Paysage politique bariolé
Bien sûr, l'élection n'est pas tout. Un second acte suit, quand il n'est pas entamé dès avant le scrutin. C'est celui où l'on palabre, négocie, marchande, s'étripe ou s'accorde sur un pacte de majorité locale. Qu'est-ce qui joue, dans cette alchimie dont l'essentiel échappe au commun des citoyens, mais qui éprouve tant les nerfs, les tactiques et les ambitions des mandataires locaux ?
- Publié le 06-10-2006 à 00h00
Bien sûr, l'élection n'est pas tout. Un second acte suit, quand il n'est pas entamé dès avant le scrutin. C'est celui où l'on palabre, négocie, marchande, s'étripe ou s'accorde sur un pacte de majorité locale. Qu'est-ce qui joue, dans cette alchimie dont l'essentiel échappe au commun des citoyens, mais qui éprouve tant les nerfs, les tactiques et les ambitions des mandataires locaux ?
Il y a - mais si ! - l'électeur. Il ne choisit pas directement une coalition, certes, sauf dans les configurations politiques clairement bipolaires. Mais il forge, le cas échéant, des majorités absolues. Sinon, il peut au moins rendre des coalitions arithmétiquement impossibles, jusqu'à tuer dans l'oeuf des préaccords envisagés voire formalisés.
Ensuite ou en parallèle jouent les affinités personnelles des responsables locaux, dont l'importance est souvent inversement proportionnelle à la taille des villes et communes. D'autres considérations strictement locales interviennent, par exemple des convergences programmatiques sur des enjeux spécifiques ou des dossiers brûlants du cru.
Enfin, par-delà, peuvent ou doivent interférer des tendances plus générales - et inavouées. Des états-majors d'arrondissement, provinciaux ou nationaux fourrent toujours leur nez dans l'une ou l'autre cuisine locale. Et ces éléments extra-locaux ne s'exercent pas seulement "manu militari". Des contractants potentiels peuvent être saisis par des humeurs politiques dominantes; ou guidés par le souci de se faire bien voir de leurs ministres régionaux de tutelle...
Manu militari
A cet égard, octobre 2000 fit fort. On vivait, il est vrai, les débuts des arcs-en-ciel fédéraux et fédérés, objectivement bouleversants par l'émergence au pouvoir des écologistes et, surtout, par la relégation des sociaux-chrétiens dans l'opposition. Nombre de préaccords ou accords rouge et bleu s'en ressentirent, singulièrement dans quelques coins du Hainaut sous l'autorité du président provincial PRL d'alors, Hervé Hasquin, et plus encore en ce Brabant wallon dont Louis Michel et André Flahaut avaient pris l'habitude d'en faire ensemble leur chose, dès avant la naissance de la jeune province (en encadré).
Deux scrutins ont suivi. Après le législatif de mai 2003, les verts exclus, les violets poursuivaient, fût-ce "contre nature" selon la vice-Première ministre socialiste Laurette Onkelinx. Faut-il le rappeler, les régionales de juin 2004, en revanche, enclenchèrent des renversements de coalitions, le PS nouant avec le CDH dans les Régions et Communautés.
Ce 8 octobre s'en ressent-il ? La main sur le coeur, les bonzes nationaux jurent qu'il n'y a pas de consigne générale, pas même d'inclination. Pour une fois, on serait bien tenté de les croire sur parole...
Balancier à mi-chemin
Pour autant, le rouge-orange n'est pas partout "tendance". Il n'est qu'à voir la situation et le suspense dans toutes les premières villes de Wallonie, où aucune coloration n'est certaine dans l'attente des résultats électoraux. Et si, leurs partis étant à couteaux tirés, les coalitions MR-CDH seront moins à la mode que les combinaisons PS-CDH ou PS-MR, on trouve des alliances bleue-orange même en terres violettes du Hainaut occidental (Beloeil) ou du Brabant wallon (Court-Saint-Etienne et Chaumont-Gistoux par exemple).
Un peu de tout
Bref, il n'y a pas de dominante, ou il y en a moins. A quoi le doit-on ? On voit plusieurs éléments d'explication, tous inédits.
D'abord, l'asymétrie des majorités d'un exécutif à l'autre habitue aux paysages multicolores (même si la coalition fédérale violette se délite dans les crises de nerfs). Et puis, les verts aidant, on s'est fait à la diversification des attelages, d'arc-en-ciel (sans ex-chrétiens) en olivier (sans ex-libéraux), voire en plus surprenantes mixtures MR-Ecolo (à Liège ?, voire à Namur avec le CDH ?) surgissant des décombres des ex-convergences de gauche. Enfin, précisément, la situation au PS déverrouille bien des situations : qu'il perde des majorités absolues ou les maintienne tout en les partageant, lui-même trouve d'autant plus intérêt à chauffer ses fers à tous les feux...
© La Libre Belgique 2006
