Abdication d'Albert II: Une presse étrangère en décalage
"Ils étaient tous dans le même bocal, sans prise directe sur l'événement qui se déroulait à Bruxelles. Peut-être y a-t-il eu entre eux un effet de contamination, ou de contagion si vous préférez, dans la manière de rendre compte des faits."
- Publié le 05-07-2013 à 05h40
- Mis à jour le 06-07-2013 à 15h40

Contrairement à l'écrasante majorité des médias belges, francophones et néerlandophones réunis, qui ont dressé un bilan largement positif des 20 ans de règne du roi Albert II et se sont montrés plutôt confiants dans la suite des événements, autrement dit la montée sur le trône du prince Philippe, de nombreux correspondants étrangers, travaillant pour des journaux réputés sérieux, comme "La Repubblica", "El Pais", "Frankfurter Allgemeine" ou "The Times" ont couvert l'abdication du Roi de façon plutôt alarmiste.
Ils l'ont reliée à l'affaire Delphine Boël (la supposée fille naturelle d'Albert II a cité celui-ci ainsi que le prince Philippe et la princesse Astrid à comparaître dans le but d'obtenir des analyses de leur ADN de nature à prouver sa filiation) et ont estimé, en chœur, que le départ du Roi et l'arrivée au pouvoir de son fils, timide et inexpérimenté, risquaient d'affaiblir un peu plus une Belgique proche de la déliquescence.
Cette vision quasiment apocalyptique de la situation s'explique-t-elle par une méconnaissance de la scène belge ? Non, car les correspondants auteurs de ces articles sont pour la plupart en poste en Belgique depuis des lustres et sont donc censés connaître les rouages de notre pays.
Alors, qu'est-ce qui explique cette approche assez négative des choses ? Selon Marc Lits, professeur de communication à l'UCL et directeur de l'Observatoire du récit médiatique, il est assez logique que la presse belge, surtout francophone, ait rendu hommage au Roi, en insistant sur la qualité avec laquelle il a assuré sa mission et exercé ses fonctions.
Ce qui, poursuit M. Lits, n'exclut pas que la question du test ADN demandé par Delphine Boël et celle des différends qui ont pu agiter le couple royal voire toute la famille, ont été évoquées. On ne peut donc parler de révérence à l'égard du Roi.
Si les médias du pays ont analysé l'ensemble de l'œuvre du roi Albert II, les médias étrangers se sont davantage focalisés sur l'événement même de l'abdication, poursuit le professeur Lits. "Et la presse étrangère l'a relié plus aisément aux récents problèmes qui ont agité la monarchie, à savoir le dossier Boël bien sûr mais aussi l'affaire de la Fondation de la reine Fabiola ou les remous autour de la dotation des membres de la famille royale. Ces "mini-scandales" ont, dans leur enchaînement, bénéficié d'une lecture privilégiée de la presse étrangère, qui a vu l'abdication comme leur conséquence."
Un bus en Lituanie
Si l'on s'intéresse aux ennuis rencontrés récemment par le roi Juan Carlos d'Espagne, on assiste un peu au même phénomène, poursuit M. Lits : "La presse étrangère, belge notamment, va s'intéresser de près à ses affaires de cœur ou à ses chasses à l'éléphant en Afrique alors que la presse espagnole jouera beaucoup moins sur ces rythmes-là".
Enfin, Marc Lits relève que de nombreux articles ont été écrits par des correspondants étrangers à Bruxelles qui, au moment de l'annonce de l'abdication, étaient… réunis dans un autobus roulant sur les routes lituaniennes où ils couvraient l'arrivée de la Lituanie à la présidence de l'Union européenne pour six mois.
"Ils étaient tous dans le même bocal, sans prise directe sur l'événement qui se déroulait à Bruxelles. Peut-être y a-t-il eu entre eux un effet de contamination, ou de contagion si vous préférez, dans la manière de rendre compte des faits."
