"Philippe est paralysé par les caméras"
Pour René Zayan, professeur en psychologie politique à l'UCL, le futur Roi n'est pas prêt à affronter les caméras. Ce qui ne dit rien sur ses compétences. "On lui fait un mauvais procès."
- Publié le 13-07-2013 à 05h41
- Mis à jour le 15-07-2013 à 20h12
Professeur (émérite) en psychologie politique et en neurosciences cognitives à l'UCL, René Zayan n'est pas un intime de la famille royale. Mais il a eu l'occasion de rencontrer Mathilde qui fut son étudiante en dernière année de master ; à ce titre, il a été, à une occasion, invité au Palais. En revanche, ce spécialiste en micro-expressions traque absolument toutes les apparitions, interventions et interviews de membres de la famille royale à la tévision, zappant d'une chaîne à l'autre.
"Philippe a bénéficié ces derniers temps d'une exposition répétitive. Le problème, c'est qu'on a un peu mêlé les images d'archives avec des images plus récentes, comme celles de la mission économique en Californie, tant sur RTL que sur la RTBF", observe René Zayan, un Marseillais au langage truculent.
Le portrait dressé n'est pas très élogieux.
D'emblée, il était entendu que le Prince n'avait pas de charisme, qu'il n'était pas sûr de lui, qu'il n'avait pas d'autorité naturelle, qu'il était anxieux, qu'il était timide et que, donc, il n'avait pas l'attitude d'un roi crédible. Même si Philippe n'a - forcément - jamais été vu dans ce rôle de Roi ! Mais il était difficile d'entendre un jugement positif en termes politiques, c'est-à-dire de responsabilité politique, de garant de l'unité du pays. Et cela fait 20 ans qu'on nous le dit… Dit plus crûment, Philippe est vu et présenté par la presse comme une potiche.
Vous diriez que la presse a des préjugés.
Tout à fait. Et, dans le même sens, dès l'annonce de l'abdication, on a fait la comparaison avec les images d'archives. A-t-il la bonhomie de son père ? Non. La jovialité ? Non. L'écoute ? Non.
Il y a tout de même un contraste évident entre Albert II et son fils.
C'est clair que le prince Philippe a un registre de neutralité très fort. C'est clair qu'il a des réactions d'insécurité aux questions, une gestuelle tout à fait retenue et des postures corporelles un peu transparentes. Il n'y a pas de buste relevé. Du point de vue facial, il est neutre. Et quand vous êtes neutre, on considère que vous êtes inexpressif. Mais je voudrais dire une chose clairement : moi qui ne connais pas le prince Philippe, comme beaucoup de journalistes, je ne pourrais en rien, à partir de son comportement jugé non charismatique, lui attribuer une anxiété systématique, une absence totale de crédibilité, de compétence, etc. Il n'y a pas nécessairement d'adéquation. Donc, ce n'est pas parce que vous êtes charismatique que vous avez des convictions politiques très claires - prenez le cas de Chirac. C'est donc un mauvais procès qu'on fait à Philippe. On essaie de le sauver en disant qu'il va bénéficier de la présence de Mathilde, qu'il va changer, que la fonction fera l'homme… Souvenez-vous : quand Albert II est monté sur le trône, tout le monde l'a critiqué. Voyez ce qu'on en dit 20 ans après…
Pourquoi Philippe a-t-il l'air tellement coincé ? Pourquoi est-il si mal à l'aise ?
Ce que je crois, personnellement, c'est que tous les politiciens manifestent dans leurs comportements spontanés, naturels, beaucoup plus d'expressivité, de jovialité et d'assurance qu'ils ne le font en général devant la caméra. Je suis persuadé que dans le comportement quotidien, il est tout à fait différent.
Il serait paralysé par les caméras ?
Oui, mais il n'est pas le seul ! Beaucoup de politiciens, et le prince aussi, ont une représentation visuelle erronée de l'impression qu'ils donnent à la télé. En plus, Philippe est tenu par son devoir de réserve. On ne peut donc jamais le juger sur son comportement spontané. Le problème, c'est qu'il se trouve maintenant devant une caméra, après une vingtaine d'années de critiques plus ou moins voilées et alors que certaines formations politiques mettent en doute la légitimité d'une royauté ici en Belgique. Ce monsieur n'est tout simplement pas prêt à affronter les caméras.
A vous entendre, il aurait besoin d'un coaching urgent…
Oui, mais beaucoup de gens en ont besoin. Moi j'ai une méthode très particulière de training audiovisuel qui permet justement d'arriver à des résultats très vite. En 3 séances d'une journée, on est soi-même devant la caméra. Albert II a mis peut-être dix ans à être lui-même.
Le 21 juillet, Philippe n'aura pas droit à l'erreur : on va scruter sa montée sur le Trône, son premier discours…
Je crois aussi que tout le monde va comprendre qu'il est mis un peu vite sur la sellette. Ce que je pense, c'est qu'il devra être parfait, lui-même, respecté, le lendemain des élections de mai 2014. C'est là qu'on saura quoi.
