Delphine Boël: les questions qui se posent
Delphine Boël, présentée comme la fille naturelle d'Albert II, a cité à comparaître le Roi, le prince Philippe et la princesse Astrid devant le tribunal de première instance de Bruxelles. Quelles sont ses chances d'aboutir et les enjeux de sa démarche ? Tentative de réponse...
- Publié le 18-06-2013 à 05h39
- Mis à jour le 24-06-2013 à 07h07

Delphine Boël, présentée comme la fille naturelle d'Albert II, a cité à comparaître le Roi, le prince Philippe et la princesse Astrid devant le tribunal de première instance de Bruxelles. L'information, livrée par le JT de 13 heures de la RTBF, a été confirmée par le palais royal, qui n'entend faire aucun commentaire.
Me Alain De Jonge, le conseil de Delphine Boël, ne souhaite pas en faire davantage dans l'état actuel du dossier mais il apparaît que Delphine Boël cherche à obtenir l'ADN des membres de la famille royale pour tenter de prouver qu'elle est bien la fille naturelle du Roi.
Celui-ci ainsi que son fils aîné et sa fille ont, en tout état de cause, reçu une citation à comparaître.
Le tribunal de première instance a examiné brièvement le dossier lundi avant de décider de reporter l'affaire au 25 juin, soit mardi de la semaine prochaine.
1. La démarche de Delphine Boël a-t-elle une chance d'aboutir, en droit ? Pour Me Marc Uyttendaele (ULB), la démarche de Delphine Boël est vouée à l'échec. "Disons-le tout net, la personne du Roi est inviolable. La Constitution, dans son article 88, consacre son irresponsabilité absolue. Cela vaut pour les actes commis dans l'exercice de ses fonctions mais aussi pour ce qui lui est personnel, tant sur le plan civil que sur le plan pénal. On ne peut, donc, en droit interne, mettre en cause sa responsabilité d'une quelconque façon. La matière est verrouillée." Oui, mais, Delphine Boël s'attaque aussi à Philippe et à Astrid, qui ne sont pas roi ou reine eux. Réponse du constitutionnaliste : "On voit bien que le fait de demander que le fils et la fille du Roi soient soumis à des tests ADN vise à obtenir que la paternité du Roi soit reconnue. La démarche cherche donc à atteindre le Roi et dans cette mesure n'a aucune chance d'aboutir". Mais Me Uyttendaele n'en lève pas moins un lièvre. "La Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme consacre l'égalité entre les enfants légitimes et les enfants naturels et, en 1979, la Belgique a d'ailleurs été condamnée pour ne pas avoir respecté ce principe. Or, le courant majoritaire est de dire que la Convention prime la Constitution." Il ne serait donc pas totalement inconcevable qu'un juge, reconnaissant la primauté d'un droit protégé par la Convention, écarte les obstacles à l'exercice de ce droit et considère la démarche de Delphine Boël comme recevable. Mais, en ce cas, pourquoi Mme Boël ne s'est-elle pas "focalisée" sur la personne du Roi ?
2. La demande aurait-elle plus de chances d'aboutir si elle intervenait après une éventuelle abdication d'Albert II ? En théorie, oui, puisqu'en pareille hypothèse, l'inviolabilité du Roi disparaîtrait. Delphine Boël n'aurait-elle pas eu intérêt à attendre ce moment, dès lors que, selon une rumeur qui enfle, celui-ci pourrait advenir dans les prochaines semaines ou les prochains mois ? En théorie, toujours, la réponse est oui également à moins que l'intéressé sache qu'une telle hypothèse n'est… pas à l'ordre du jour.
3. Pourquoi ne pas avoir cité le prince Laurent ? Les observateurs des choses de la monarchie se posent diverses questions au sujet de la démarche de Delphine Boël. Et notamment celle-ci : pourquoi a-t-elle "omis" de citer le prince Laurent ? Est-ce parce que c'est le seul membre de la famille royale avec lequel elle a encore des contacts et dont elle a récemment dit, à la télévision, qu'elle l'aimait beaucoup ? Cette "proximité" l'incline-t-elle à "épargner" Laurent ? Ou craindrait-elle, en poursuivant une recherche d'ADN du fils cadet du Roi, de faire plus de mal que de bien ?
4. Pourquoi Delphine Boël agit-elle maintenant ? C'est lors de son discours de Noël de… 1999 qu'Albert II a avoué, sans l'avouer, qu'il avait une fille naturelle. Bien des années ont passé depuis et les "royal watchers" se demandent pourquoi Mme Boël a attendu autant d'années avant d'ester. D'aucuns soutiennent qu'elle n'a jamais cessé de souffrir de l'éloignement dans lequel elle est tenue depuis la révélation de ses origines. Elle l'avait d'ailleurs confirmé sur le plateau de "Sans chichis" (RTBF) il y a quelques semaines, se disant "totalement écœurée" tout en ajoutant : "Le sang peut faire des miracles".
5. Des intérêts financiers sont-ils en jeu ? Il y a quelques mois, Delphine Boël avait, dans un droit de réponse au "Soir Magazine", affirmé que son père légal, Jacques Boël, l'avait écartée de tout héritage. Poursuivrait-elle un objectif financier ? Dans l'état actuel de connaissance du dossier, c'est impossible à dire.
