Tristesse à Grâce-Hollogne...

Lundi matin dans ce petit quartier de Grâce-Hollogne, les habitants de l'avenue Joseph Wauters se voulaient incrédules, mais la triste réalité est bien là: Alain Van der Biest s'est donné la mort dans la nuit de dimanche à lundi dans la maison de sa mère. L'émotion est à son comble. "J'avais une affection particulière pour lui. L'homme était simple. Il n'a pas changé avec ses amis, malgré son ascension quand il était devenu ministre. Sa déchéance nous a tous touchés. J'ai toujours dit qu'on essayait de l'écraser. On y est parvenu. Je ne sais pas qui, mais ce sont sûrement ses amis du Parti socialiste´, lance dans un soupir Paul Kaspers, un sexagénaire. L'homme s'efforce de retenir ses larmes, mais son chagrin est bien visible.

Devant la maison où s'est joué le drame, un léger périmètre de sécurité tient les journalistes et photographes à l'écart. Sans oublier les cameramen. Policiers et enquêteurs s'activent devant les objectifs des photographes qui ne veulent rien manquer de la scène. Il est 9 h 45. Une camionnette arrive pour enlever le corps de l'homme qui a plongé tout le quartier dans une tristesse indescriptible. "C'est le meilleur bourgmestre que la commune de Grâce-Hollogne ait connu. Il a géré la commune de 1977 à 1994´, commente un habitant.

"LA JUSTICE A TUÉ VAN DER BIEST´

La douleur de Caroline (72 ans) est d'autant plus intense qu'elle figure parmi les dernières personnes à avoir vu l'ancien ministre vivant. Elle gardait les clés de la maison de la maman d'Alain Van der Biest et c'est chez elle qu'il est venu les chercher le dimanche vers 11 h du matin. "Il était bien. Il a même parlé avec mon petit-fils de ses études et m'a demandé de ne pas fermer les volets´ dit-elle, les yeux rougis, probablement pour avoir versé quelques larmes. Le regard perdu dans le vide, elle porte la main à sa bouche comme pour contenir sa peine. "C'est sa femme, Betty, qui est venue me réveiller vers 4 h du matin. Je suppose qu'elle était à la recherche de son mari parce qu'elle s'inquiétait de ne pas le voir rentrer à la maison´, raconte-elle. La suite, on la connaît... Elle découvrira quelques minutes plus tard, vers 4 h 30 du matin, le corps sans vie de son mari dans la maison de sa mère, récemment décédée.

Il est environ 10 h, le corbillard s'élance avec le corps du défunt, sous le regard triste et compatissant des habitants du quartier et de quelques curieux. Au-delà de la douleur, c'est la colère qui anime certains habitants de la commune, toujours gérée par les socialistes. "La justice a contribué à son suicide pour 80 pc, la médisance pour 20 pc. Cela fait dix ans qu'on l'accuse d'un crime qu'il n'a pas commis. C'est un homme bien. Il venait voir sa mère deux fois par jour. S'il était mauvais, il l'aurait placée dans une maison de retraite´, peste Anna Gasbarrini. Il y a environ une semaine, il a rencontré le poète dans une grande surface. "Ce jour-là, j'ai vu un homme abattu, fatigué de se battre. Mais il avait toujours la phrase pour rire. Il a juste dit: je suis un canard fatigué, mais toujours sur mes deux pattes´, raconte-t-elle, en se tournant vers une amie, qui acquiesce de la tête.

SA MÈRE LUI REMONTAIT LE MORAL

Pour d'autres habitants, cela fait longtemps qu'Alain Van der Biest était au bout du rouleau. Mais,"sa mère était une femme forte qui lui remontait le moral. Aujourd'hui qu'elle n'est plus là, il n'a plus supporté le poids de l'accusation. On peut lui reprocher son penchant pour l'alcool ou qu'il ait fait confiance à des gens auxquels il ne fallait pas, mais nous sommes persuadés qu'il est innocent du meurtre d'André Cools´ déclarent en choeur Jean Moors (70 ans) et Dister Lucie (77 ans).

Le suicide d'Alain Van der Biest obscurcit une partie de l'enquête sur l'assassinat d'André Cools. Mais pour ses anciens administrés, les conclusions de l'instruction ne changeront rien à leur conviction: l'ancien maïeur de Grâce-Hollogne est innocent. Ils fustigent par contre le milieu de la politique qui est un monde cruel où il n'y a pas de place pour les âmes sensibles. "Vous verrez ceux qui viendront à son enterrement vendredi. La plupart de ceux qui dirigent la commune aujourd'hui lui doivent leur place. S'il n'y avait pas eu cette affaire d'assassinat d'André Cools, il serait toujours notre bourgmestre´, lance un quinquagénaire, les mains enfoncées dans les poches de veste. (Ph. Law.)

© La Libre Belgique 2002

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