Soupçonné durant 10 ans, l'ancien ministre meurt pourtant innocent
- Publié le 18-03-2002 à 00h00
ÉCLAIRAGE
1. Pourquoi Alain Van der Biest est-il, sauf apport futur d'une preuve matérielle et irréfutable du contraire, considéré comme innocent dans l'affaire Cools? Ceci n'est ni une profession de foi, ni l'affirmation d'une vérité certaine jusque-là celée, mais un simple constat: il faut tenir Alain Van der Biest pour innocent à cause de deux grands principes du droit. L'action publique s'éteint avec le décès de l'intéressé; chacun est présumé innocent jusqu'à démonstration du contraire (qu'elle soit faite au tribunal, en flagrant délit, etc.).
Mis bout à bout, ces principes font qu'Alain Van der Biest devait être considéré comme innocent jusqu'à son jugement, puisqu'il a toujours vigoureusement nié (et plaidait du reste l'acquittement). Jugement qui n'interviendra pas pour lui, même s'il se peut que les débats contradictoires donnent, aux assises, du grain à moudre à ses détracteurs ou à ceux qui le disaient innocent.
2. Qu'est-ce que la justice lui a reproché? Aucun rôle direct dans l'assassinat. Il n'empêche, fut-il indiqué en audience de la chambre du conseil au mois de septembre dernier, Alain Van der Biest avait dit faire "une affaire de famille´ des ennuis rencontrés par son secrétaire Richard Taxquet, dont il soutenait les projets contre André Cools. Il aurait de plus, à différents moments de 1990 et 1991, eu des attitudes coupables avec ceux qui allaient devenir plus tard ses coïnculpés, en marquant son accord pour le"coup´ auprès de Silvio De Benedictis, en rencontrant Carlo Todarello qui devait le"rassurer´ sur l'avancement du projet meurtrier ou en manifestant de l'impatience auprès de Pino Di Mauro, pour la même raison. Il aurait également menti sur son emploi du temps (ainsi que sur celui de Richard Taxquet), le jour de l'assassinat, le 18 juillet 1991. Mais tant de versions divergentes existent que rien n'est avéré. Maurice Demolin affirme de plus que Van der Biest lui aurait fait un grave aveu, le 15 juin 1992. Mais est-il crédible? De meilleur ami, celui qui espérait - quoique sans grand succès - les voix des électeurs de Grâce-Hollogne, était devenu le meilleur ennemi de son vieux rival blessé.
3. Concrètement, quels étaient les indices? Cédant à un chantage au silence, selon la justice, Alain Van der Biest a remis à la fin de 1995 l'équivalent de 2 900 euros à Carlo Todarello (supposé complice de l'assassinat) par le truchement de Richard Taxquet. Mais pour Todarello, il s'agit d'un simple remboursement d'une somme due par Taxquet. Argent, encore, lorsque le 21 novembre 1991, d'après la justice, Georges Uhoda remet à Alain Van der Biest une enveloppe lourde de ce qui vaudrait maintenant 12 400 euros, de la part de son frère Gabriel. Gabriel Uhoda? Un homme d'affaires que le parquet a déjà dit suspecter d'appartenir à la commandite de l'assassinat. Or cet argent a, en réalité, abouti en grande partie chez Pino Di Mauro. Pour un remboursement de frais consentis pour les élections précédentes, comme l'a dit Van der Biest? Ou pour autre chose, comme le pense la justice?
4. Pouvait-il être acquitté, aux assises? Oui. Son avocat, Jean-Luc Dessy, soutient d'ailleurs depuis toujours que les éléments matériels font en réalité défaut contre Alain Van der Biest. Et même que des éléments de chronologie l'innocentent. Or il est exact qu'au plan strictement matériel, on peut par exemple retenir les notes portées dans son journal personnel, où il manifestait clairement ses états d'âme. Jusqu'à y souhaiter la mort de Cools. "Mais qui, nous disait encore Alain Van der Biest voilà quinze jours, n'a jamais souhaité la mort de personne? Ce n'est pas pour ça qu'on passe à l'acte, sinon la Terre serait dépeuplée...´
5. Que penser des déclarations de ses accusateurs, Carlo Todarello et le témoin anonyme? Il s'agit de truands. Si le second a assurément fourni des éléments exacts, en 1996, tous deux ont pu avoir des motifs de travestir la vérité sur certains points moins vérifiables, comme les noms de commanditaires qu'ils ont l'un et l'autre fournis - dont Van der Biest. Mais ils ont peut-être dit toute la vérité? Pas Todarello, en tout cas, qui a fourni en 1992 (voir notre infographie) des informations à ce point contradictoires qu'elles en ont perdu beaucoup de crédibilité. Reste à espérer, pour plus de clarté et comme le demandent tant la défense des inculpés que l'avocat de la famille d'André Cools, qu'on en saura davantage sur le témoin anonyme d'ici au procès. Un vrai problème est que le mobile fourni par Todarello, qui était sûr que c'était les"titres volés´, est tombé à l'eau. Or la justice semble avoir fait son deuil du mobile.
6. Alain Van der Biest avait-il de mauvaises fréquentations? Oui. Son entourage, dans le cabinet des Affaires intérieures, a désormais la réputation d'être mafieux. Il y a au moins eu des contacts avec des repris de justice connus, dont plusieurs sont inculpés dans le même dossier. De plus, l'amitié que le ministre entretenait avec les époux Uhoda l'a poussé à des malversations (le paiement pour plusieurs millions de francs d'études sur l'eau en Wallonie, alors que le travail fourni ne valait presque rien), comme cela a été jugé. Mais à cet égard, il faut signaler l'incompréhension de Van der Biest qui, une fois condamné, a marqué son étonnement car, à son estime, nombre de cabinets ministériels pratiquaient de même...
© La Libre Belgique 2002
