Fabiola et son souci des faibles
Pendant 33 ans, la reine Fabiola prit très à cœur sa mission aux côtés du roi Baudouin. Elle l'épaula sans toutefois influencer ses décisions contrairement à ce que prétend une légende dénuée de fondements.
- Publié le 05-12-2014 à 00h00
- Mis à jour le 05-12-2014 à 21h22
Pendant 33 ans, la reine Fabiola prit très à cœur sa mission aux côtés du roi Baudouin. Elle l'épaula sans toutefois influencer ses décisions contrairement à ce que prétend une légende dénuée de fondements.
Pendant trente-ans, l'épouse du roi Baudouin allait partager ses joies mais aussi ses doutes, ses critiques, ses souffrances même sur l'évolution politique du pays mais contrairement à ce qu'affirmèrent de façon un brin caricaturale André Cools et François Perin, la Reine n'allait jamais influencer le roi Baudouin dans certaines de ses prises de décision. En tout cas, en aucune manière dans la plus difficile qu'il ait jamais prise, c'est-à-dire lorsqu'il refusa de signer la loi sur l'avortement, comme on le lira un peu plus loin.
Sur le plan privé, si son mariage fut synonyme d'une réelle fusion entre deux être exceptionnellement proches sur le plan spirituel mais aussi, il ne faudrait pas l'oublier, humains, la Reine se rendit aussi rapidement compte qu'elle ne connaîtrait jamais les joies de la maternité.
Ce bonheur absolu lui fut refusé et elle finit par accepter avec toute la force de sa foi ce qui fut un terrible chemin de croix personnel. Suite à plusieurs fausses couches, il apparut en outre que la santé de la Reine pouvait être mise en péril. C'est pourquoi Baudouin et Fabiola finirent par se résoudre à accepter leur destinée et ils se plièrent aux ordres de la Faculté. Ce diagnostic terrible et injuste à leurs yeux rapprocha encore le couple. Un couple fusionnel dont attestaient les attentions qu'ils ne cessaient de se porter l'un à l'autre, si bien symbolisé par un dessin du caricaturiste Royer les montrant enlacés comme de jeunes amoureux qui se croient seuls au monde.
Au fil des ans, "Bau" et "Darling" - comme ils s'interpellaient affectueusement sans trop se soucier d'être entendus par leurs visiteurs ou par les journalistes qui les suivaient - décidèrent de se vouer corps et âme à tous les enfants belges et à tous les enfants tout court...
Y compris à leurs neveux lorsque le couple d'Albert et Paola affrontait la tourmente de la crise conjugale. Dans ces années difficiles, le couple royal s'investit sans compter pour soutenir le prince Philippe mais aussi la princesse Astrid et le prince Laurent.
"En n'ayant pas d'enfants à nous, notre cœur était plus libre pour aimer les enfants, absolument tous"
Le roi Baudouin professa on ne peut plus publiquement son dévouement à tous les enfants le 19 mai 1979 lors d'une "journée des enfants" qui avait été organisée au château de Laeken dans le cadre de l'Année internationale de l'enfant décrétée par les Nations-Unies. Cette fois, le message ne visait pas le monde politique mais les premiers concernés: les plus jeunes...
Sous le regard bienveillant et approbateur de la reine Fabiola qui semblait elle aussi prononcer le discours auquel elle avait de toute évidence apporté son éclairage, il leur avait dit: "Vous savez que nous n'avons pas d'enfants. Longtemps nous nous sommes interrogés sur le sens de cette souffrance. Peu à peu nous avons compris qu'en n'ayant pas d'enfants à nous, notre cœur était plus libre pour aimer tous les enfants, absolument tous"...
Sous-entendu : ceux qui ont eu droit au bonheur d'une famille, d'un environnement heureux mais également tous ceux qui n'étaient pas nécessairement désirés ou encore souffrant de handicaps physiques ou mentaux. Lors de la garden-party dont on a conservé de merveilleuses images, Baudouin et Fabiola avaient été particulièrement marqués par le geste d'une petite fille moins valide qui pouvait à peine tenir un bonbon en main mais qui n'avait de cesse de vouloir le donner à des enfants qui ne souffraient eux d'aucun handicap.
