Même en Flandre, la viande peut être un sujet politiquement sensible
Une campagne visant à inciter les Flamands à manger des protéines végétales plutôt qu'animales a été lancée cette semaine. Elle est organisée par le ministre de l'Agriculture Jo Brouns qui, 3 mois plus tôt, avait déclaré son amour pour la viande.

- Publié le 21-09-2025 à 07h58

Tout bien pesé, l'alimentation est un thème majeur du débat politique. Nos sociétés occidentales l'avaient un peu oublié car elles avaient réussi, au sortir de la seconde guerre mondiale, à se débarrasser du spectre de la famine qui les hantait depuis de nombreux siècles. Mais la nourriture est bel et bien revenue au cœur des préoccupations politiques. Au moins pour deux raisons. D'abord parce que la limitation des dépenses de santé est devenue un objectif prioritaire sous le poids des dettes publiques et du vieillissement de la population. Ensuite parce que la lutte contre le réchauffement climatique et pour la préservation des ressources naturelles a poussé les sociétés à réinterroger leur façon de se nourrir. Un débat qui, comme de nombreux autres débats sur la scène politique, ne se fait pas sans frictions idéologiques ni a priori culturels.
Quelques exemples. La possible ratification du traité de libre-échange Mercosur, entre l'Europe et les pays d'Amérique du sud, provoque des sueurs froides auprès des agriculteurs européens qui craignent la concurrence qu'ils jugent déloyale des firmes agro-alimentaires qui ne sont pas soumises aux mêmes normes environnementales et sanitaires.
Une campagne politique
Autre exemple : la passe d'armes qui a opposé certains candidats MR à Écolo durant la campagne électorale de 2019. Dans un clip quelque peu artisanal, l'ancienne ministre libérale Sabine Laruelle se posait en rempart contre la volonté supposée des verts de taxer la viande. Signe de l'importance du sujet, Écolo a répliqué immédiatement en jurant ses grands dieux que ce n'était pas le cas et en traitant le MR d'" usine à fake news".
Plus récemment et en Région bruxelloise, la classe politique s'est déchirée sur l'obligation de procéder à l'étourdissement des animaux avant leur abattage rituel − une obligation qui avait été retenue sans susciter beaucoup de vagues en Flandre et en Wallonie.
La Flandre n'est pas en reste. En juin, le ministre flamand de l'Agriculture Jo Brouns (CD & V) avait marqué son exaspération sur le réseau X après avoir lu un nouvel avis du Conseil supérieur de la santé invitant la population à réduire sa consommation de viande. "Chaque fois que je lis ces nouvelles recommandations alimentaires du Conseil supérieur de la Santé, le même sentiment m'envahit : pourquoi toujours ce ton pédant ? Comme si les gens n'étaient plus capables de réfléchir par eux-mêmes à ce qu'ils mettent dans leur assiette", s'était-il exclamé. Comme si une tranche de salami ou un steak juteux étaient soudainement les grands méchants."

Une nouvelle campagne
Le ministre social-chrétien n'avait manifestement pas pu s'empêcher de montrer sa compassion à l'égard des agriculteurs flamands dont son parti est proche et qui ont été durement meurtris par de récentes mesures visant à limiter la production d'azote dans les élevages de porcs − le fameux stikstofdecreet.
Jo Brouns ne craint apparemment pas la contradiction. À peine 3 mois après sa prise de position pro-viande, il a lancé, en compagnie du chef à succès Wim Ballieu, des restaurants Balls & Glory, une campagne baptisée "Green Deal Eiwitshift op ons bord 2.0" ("Green Deal : changement protéique dans nos assiettes 2.0") visant à inciter les Flamands à manger moins de viande et plus de protéines végétales. L'objectif du gouvernement flamand est chiffré : il faut arriver à ce que, d'ici 2030, 60 % des protéines ingurgitées par les Flamands soient d'origine végétale alors que ce pourcentage est aujourd'hui de 40 % (pour 60 % de protéines animales).

Le ministre s'est cependant excusé en dernière minute de ne pouvoir assister en personne au lancement de cette campagne, ce lundi dans les locaux du gouvernement flamand. Son cabinet a laissé entendre qu'il était retenu par les débats budgétaires en cours au sein du gouvernement flamand. Cela lui a fort opportunément évité de devoir répondre à l'apparente contradiction de sa position à trois mois d'écart. Signe que le sujet reste sensible : le gouvernement flamand a invité les concepteurs de la campagne à utiliser les termes "omnivores" et "flexitariens" plutôt que "carnivores" ou même "végétariens", jugé un peu trop stigmatisant.
De toute évidence, quand le personnel politique parle de nourriture, il marche sur des œufs.