calvaire s'achève. Pardon. Je suis innocent, ce mot étant souligné, Je t'aime. Je t'aime.´ Et une signature toute simple: "Alain.´
Tout à été très vite. La nouvelle du décès a circulé lundi dès l'aube. Ensuite, une descente du parquet a été opérée tant dans la maison de sa mère, peu après 5 h 30, qu'à son domicile, un peu plus tard. A cet endroit, quelques objets ont été saisis. Espérait-on trouver l'un ou l'autre élément de nature à éclairer le rôle réel de M. Van der Biest dans les"affaires´? Il semble que, comme il fallait s'y attendre - plus de dix ans après l'assassinat d'André Cools - ce ne fut pas le cas.
Plus tard encore, l'autopsie, l'agitation médiatique, l'émotion dans les rues de Grâce-Hollogne. Puis la conférence de presse du parquet où l'on apprenait, de la bouche du premier substitut Christian Paque, qu'un "examen toxicologique plus approfondi est en cours´ et que "les conclusions en seront communiquées dès que possible au magistrat instructeur´, le juge Lizin.
Et aussi que "en ce qui concerne les répercussions du décès de Monsieur Van der Biest dans le cadre du dossier de l'assassinat de Monsieur le ministre d'Etat André Cools (...) une requête en réouverture des débats est envisagée afin de faire constater le décès par la chambre des mises en accusation et par conséquent l'extinction de l'action publique à l'égard de Monsieur Van der Biest´.Reste que la polémique a vite repris le dessus. Philippe Moureaux qui, à tort ou à raison, n'a pas souvent épargné ses traits contre Alain Van der Biest qu'il plaçait peut-être, peut-on penser, au centre de la mouvance criminelle responsable de la mort d'André Cools, s'est exprimé sur les ondes, lundi soir, pour mettre en doute l'hypothèse d'un simple suicide. M. Moureaux estime qu'"on´ l'y a peut-être poussé. Mais qui et pourquoi? Il ne l'a pas dit. Supposition purement gratuite? Le socialiste bruxellois n'a pas toujours eu raison dans ses déclarations relatives à l'affaire Cools.
Quoi qu'il en soit, la "vie insupportable´ et le "calvaire´ dont M.Van der Biest se plaignait très ouvertement - et fréquemment, dans la presse - ont pris fin. Ses obsèques auront lieu vendredi après-midi.
© La Libre Belgique 2002
Parmi les proches d'Alain Van der Biest, figure assurément Jean-Luc Dessy, son avocat depuis une dizaine d'années. Les deux hommes s'appréciaient. Mais ils se vouvoyaient, au grand étonnement d'ailleurs de ceux qui les fréquentaient. "J'étais son avocat, je ne pouvais pas être son ami. Entre nous, le vouvoiement s'imposait donc, il était indispensable.´ L'avocat est choqué. "Je me suis souvent demandé comment il faisait pour tenir le coup; où il puisait cette énergie positive. Je crois qu'il puisait cela dans son combat pour l'innocence mais l'association des mots"assises´ et"assassinat´ lui était devenue insupportable´, a-t-il dit. Selon lui, plusieurs choses qui se sont produites ces derniers mois l'ont véritablement brisé, comme sa réincarcération pendant trois jours suite à une décision de la chambre du conseil de Liège ou le décès de sa maman qu'il adorait,... "Il ne comprenait plus rien à la justice mais continuait cependant à lui accorder sa confiance.´"Cependant, pour lui, l'honneur était important. Et il savait qu'il l'avait perdu´, estime l'avocat, pour qui le dernier cri lancé par Alain Van der Biest est un "dernier cri d'innocence´. "J'espère pour sa mémoire que la vérité sera faite. En tout cas, moi, je ne veux plus parler de ce dossier. C'est une affaire que je suis content de quitter. Pas dans de telles circonstances évidemment, mais je la quitte avec lui et il ne faut plus m'en parler.´
