Triple assassinat de Visé: Esteban, 9 ans "était penché, voire recroquevillé" (Revivez les audiences de ce mardi)
Les avocats ont estimé que la manière de présenter les débats pourrait prêter à un éventuel pourvoi en cassation.
- Publié le 07-02-2017 à 11h07
- Mis à jour le 07-02-2017 à 17h53

Ce lundi, la cour d'assises de Liège a débuté l'examen du procès à charge d'Amédéo Troiano qui est soupçonné d'avoir commis un triple assassinat à Visé en province de Liège. Pour rappel, le 18 avril 2014, Benoît Philippens, un Visétois de 36 ans, gérant d'une agence de banque, son épouse, Carol Haid, 38 ans, et le filleul de cette dernière, Esteban, 9 ans, ont été froidement abattus devant le domicile du couple (voir ici). Ce mardi, l'audience a repris. Voici les principaux éléments de cette journée :
15h42 : Il y a eu huit tirs
Selon l'expert en balistique Serrano, l'arme avec laquelle Amédéo Troiano s'est filmé est une arme relativement rare en Europe. Ensuite, l'expert a parlé de l'arme qui a été utilisée lors des faits. "Il s'agissait d'un 9mm Parabellum. Il y a dû avoir 8 tirs et on a retrouvé 5 douilles sur place."
L'accusé a été interrogé à propos de l'arme qu'il avait dit ne jamais avoir eue. Mis devant ses contradictions lors de l'enquête, il a prétendu que l'arme avec laquelle il s'était filmé avait été volée lors d'un cambriolage… Mais ce cambriolage a eu lieu avant la vidéo qu'il a involontairement tournée.
"Je sais que c'est un 9mm, mais je ne me souviens pas de l'arme", a déclaré l'accusé. "Ca ne m'interpelle pas lorsque l'expert dit que l'arme filmée peut correspondre." L'accusé a déclaré qu'il avait vendu l'arme en question. "Je l'ai vendue à une personne dans un café. J'ai fait une connaissance comme ça et je lui ai proposé l'arme. Je la connais à peine. J'ai essayé par mon cousin de la retrouver, mais on ne la retrouve pas."
Selon l'expert, Esteban aurait été la dernière victime. Sur question de la partie civile, l'expert a confirmé que l'auteur était du côté rue au moment des tirs sur Esteban et qu'il aurait pu prendre la fuite.
15h25 : Esteban était penché ou recroquevillé
Après l'expert en climat, ce fut au tour des experts médecins légistes et en balistique. Le président de la cour d'assises a prévenu les parties civiles que ce passage risquait d'être très éprouvant et leur a proposé, si elles le désiraient, de quitter la salle si elles ne se sentaient pas capables de le supporter. Les familles des victimes ont préféré rester.
"Esteban mesurait 1m32 pour 26 kg", a indiqué Éric Lemaire, médecin légiste. "Il avait une lésion au sommet du crâne. La balle est entrée à cet endroit et est ressortie sous la mandibule. Elle est rentrée dans le thorax." Une blessure importante qui n'a pas laissé de chance au petit garçon. "Elle a provoqué des lésions internes importantes et a traversé les lobes de tout l'hémisphère droit du crâne. La balle a terminé sa course à proximité du coeur et des poumons."
Esteban a également été touché d'une seconde balle qui l'a touché à proximité de l'omoplate. "Des vomissures ont été retrouvées dans les poumons du petit garçon." La cause du décès est un traumatisme crânien, incompatible avec la vie. "La victime était penchée, voire recroquevillée", a terminé l'expert.
Si l'état d'inconscience semble avoir été rapide dans le cas de l'enfant, il n'en n'a pas été de même pour Carol Haid. "La douleur a été progressive. Elle a été touchée à trois reprises dont une blessure à la main probablement due à un geste de défense. Les poumons étaient rétractés par l'air et le sang." Benoît Philippens, a été également touché de trois projectiles. La première balle a été tirée à la base de la nuque. "Elle est ressortie par l'os de la pommette droite. Elle a entraîné des fractures des os des orbites." Une deuxième balle a été tirée à hauteur du côté du ventre et le troisième dans la fesse.
14h39 : Il prétend qu'il dormait pendant les faits
Ce mardi après-midi, la cour a débuté les auditions des experts. Un topo-climatologue a déterminé l'heure à laquelle le soleil s'était couché le jour des faits, mais aussi la visibilité au moment des faits. Au départ, Amédéo Troiano déclarait qu'il avait quitté la Belgique pour l'Allemagne au début de la soirée. Une version qui ne colle pas avec son heure d'arrivée dans sa famille en Allemagne. "Il faisait noir, je ne sais plus", a indiqué l'accusé.
Selon sa déclaration, après une route de 5 h, il aurait dû arriver vers une ou deux heures du matin, mais selon sa famille, il n'est arrivé que le lendemain matin. "J'ai d'abord dit que j'étais parti en début de soirée car je ne voulais pas dire à mon épouse que j'avais pris des médicaments pour me suicider", a déclaré Amédéo Troiano.
Le président l'a ensuite questionné sur ce qu'il faisait au moment des faits. "J'étais dans un chemin de campagne, je dormais dans la voiture. J'avais coupé mon GSM." Une explication qui ne laisse pas de témoin. L'homme a ensuite répété: "Je ne suis pas un tueur, je suis innocent."
