Des ovnis dans la campagne électorale
- Publié le 06-10-2006 à 00h00
Les élections, c'est l'affaire des grandes familles politiques. Mais ces dernières n'en ont pas le monopole. Lors de chaque scrutin, des listes se constituent à l'ombre des grosses structures et apportent une indéniable touche de couleur à la démocratie.
Certaines de ces initiatives sont carrément farfelues. A Aarschot par exemple, on retrouve la liste IA.IA - pour "Iets Anders In Aarschot". Son initiateur, Johan Delafortrie, a choisi le nom de sa liste après avoir entendu braire son âne. Décoiffant ? De toute évidence. Mais ce n'est rien à côté de la liste ELVIS, de son nom entier "Echte Luierik Van In 't Stad" (littéralement "vrai paresseux dans sa ville"). Son leader, l'artiste Wim Tattoo, préconise notamment le versement d'un subside communal à toute personne qui reste plus de 8 heures au café et propose de remplacer les uniformes "ennuyeux" des agents communaux par des costumes d'Elvis. Tout un programme.
Une voix singulière
Toujours en Flandre, à Bredene, les électeurs pourront voter pour la liste VITAL dont l'initiateur, Vital Haghebaert, est aussi le seul candidat. S'il est élu bourgmestre, ce dernier promet notamment d'interdire les conversations de plus de 10 minutes sur les trottoirs, car cela provoque du stress et du bruit.
La liste SEX de l'Anversois Jan Lippens est, en revanche et curieusement, plus austère. SEX n'est en effet rien d'autre que l'acronyme de "Samenleving, Economie, X-as" (littéralement "Vivre ensemble, économie et intérêt pour la science"). Et son programme suggère, pour l'essentiel, d'importer le modèle américain en Europe.
En Wallonie et à Bruxelles, on ne compte pas de listes clairement folkloriques. En 2000, il y avait bien CHOPE, constituée par des patrons de bistrots à Namur. Mais elle ne se représente plus cette année. Il y a par contre une kyrielle de listes alternatives qui entendent apporter une autre voix, singulière, au débat électoral.
A Liège, on retrouve ainsi Isagoria, qui, en grec ancien, signifie "Liberté de parler égale pour tous". Ses initiateurs veulent sortir de la torpeur "de notre condition de citoyens anonymes". Dans leur programme, ils prônent notamment la retransmission des débats du conseil communal sur la télévision locale RTC -Liège.
A Liège, il y a aussi Domino - pour "Donnons-nous, Organisons-nous, Manifestons-nous, Imaginons-nous, Nourrissons-nous, Oxygénons-nous". Emmenée par un ingénieur civil, Alain Mariage, cette liste prône le décloisonnement des idées. Et considère les partis comme "l'archétype de ce qui conduit à établir des barrières entre les hommes".
Ce souci de transcender les clivages ou à tout le moins d'apporter une voix dissonante, on le retrouve auprès de la plupart des listes à candidat unique. Et il y en a un certain nombre. On en recense une à Aiseau-Presles (AKP), à Bruxelles-ville (Parti solutions), à Dour (JAURES), à Etterbeek (Etterbeek mon village), à Evere (TREFLE), à Floreffe (CIF), à Froidchapelle (MS), à Jalhay (PIC), à Leuze-en-Hainaut (EOLES), à Rochefort (RD), à Sombreffe (PPV) et à Stoumont (RGC). On signalera également la présence, à Bruxelles, de la liste VERLEYEN - dont les deux candidats, Luc et Lucie Verleyen, sont père et fille.
Du bonheur aux gens
Les raisons qui motivent ces candidatures uniques sont assez variables. Etienne Denorme a déposé la liste PPV - pour "Pourquoi pas vous ?" - à Sombreffe par souci de "privatiser" un peu la politique. "Les mandataires, explique-t-il, doivent être élus sur leur valeur, pas grâce à la place qu'ils occupent sur une liste." Etienne Denorme mène sérieusement sa campagne. Mais ce n'est pas toujours évident. "J'ai l'impression de faire le tour de France avec un petit vélo", concède-t-il.
Luc Vanbressem emmène la liste TREFLE. S'il en est l'unique candidat, c'est par défaut. "Des habitants du quartier avaient émis l'idée de constituer une liste citoyenne. Mais tout le monde s'est désisté. Sauf moi." Le nom de sa liste s'est imposé comme une évidence. "J'ai l'habitude , d'offrir un trèfle à 4 feuilles - on en trouve en grand nombre à Evere - aux personnes moroses que je rencontre. Et il y en a, vous savez ." Au programme : une plus grande décentralisation de la prise de décision politique et la création de terrains de billes dans les parcs publics.
Christophe Lejeune ne pensait pas au départ créer sa propre liste. Mais aucune des deux formations politiques en présence à Stoumont n'a trouvé sa candidature intéressante. Alors il a décidé d'y aller seul. Cet assistant en économie à l'UCL entend apporter son know-how à la gestion de la commune. Il dit ne pas viser le maïorat. Mais se verrait bien échevin. "Les deux grandes listes sont au coude à coude, explique-t-il. On pourrait me demander de faire l'appoint. Qui sait ." Détail piquant : Christophe Lejeune s'est affilié récemment au MR, auquel appartient aussi José Dupont, actuel bourgmestre et tête de liste de l'Alliance communale.
Régis Colombier, lui, n'a aucune ambition d'exercer le pouvoir. Il a créé la liste ELLES - "Energie obtenue librement par des éoliennes solidaires" - pour que son projet d'installer un parc à éoliennes à Leuze-en-Hainaut, refusé par deux échevins fasse l'objet d'un débat public. "Une étude d'incidence, observe-t-il, coûte 15 000 euros. C'est une somme importante. Avant d'entamer la procédure, je veux savoir si elle a des chances d'aboutir. Mon résultat aux élections me donnera une bonne indication. Et cela ne me coûte pas trop. Pour ma campagne, je dépenserai en tout 300 euros."
© La Libre Belgique 2006
