Triple meurtre de Visé: il lui a dit "Tu te souviens de moi ?" et il a tiré
- Publié le 06-02-2017 à 10h32
- Mis à jour le 06-02-2017 à 15h22
(Le procès a débuté ce lundi. Retrouvez le récit en cliquant ici)
Un couple de banquiers et son neveu ont été abattus. Par un client mécontent ? C'est un des crimes les plus mystérieux des dernières années. Un des plus cruels également. Un couple de Visé, sans histoires, avait été froidement exécuté alors qu'il rentrait à la maison après une soirée passée au restaurant avec des amis. Le tireur n'avait pas épargné le neveu du couple, Esteban Counet, âgé de 9 ans.
C'était le 18 avril 2014. Il était 22h21 lorsqu'une habitante de la rue Berneau, à Visé, prévient le numéro d'urgence. Elle signale deux "dames" blessées par balles dans l'allée carrossable de la maison voisine : l'une crache du sang et l'autre se plaint d'avoir reçu trois balles et dit avoir très mal. La voisine n'a rien vu. Elle dit avoir entendu ce qu'elle a pris pour des pétards.
Quatre minutes plus tard, la première patrouille de police arrive sur place. Les policiers découvrent, à hauteur du coffre arrière de la Skoda du couple, un enfant allongé sur le dos. Du sang coule de son crâne. Il semble inconscient et émet un râle.
Sur le côté droit de la voiture, une femme est en position foetale. Elle s'exprime avec difficultés. Les policiers la questionnent sur l'auteur. Elle répond qu'elle ne sait pas. Carol Haid, 38 ans, déclare qu'il "est arrivé près de mon mari, il lui a dit : 'Tu te souviens de moi ? Et ensuite il a tiré." Elle ne peut en dire plus.
Le mari, Benoît Philippens, 36 ans, est découvert à hauteur du capot. Il est inconscient et du sang s'écoule de sa tête.
Esteban Counet meurt sur place. Son oncle décède lors du trajet vers l'hôpital tandis que sa tante succombe à ses blessures trois heures plus tard.
Le tireur ne s'est pas intéressé au sac de Carol Haid. Il n'y aucune trace d'effraction sur les accès à la maison. Il n'y a pas de traces de lutte.
Piste privée et professionnelle
Les voisins sont interrogés. Plusieurs signalent, en donnant une description approximative, avoir vu une voiture quitter les lieux tous feux éteints.
Une caméra installée dans le voisinage l'a filmée à son arrivée dans la rue du Berneau à 21h49. Elle la quitte à 22h19.
L'auteur aurait demandé à Benoît Philippens s'il se souvenait de lui et aurait tiré sans aucune lutte préalable; dès lors les enquêteurs songent à un acte de vengeance. Ils vont examiner deux possibilités : la vengeance privée ou l'hypothèse d'un client mécontent, car les victimes sont banquiers.
C'est la première thèse qui a été initialement privilégiée. D'une part, Benoît Philippens avait une vie sentimentale plutôt animée et l'acte d'un mari trompé n'était pas exclu. D'autre part, si le cadre professionnel était retenu, on imaginait que Carol Haid aurait reconnu l'homme.
Cela n'a rien donné. Le couple travaillait chez BNP Fortis. Au moment des faits, Benoît Philippens était directeur d'un groupe d'agences. Carol Haid travaillait dans plusieurs agences comme conseillère en entreprises.
Un directeur du groupe bancaire a signalé aux enquêteurs un litige ayant opposé le couple et une société. Il portait sur un prêt de 175 000 euros, de quoi équiper un salon de coiffure avec solarium. Lors des pourparlers, en 2011, il y aurait eu un malentendu quant à l'octroi du prêt.
Les gérants, persuadés qu'ils recevraient l'argent, avaient commandé du matériel pour une somme importante. Le prêt avait finalement été refusé.
C'est Carol Haid qui avait initialement traité le dossier avant que son mari ne le reprenne à l'échelon supérieur. Les gérants avaient assigné la banque en justice mais avaient été déboutés en 2013. Carol Haid avait à cette époque confié à un ami qu'elle se sentait menacée.
Les gérants, Annamaria Marinelli et son mari, Amedeo Troiano, s'étaient retrouvés sur la paille. Le père d'Amedeo avait dû revendre sa maison pour aider le couple et ses trois enfants qui étaient revenus vivre chez lui.
Les cousins de Stuttgart
Les soupçons se sont portés sur Amedeo Troiano, dont la famille, lorsqu'elle avait appris le triple assassinat à la télévision, n'avait pas manqué de s'interroger. Renzo Troiano avait ainsi demandé à son fils : "J'espère que t'as pas fait ça ?" Ce à quoi Amedeo avait répondu : "Pa, je ne suis pas fou !"
Amedeo Troiano a été placé so us mandat d'arrêt le 13 mai. Il n'a pu donner un emploi du temps convaincant. Dépressif depuis plusieurs années, il a expliqué que, le soir des faits, il était chez des cousins à Stuttgart, parti sur un coup de tête car il s'était disputé avec sa femme. Mais les cousins d'Allemagne avaient situé son arrivée plus de dix heures après le triple assassinat.
Amedeo Troiano a encore varié, expliquant que le soir du triple assassinat, il aurait pris beaucoup de médicaments car il aurait voulu se suicider. Il se serait endormi dans sa voiture.
Une arme surgie de nulle part
Ses explications ont aussi varié à propos de l'existence d'une arme. C'est en examinant son GSM que les enquêteurs sont tombés sur une vidéo, datant de 2013. Il semble, qu'alors qu'il allume la lampe de son GSM, il déclenche par mégarde la vidéo. On le voit prendre un médicament, se coucher et se redresser.
Il manipule alors un pistolet qu'il place sous son oreiller. Son épouse est endormie à ses côtés. Il a d'abord nié avoir détenu une arme car "ce n'est pas idéal d'avoir une arme dans un dossier d'assassinat".
Avant de dire qu'elle lui a été volée lors d'un cambriolage, antérieur à la vidéo et d'enfin préciser qu'il l'avait revendue. Amedeo Troiano s'est défendu pied à pied. Il a toujours nié l'assassinat.
Prévu pour trois semaines, son procès, qui s'ouvre ce lundi devant les assises de Liège, s'annonce comme un rude combat entre accusation et défense.
