Les Pays-Bas en surcapacité : l'explosion programmée de la criminalité n'a jamais eu lieu
Près de 2000 places inoccupées dans les prisons néerlandaises alors que chez nous les détenus s'entassent souvent à deux ou trois dans de minuscules cellules (LLB du 20/8) : mais comment en est-on arrivé à des situations si différentes entre deux pays voisins ?
- Publié le 21-08-2009 à 00h00
Près de 2000 places inoccupées dans les prisons néerlandaises alors que chez nous les détenus s'entassent souvent à deux ou trois dans de minuscules cellules (LLB du 20/8) : mais comment en est-on arrivé à des situations si différentes entre deux pays voisins ? Pourtant, selon les derniers chiffres publiés par Eurostat, le nombre de détenus par habitant est même plus élevé aux Pays-Bas que chez nous : 99 pour 100 000 habitants au lieu de 91.
Reste que chez nos voisins du Nord, la tendance est à la baisse et la politique davantage aux peines alternatives qu'en Belgique - environ 2 000 détenus sont sous surveillance électronique alors que chez nous, Stefaan De Clerck vient d'annoncer le franchissement du cap des 1 000 en mai dernier.
Mais pour Paul Ponsaers, professeur de criminologie à l'université de Gand, il faut remonter beaucoup plus loin dans le temps pour comprendre : "Dans les années 70-80 et même encore au début des années 90, les Pays-Bas suivaient une politique très stricte en matière de détention : les directeurs de prison avaient le droit de refuser tout nouveau détenu dès que leur établissement était plein et la règle était alors un seul prisonnier par cellule. Cette politique s'est avérée intenable au milieu des années 90 et le gouvernement s'est alors lancé dans un plan d'investissement massif , pensant que les chiffres de la criminalité allaient augmenter d'année en année. Mais les chiffres se sont stabilisés et l'on a même fini par assister à un léger recul, si bien qu'il y a maintenant une surcapacité."
Pour Paul Posaers comme pour d'autres observateurs, la surpopulation belge ne vient d'ailleurs pas d'une supposée explosion de la criminalité mais plutôt d'une généralisation de la détention préventive et d'un allongement de la durée moyenne des peines. Sur le premier point au moins, les Pays-Bas n'ont pas du tout la même politique. N'empêche : "Aux Pays-Bas aussi, on en arrive à une situation absurde. Le problème n'est pas tant la présence de bâtiments inoccupés que celui du personnel carcéral qui a été engagé en masse les dernières années. Le gouvernement néerlandais est sous pression des syndicats et la venue de détenus belges serait surtout un moyen d'éviter une vague de licenciements au sein du personnel des prisons", poursuit Paul Ponsaers. Pour les mêmes raisons, la politique en faveur des peines alternatives est désormais désavouée par la droite politique néerlandaise (CDA, VVD et PVV), avec parfois des accents durs (sur les détenus "accomplissant leur peine chez eux avec une bière sur le ventre" - dixit un député libéral) propres à la politique là-bas.
"On en arrive donc à ce paradoxe : des déplacements forcés de détenus belges aux Pays-Bas pour éviter des licenciements forcés là-bas", conclut Paul Ponsaers.