11h04 : "On voyait clairement que c'était un enfant"
La cour d'assises a entendu une policière qui est arrivée sur les lieux juste après les faits. Cécile N. a directement vu les douilles qui se trouvaient sur les lieux du crime. "Lorsque j'ai vu les douilles, je suis retournée à la voiture pour prendre des cônes et protéger les douilles", a indiqué la policière. "Ensuite je suis retournée vers la scène et j'ai tenu la perfusion du petit garçon. J'ai appelé les pompiers et du renfort. Je suis restée près du petit garçon jusqu'à son départ en ambulance."
Esteban n'a pas été directement identifié car il n'était pas inscrit à l'adresse des faits. "Carol Haid a donné son identité lorsqu'elle était dans l'ambulance". Selon les deux policières, on voyait directement qu'il s'agissait d'un enfant. "On voyait clairement que c'était un enfant, par sa taille, mais aussi sa tenue", a déclaré Cécile N. "On ne pouvait pas déterminer s'il s'agissait d'une petite fille ou un petit garçon, mais on voyait bien que c'était un enfant blond."
Sa collègue, Angélique B. a confirmé cette version. "On voyait clairement le corps de l'enfant avec la lumière ambiante. Nous avons utilisé la lampe de poche pour prodiguer des soins."
10h28 : "C'était comme une scène de guerre"
Après le premier incident de la matinée, la cour a entendu les deux policiers arrivés sur place juste après les faits. Ils ont été prévenus que des personnes avaient été blessées par balle. Ils ignoraient si le tireur se trouvait encore sur place. "Nous avions une progression tactique, malgré l'adrénaline présente, on doit toujours veiller à notre sécurité, mais aussi des trois personnes présentes", a indiqué l'inspecteur Geoffrey S. "Mon collègue disait au jeune homme de tenir bon que les secours allaient arriver. J'ai découvert le corps d'une jeune femme et d'un homme, tous les deux allongés sur le sol."
Les secours sont rapidement arrivés. "Nous avons mis des rubans de police, pour éviter aux personne de s'approcher. J'ai prêté secours aux personnes en compagnie du personnel ambulancier." Les lieux n'étaient pas fortement éclairés. "Il y avait un éclairage public, mais pas grande lumière", a poursuivi le témoin. "J'ai été secoué par les faits", a terminé celui-ci.
Ce fût ensuite le tour de son collègue, Olivier O. qui est intervenu avec lui. "La scène est vraiment choquante, j'ai du mal à positionner les corps", a indiqué le commissaire. "J'entends Mme Haid qui gémit, je m'accroupis à hauteur de l'enfant et je me suis adressé à Mme Haid. Je l'ai questionnée sur l'identité des auteurs. Elle m'a dit qu'elle ne le connaissait pas." Une scène particulièrement difficile à supporter. "Je vois que la dame souffre atrocement, elle gémit très fort. Je lui dis qu'elle doit tenir bon, que les secours vont arriver." C'est à ce policier qu'elle a déclaré que l'auteur avait dit à son mari avant de lui tirer dessus : "Tu te souviens de moi ?" Le policier a ensuite décrit la scène. "Elle se plaignait de douleurs affreuses au dos et n'avait plus l'usage de ses jambes. J'ai vu l'enfant et j'entendais des râles, pour moi il était toujours en vie, je l'ai mis en position de sécurité." Des faits dont les intervenants ont eu beaucoup de mal à se remettre. "Je considère cela comme une scène de guerre. Cela dure 5 minutes, mais ça m'a paru une éternité. J'ai déjà vu beaucoup de morts violentes, mais quelque chose d'aussi impressionnant, je n'ai jamais vu. Ce qui rend les choses les plus choquantes, c'est qu'il s'agit d'un enfant, de l'abondance de sang, du type de blessures et les cris des victimes."
Malgré l'intervention de la Stress Team, les policiers sont toujours émus par ce qu'ils ont découvert. "Cela n'a pas été quelque chose de facile à gérer. Nous avons porté assistance aux victimes de façon mécanique. On n'oublie pas facilement ce genre de choses."
9h49 : Troiano parle de l'arme
Ce mardi, la cour d'assises de Liège qui traite du triple assassinat de Visé a débuté par une déclaration d'Amédéo Troiano qui est revenu sur l'arme avec laquelle il s'était filmé involontairement. L'homme qui avait déclaré que l'arme qu'il était un Smith et Wesson, comme celle qui a servi à commettre les faits, est revenu sur ses déclarations. Il n'était plus très certain qu'il détenait une arme de ce type. µ
Ensuite, la défense a pris la parole pour déclarer qu'elle allait déposer un nouveau jeu de conclusions concernant un éventuel pourvoi en cassation. "Monsieur le Président, lorsque vous avez expliqué aux jurés la procédure, concernant la culpabilité, vous avez dit : "Nous serons à vos côtés." Une phrase qui poserait un problème légal selon les avocats. "Il n'est pas question de venir les guider un peu, expliquer la réalité de la preuve", a déclaré Me Wilmotte. "J'en parle pour que nous puissions en parler et je n'en fais pas un incident", a poursuivi Me Wilmotte avant de déposer des conclusions à ce sujet pour un éventuel pourvoi en cassation.
