Après les élus, les experts : l'OPA du MR pour tenter d'asphyxier Défi
Marc Loewenstein, Emmanuel De Bock ou encore le chef de cabinet de Bernard Clerfayt… Le MR enregistre ces derniers jours l'arrivée de plusieurs cadres de Défi, qu'il s'agisse d'élus ou de techniciens.

- Publié le 03-03-2026 à 06h36
- Mis à jour le 05-03-2026 à 10h19

L'arrivée d'Emmanuel De Bock au MR, ancien chef de groupe Défi au Parlement bruxellois, n'était que la partie émergée de l'iceberg. "Cette arrivée s'inscrit dans un mouvement plus large de recrutements qui, dans les prochaines semaines, continueront à renforcer le MR", prévenait déjà Georges-Louis Bouchez la semaine dernière.
Le président du MR ne s'en cache plus : il s'est engagé dans une tentative méthodique asphyxier Défi. Si, sous l'ère Didier Reynders, les libéraux tentaient déjà de reconstituer le cartel MR-FDF (brisé en 2011 par l'accord sur BHV), le Montois franchit un pas supplémentaire. Son ambition ? Absorber purement et simplement ce qu'il reste de la formation amarante.
Cette stratégie est devenue flagrante avant la campagne de 2024. Le MR avait alors "braqué" plusieurs députés bruxellois : Ariane de Lobkowicz, Sadik Köksal et, sitôt les élections passées, Ludivine de Magnanville. Le mouvement s'était étendu à l'échelon communal avec Michaël Vossaert à Molenbeek ou l'échevine Odile Margaux à Uccle.
Aujourd'hui, le MR vise désormais les experts et les techniciens.
L'ancien député Marc Loewenstein au MR
La Libre apprend que Marc Loewenstein, chef de file de Défi à Forest et ex-député bruxellois, rejoint le cabinet du ministre-président Boris Dilliès (MR).
Ce jeudi, le Forestois a par ailleurs annoncé rejoindre le MR. "Je ne renie rien de mon parcours", assure-t-il sur Facebook. "Mais sur l'échiquier politique, je me situe au centre-droit , et dans le contexte politique actuel — avec un gouvernement fédéral à droite et un gouvernement bruxellois également plus à droite que par le passé — je me sens aujourd'hui plus à l'aise pour défendre ces convictions au MR, tandis que Défi a progressivement adopté un positionnement plus à gauche."
La dynamique s'étend bien au-delà des seuls élus. Christophe T'Sas, ancien directeur de cabinet de Bernard Clerfayt et sherpa d'Olivier Maingain et François De Smedt, va devenir chef de cabinet adjoint chez Audrey Henry (MR, secrétaire d'État à l'Urbanisme). Il y pilotera les dossiers Propreté, Énergie et Aménagement du territoire.
L'intéressé nuance toutefois la portée politique de son geste : "J'ai choisi de mettre fin à mon rôle politique chez Défi, sans rien renier, pour valoriser mes compétences opérationnelles au profit de la Région. Il n'est pas question de reprendre un rôle politique au sein du MR, ni une carte de parti." Même trajectoire pour l'ancienne secrétaire de cabinet de Bernard Clerfayt, Alexandra Roos, qui rejoint Boris Dilliès, emmenant avec elle l'intendant et le chauffeur de l'ex-ministre amarante.
Contrairement à Emmanuel De Bock, ces profils ne franchissent pas encore tout à fait le Rubicon, mais leur position entre loyauté technique et appartenance politique risque d'être inconfortable.
"Le MR a la couronne, le PS a le pouvoir"
Bernard Clerfayt ne leur jette pas la pierre : "Je ne leur souhaitais pas le chômage", tempère-t-il, pointant au passage les similitudes entre l'accord de gouvernement bruxellois et le programme de Défi.
Mais la politique reprend vite le dessus : "Si le MR vient chercher des gens chez nous, c'est qu'il manque de cadres de qualité. Ils ont sans doute peur de se retrouver face à un PS rompu au pouvoir. D'ailleurs, dans la répartition des compétences, le MR a la couronne, mais le PS a le pouvoir."
Au MR, on assume ce double mouvement qui s'inscrit dans une forme de "concordance des luttes".
"Après 22 ans dans l'opposition, nous avons en effet besoin de profils expérimentés dans les cabinets ministériels", glisse une source libérale. "Parallèlement, cela permet à Georges-Louis Bouchez de siphonner Défi. Il vit pour ce genre de coups. En recrutant leurs meilleurs 'cabinettards', on vide le parti de sa substance."
"A défaut de convaincre sur son programme et ses valeurs, Georges-Louis Bouchez recrute en offrant des jobs à la pelle. Mais à force de promettre des places sur les listes à tout le monde, Georges-Louis Bouchez risque d'être confronté à des problèmes en 2029"
La stratégie n'a pas échappé à Sophie Rohonyi, présidente de Défi : "À défaut de convaincre sur son programme, Georges-Louis Bouchez recrute en offrant des jobs à la pelle. Mais à force de promettre des places sur les listes à tout le monde, il risque d'être confronté à des problèmes en 2029."
Pour elle, la mise en scène de certains transferts -dont le plus récent, d'Emmanuel De Bock- vise à discréditer son mouvement : "Le MR tente de ratisser large, en allant de très à droite du spectre, au centre. À terme, cette stratégie du grand écart ne tiendra pas."
Le noyau dur résistera-t-il ?
La suite du siphonnage pourrait s'avérer plus complexe pour le MR. Défi semble avoir atteint son "noyau dur".
Les quatre députés restants au Parlement bruxellois — Jonathan de Patoul, Bernard Clerfayt, Cécile Jodogne et Joëlle Maison — font figure de fidèles, de même que François De Smet à la Chambre.
Les perspectives de Défi restent objectivement incertaines, mais le parti refuse de rendre les armes.
Joëlle Maison, députée bruxelloise, assure ne pas se sentir "encerclée" : "Nous avons assaini Défi. Nous sommes en période de refondation. Le MR se droitise et doit faire des compromis sur des tas de sujets. Il existe donc un couloir pour nous, même s'il est mince. Nos bases sont plus fermes. Je sens même un certain enthousiasme."