Un état des lieux effrayant
L'univers carcéral a fait beaucoup parler de lui ces dernières semaines, de quoi inciter l'Observatoire international des prisons et la Ligue des droits de l'homme à poser ce que les deux organisations qualifient de \"bref état de lieux\".
- Publié le 20-08-2009 à 00h00
L'univers carcéral a fait beaucoup parler de lui ces dernières semaines, de quoi inciter l'Observatoire international des prisons et la Ligue des droits de l'homme à poser ce que les deux organisations qualifient de "bref état de lieux".
Depuis janvier 2009, relèvent-elles, une cinquantaine de détenus se seraient évadés. En réalité, les évasions ne concernent qu'une partie infime des personnes incarcérées, à savoir moins d'1 % des détenus. En 2008, seules huit personnes se sont évadées directement depuis des établissements pénitentiaires fermés et 14 depuis les palais de justice ou chambres d'hôpital. Les prisons belges ne sont donc pas des passoires, concluent l'OIP et la Ligue.
Certains prônent la pose de filets anti-hélicoptère comme solution aux problèmes d'évasion. Ces filets, programmés pour être apposés dans cinq prisons (Hasselt, Bruges, Ittre, Andenne et Lantin), représentent un budget de 4 000 000 euros. Le tout pour trois évasions réalisées par hélicoptère en Belgique et alors que 10 000 détenus manquent de soins, d'activités, de formations et de travail, ironisent les organisations.
En 2009, ajoutent-elles, plusieurs établissements n'ont toujours pas d'eau courante, ni de toilettes dans les cellules. Nombre de détenus n'ont droit qu'à deux douches par semaine. Ils manquent de vêtements et de serviettes de bain. Un grand nombre passe 24 h sur 24 dans leurs 9 ou 12m². Ils sont parfois trois, avec un matelas à même le sol, à partager cet espace, sans aucune intimité possible. Comment, dans ces conditions, éviter les tensions, les débordements et les désirs d'ailleurs ?
Selon une étude datant de 2004, le taux de suicide dans les prisons belges est dix fois plus élevé que dans la population générale et il ne fait que croître depuis les années 50. L'auteur de cette étude avait observé un lien entre période de surpopulation et accroissement du nombre de suicides.
Ces derniers mois, il y a eu, à tout le moins, un décès à la prison de Mons en avril, deux suicides à l'annexe psychiatrique à Lantin (mai et juillet), la mort d'une personne souffrant de toxicomanie à Forest (juin), la mort d'un détenu à Ittre, en juillet, et le récent décès d'un interné survenu à Jamioulx en août. Toutes ces prisons, à l'exception d'Ittre, connaissent des problèmes de surpeuplement.
Les tensions et la violence sont quotidiennes en milieu carcéral. Le droit de plainte, prévu par la loi Dupont, n'est toujours pas entré en vigueur. Les violences sont en outre souvent tues et les directions peinent à agir, notamment à cause des menaces de grève de la part des syndicats des agents. En outre, lorsque les violences de surveillants sont avérées, elles demeurent souvent impunies.
Le problème des internés est particulièrement criant, indique encore l'Observatoire. Certains sont enfermés pendant des années pour des infractions mineures. Dans l'attente de leur transfert vers un établissement de défense sociale, ils sont hébergés dans les annexes psychiatriques des prisons et n'y bénéficient que de très peu de soins alors qu'ils devraient recevoir un traitement médical adapté. Pendant la dernière décennie, la population des internés a augmenté de 70 % en raison de l'augmentation de la durée de l'internement. Ce qui entraîne un gros problème de surpeuplement des annexes.
Malgré plusieurs condamnations de la part de juridictions belges et internationales, l'Etat belge ne bouge pas, dénoncent les deux associations.
Celles-ci rappellent qu'en 2009, la Belgique compte 10 000 détenus, contre 5677 en 1988. Pourtant, de nombreuses études criminologiques indiquent qu'il n'y a pas plus de délinquance aujourd'hui qu'auparavant. L'augmentation de la détention préventive (multipliées par 2,5 entre 1980 et 2005), la diminution du nombre de libérations conditionnelles, l'augmentation des durées de peines (doublées en quinze ans) et l'allongement de la durée d'internement expliquent cette surpopulation. Or, accusent l'Observatoire et la Ligue, la principale mesure préconisée par le ministre de la Justice est la construction de treize nouveaux établissements. Ce n'est pas une réponse, pour l'OIP et la LDH qui réclament une politique pénitentiaire cohérente et la mise en œuvre de la loi Dupont votée il y a plus de quatre ans.
