L'école, ascenseur social en panne

"Enseignement et intégration", c'était l'objet d'un colloque ce mardi 18 décembre, à Bruxelles. Malgré les efforts, l'écart entre élèves autochtones et allochtones reste criant.

Alice Dive
L'école, ascenseur social en panne
©Jean-Luc Flémal

C'est sûr, la Belgique est loin d'être le seul pays à être confronté à l'immense défi d'assurer aux élèves issus de l'immigration l'égalité des chances dans l'enseignement, en l'occurence secondaire. Cependant, souligne l'étude commanditée par la Fondation Roi Baudouin, "nous faisons malheureusement partie des pays qui n'obtiennent pas de bons résultats sur ce plan" .

Effectivement, si l'on compare la politique d'intégration des 27 Etats membres de l'Union européenne ainsi que celle de la Suisse, de la Norvège, du Canada et des Etats-Unis, la Belgique, et en particulier la Communauté flamande, est un des pays où le système éducatif a déployé le plus d'efforts pour s'adapter à la diversité de sa population scolaire.

"L'égalité d'accès à l'enseignement est un acquis pour les migrants, et les écoles consacrent de l'attention - plus que dans beaucoup d'autres pays - à l'enseignement interculturel." Malheureusement, constatent Dirk Jacobs (ULB) et Andrea Rea (ULB), auteurs de l'étude, "cela ne veut absolument pas dire que les élèves d'origine étrangère bénéficient de suffisamment de chances pour développer leurs talents dans les écoles flamandes et francophones". Par conséquent, observent-ils, l'écart des performances entre élèves dits "autochtones" et élèves issus de l'immigration reste excessivement grand.

Car c'est bien des performances scolaires et de l'écart qui persiste entre les uns et les autres qu'il est question ici. Mais pour saisir toute l'essence de la problématique, encore faut-il savoir ce que l'on entend par "élèves issus de l'immigration". L'étude fait la distinction entre trois catégories d'élèves, selon leur situation migratoire. La première est celle des élèves dits "autochtones", soit ces élèves nés en Belgique ou à l'étranger et dont au moins un des parents est aussi né en Belgique. La deuxième catégorie, soit les élèves dits "de deuxième génération", est constituée d'élèves nés en Belgique mais dont les deux parents sont nés à l'étranger. Quant à la dernière, celle des élèves dits "immigrés", elle inclut les élèves nés à l'étranger et dont les parents sont eux-mêmes étrangers.

Niveau plus critique du côté francophone

Ainsi, le graphique ci-contre fournit les résultats moyens dans les trois matières analysées par Pisa 2009 (lecture, mathématiques et sciences) par Communauté et selon l'origine des élèves. Précisons que 500 représente le score moyen pour tous les pays de l'OCDE participant à l'enquête Pisa.

Premier constat saillant, les élèves d'origine étrangère obtiennent dans chacune des trois matières un score plus faible que les élèves "autochtones" et ce, sur tout le territoire belge.

En lecture, les lacunes semblent concerner davantage les élèves "immigrés" en Communauté française (63 points sous la moyenne des pays de l'OCDE), tandis qu'elles touchent plutôt les élèves "de deuxième génération" du côté flamand (50 points sous la moyenne).

En mathématiques, c'est grosso modo le même constat. Par ailleurs, on notera en Flandre cet écart important entre les élèves "autochtones" (544 points) et les élèves "de deuxième génération" (460 points).

Le schéma est semblable pour les sciences. On peut donc en conclure que les lacunes dans les trois disciplines semblent davantage toucher les élèves "immigrés" en Communauté française, et les élèves "de seconde génération" en Flandre.

De manière générale, la situation est plus critique du côté francophone que du côté néerlandophone, y compris pour les élèves "autochtones" dont le niveau flirte, dans les trois matières, avec la moyenne des pays de l'OCDE.


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