Tueries du Brabant: les soupçons de manipulation se renforcent
De nouveaux indices indiquent que le sabotage de l'enquête pourrait être interne…
- Publié le 08-09-2014 à 17h49
- Mis à jour le 09-09-2014 à 13h46

De nouveaux indices indiquent que le sabotage de l'enquête pourrait être interne… C'est une étonnante plongée dans le temps. De manière méthodique, les sacs d'indices trouvés lors d'une pêche "miraculeuse", à Ronquières, le 6 novembre 1986, sont analysés avec les techniques d'aujourd'hui. Chaque mois qui passe affine l'analyse de ces pièces à conviction par la juge d'instruction Martine Michel, la sixième à tester son opiniâtreté sur la piste des Tueurs du Brabant (28 meurtres inexpliqués de 1982 à 1985). L'enjeu peut être résumé ainsi : le microscope des scientifiques aide les enquêteurs à dater avec une infime précision l'arrivée des fameux sacs dans l'eau noire du canal de Bruxelles-Charleroi. Cela pourrait apparaître anecdotique. Ça ne l'est pas. Car un épais mystère entoure les circonstances précises de la bonne pêche. Les sacs contenaient des armes, des cartouches, une veste pare-balles ou des chèques authentifiés. Par qui, quand et pourquoi ils ont été abandonnés là, cette triple réponse mènerait aux tueurs.
Huit à dix jours seulement
Pendant près de trente ans, on a considéré que les indices avaient été balancés par les auteurs des crimes, peu de temps après la dernière attaque d'un magasin Delhaize, le 9 novembre 1985, à Alost. Des témoins auraient surpris des ombres et des formes, au lieu-dit Le Large de Fauquez, à Ronquières. Des suspects éliminant des traces compromettantes, pensait-on. Des plongeurs avaient cherché en vain dès novembre 1985. Puis, un an plus tard, une autre équipe d'enquêteurs avait très rapidement trouvé ce qui avait échappé aux premiers. Ces chanceux venaient de Termonde; ils composaient la cellule dite "Delta", travaillant pour le juge d'instruction Freddy Troch. Ce qui avait décidé ces hommes à tenter un nouveau plongeon ? La simple lecture attentive du dossier, répète aujourd'hui encore le juge Troch.
Cette version est remise en question par les enquêteurs actuels. Et faute d'obtenir d'autres explications lors d'interrogatoires parfois énergiques, c'est donc l'Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) qui pourrait clarifier les eaux troubles. A longueur de tests, l'INCC semble en effet raccourcir la durée probable d'immersion des sacs. Désormais, on parle de 8 à 10 jours seulement. Simple comme bonjour, les scientifiques considèrent que l'ADN résiste mal à l'eau et que les traces de sang trouvées sur une veste pare-balles auraient été effacées si elles étaient restées plusieurs semaines ou mois dans le canal (lire l'encadré).
A Ronquières, l'enquête s'enlise
La suite relève d'un raisonnement d'enquêteurs. Ils imaginent qu'"on" a dit aux flics de Termonde que le moment était venu de plonger. La première hypothèse qui vient à l'esprit est celle d'un informateur ou d'un blanchiment d'indices, comme on dit dans le jargon. La cellule Delta bénéficierait d'un précieux indic ou elle aurait monté un scénario pour prendre possession d'un butin saisi de manière illégale ou borderline. "Nous n'écartons pas cette hypothèse" , dit-on dans les milieux de l'enquête. Mais comment expliquer dès lors que l'investigation n'ait pas progressé à pas de géants, grâce à cette manne d'indices ? S'il y a un informateur, il devait être très proche des tueurs. Or, chacun convient qu'après la pêche de Ronquières, l'enquête s'est plutôt… enlisée.
Reste donc la seconde hypothèse : de manière délibérée, quelqu'un a cherché à brouiller les pistes, notamment en distillant les indices (des éléments probants, mais pas les armes les plus recherchées) ou en créant un lien artificiel entre les attaques de 1982-1983 et les tueries sauvages de 1985. Suivez le raisonnement : si ce manipulateur externe avait été démasqué, cela ferait longtemps que les assassins croupiraient en prison. Reste donc une dernière possibilité. C'est du sein même des équipes d'enquêteurs que serait venue la manipulation. Tout ceci est à noter au conditionnel. Mais à Charleroi, les nouveaux tests de résistance à l'eau des traces de sang font bouillonner la marmite.
Les traces d'ADN auraient dû disparaître
Vestes pare-balles. Tamise, le 10 septembre 1983. Le concierge d'une usine est abattu par des tueurs présumés du Brabant. Des vestes pare-balles sont volées. Dans les sacs repêchés à Ronquières, en 1986, figurait une de ces vestes, comportant des traces de sang. Dans les mêmes conditions, l'INCC vient d'achever diverses expérimentations sur ce type de traces (avec des bouts de veste comportant du sang séché pendant 29 heures, plusieurs jours ou un mois). Au-delà de 8 à 10 jours sous l'eau, l'ADN aurait dû disparaître. Ce n'est pas le cas.