Le Roi et la Reine ne manquaient jamais de manifester leur empathie aux enfants, en Belgique comme lors des visites d'Etat où le couple manifesta toujours le désir, pas toujours rencontré, d'avoir aussi des contacts avec ceux que l'existence avait moins gâtés. En 1991, lors d'une de ses trop rares prises de parole, Fabiola constatait: "Dès mon arrivée en Belgique, j'ai découvert la dignité et la noblesse de ceux qui sont ou qui se croient les plus faibles de notre grande famille. J'ai compris que c'est la générosité des coeurs qui rapproche les hommes et crée les liens profonds et que c'est elle qui est la valeur sociale par excellence".
Même le Pape n'aurait pas pu faire changer le Roi d'avis
Cette attention toujours en éveil pour les exclus, les défavorisés devait se focaliser à l'entame des années 1990, plus précisément à la fin du mois de mars lorsqu'après le Sénat, la Chambre avait fini par voter la dépénalisation partielle de l'avortement. Une législation acquise de façon démocratique après des années de palabres juridiques et autres par une majorité de rechange laïque mais qui heurtait profondément la conscience du roi Baudouin au point de le décider de manière irrévocable à ne pas signer la loi.
Jusqu'à aujourd'hui, des observateurs ont continué à se demander si le Roi parlait en son nom. N'avait-il pas subi l'influence de son épouse comme l'affirmèrent André Cools et François Perin par une formule aussi elliptique que trop réductrice : "le Roi, c'est la Reine".
A n'en point douter la reine Fabiola partageait intégralement ses convictions et ce notamment au nom de sa foi catholique mais en l'occurence, il n'y a plus eu de réel doute sur le fait que la décision finale fut prise par le Roi en son âme et conscience. Comme pourrait toujours en témoigner le cardinal Danneels, même le Pape n'aurait pas pu faire changer le Roi d'avis.
En interrompant volontairement son règne, mais en mettant tout en oeuvre quand même pour que la loi puisse être promulguée, le roi Baudouin ne perdit rien de sa popularité, au contraire même... comme le montra le succès des festivités organisées à l'occasion des 60 ans du Roi et des 40 ans de son règne mais aussi certaines "descentes royales" dans certains milieux progressistes. En même temps, la Belgique fêta les trente ans de mariage du Roi et de la Reine.
Un vrai casse-tête pour rentrer dans les temps au château
La reine Fabiola l'assista plus que jamais au cours des trois dernières années de sa vie. Dans la joie lors des festivités jubilaires mais aussi lorsque les épreuves se succédèrent de manière très rapprochée avec de nouveaux et graves problèmes de santé qui se traduisirent par des opérations à Saint-Luc et à l'hôpital Broussais à Paris. Mais Fabiola veilla à ne pas montrer ses réelles préoccupations pour la santé de l'être qui lui était le plus cher, continuant à répondre, au propre comme au figuré, aux nombreuses sollicitations qui arrivaient au Secrétariat de la Reine.
Que de visites aussi à caractère social ou culturel où la Reine ne fut jamais avare de son temps. A tant de reprises, ce fut un vrai casse-tête pour l'entourage royal et pour la sécurité de rentrer dans les temps au château de Laeken car lorsqu'elle était passionnée par une thématique, par une rencontre ou tout simplement par un interlocuteur, la Première Dame du royaume oubliait non seulement l'heure mais aussi le protocole.
Fabiola aimait aussi des sorties moins prévisibles, moins guindées, plus discrètes, adorant se "faire une toile" avec une connaissance cinéphile ou s'annonçant en dernière minute avec des membres de sa famille ou de sa suite à un concert à la cathédrale de Bruxelles.
La reine Fabiola, comme le roi Baudouin avait aussi une grande mémoire qui l'amenait à se souvenir de temps forts heureux ou moins heureux dans l'existence de nombre de Belges. Parfois, des années après avoir rencontré telle ou telle personne dans la joie ou dans la tristesse, elle remémorait ces moments et prenait des nouvelles de ses proches.