Réforme du chômage : pourquoi y a-t-il autant de chômeurs âgés dans la 4e vague d'exclusions ? "On ne sait pas"
La mutualité Solidaris a analysé le profil des personnes exclues du chômage et fait des constatations étonnantes. Les prévisions du gouvernement ne semblent pas se vérifier.

- Publié le 10-07-2026 à 06h27

Depuis le début de l'année, la réforme du chômage du gouvernement De Wever produit ses effets. Les allocations sont désormais limitées à une durée maximale de deux ans. Vague après vague, des dizaines de milliers de chômeurs de longue durée se voient privés de leurs allocations de chômage.
Au 1er janvier 2026, ce sont les personnes au chômage depuis plus de vingt ans qui ont été exclues. Les chômeurs depuis 8 à 20 ans ont suivi au 1er mars. Au 1er avril, c'était le tour des chômeurs qui ont cumulé entre 2 et 8 ans. Enfin, au 1er juillet, les personnes arrivées au bout de deux années de chômage étaient exclues. Au total, selon les chiffres communiqués par l'Onem, ce sont 171 615 personnes qui devaient se faire exclure au niveau national.
Lors de la première vague, on trouvait logiquement nombre de chômeurs âgés parmi les exclus, étant donné qu'elle concernait les personnes au chômage depuis plus de vingt ans. La quatrième vague, qui concerne des chômeurs de deux ans et plus, devait au contraire logiquement concerner des personnes moins âgées.
Un constat étonnant
La dernière étude produite par la mutualité socialiste montre qu'il n'en est rien. Solidaris a analysé la situation de ses affiliés. Sur la base des données issues des courriers envoyés par l'Onem pour notifier la date de fin de droits et en s'appuyant sur ses données administratives et issues du remboursement des soins de santé par l'assurance obligatoire, Solidaris a pu dresser le profil des exclus pour les quatre premières vagues.
Premier constat : au niveau national, les affiliés de Solidaris représentent 47 % des exclus du chômage des quatre vagues (81 227 personnes).

Deuxième constat de Solidaris : la pyramide des âges correspondant à la quatrième vague (voir infographie) présente un résultat assez inattendu, si on considère qu'il s'agit d'affiliés les moins éloignés de l'emploi car au chômage depuis maximum 24 mois. On observe en effet une représentation marquée d'affiliés âgés entre 55 et 64 ans (13 %). Au total, parmi les affiliés de Solidaris, les 50 ans et plus représentent 42 % des exclus de la 4e vague.
Des victimes de grands licenciements collectifs ?
Brieuc Wathelet, directeur politique de Solidaris, est étonné par cette forte représentation des demandeurs d'emploi âgés. "On ne sait pas pourquoi il y en a tant", dit-il. "N'a-t-on pas là les victimes de grands licenciements collectifs ?".
"Cette quatrième vague pose des questions, poursuit M. Wathelet. Des personnes de plus de 50 ans, qui ont bossé une bonne partie de leur vie, et qui vont se retrouver au CPAS. Est-on d'accord avec ça ?"
Ces personnes, en raison de leur âge, ont en effet moins de chance de retrouver un job (en Belgique, le taux d'emploi des 55-64 ans n'est que de 60,7 %, contre 76,4 % des 20-54 ans) et sont plus nombreuses à se rendre au CPAS pour demander un revenu d'intégration sociale (RIS) suite à la perte de leurs allocations de chômage. Plus nombreuses que ce que le gouvernement avait estimé au lancement de sa réforme, à savoir qu'un tiers des exclus irait au CPAS, contre un tiers qui retrouverait du boulot et un dernier tiers qui disparaîtrait des radars.
Les chômeurs de plus de deux ans ont un niveau de santé comparable à celui d'un malade de longue durée de plus d'un an. On peut donc s'attendre à des transferts massifs de l'assurance chômage vers l'assurance maladie. Cela ne va pas faire les affaires du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke...
Dans les rangs de la majorité Arizona, on faisait valoir que la proportion de gens qui se tournent vers le CPAS allait se réduire lors des vagues suivantes, notamment parce que les exclus seraient moins âgés et trouveraient plus facilement du boulot. L'analyse de Solidaris semble battre cette théorie en brèche.
Mauvaise santé
Certes, la réforme du chômage prévoit une exception pour les demandeurs d'emploi âgés de 55 ans et plus, à condition qu'ils puissent justifier d'au moins 30 années de carrière. Mais, nuance Solidaris, d'une part, la condition de carrière est appelée à se renforcer progressivement. Et d'autre part, une partie importante des personnes concernées – notamment celles ayant connu des carrières discontinues, du temps partiel, des périodes de maladie, de chômage ou d'interruption pour raisons familiales – ne pourra vraisemblablement pas démontrer un tel passé professionnel. L'exception risque donc de protéger une minorité de personnes âgées exclues, tout en laissant sans solution la majorité de celles qui cumulent précisément les facteurs de vulnérabilité : âge, éloignement du marché du travail, santé dégradée et trajectoires professionnelles fragmentées, en particulier chez les femmes.
Le directeur politique de Solidaris insiste sur l'état de santé de ces exclus. "Les chômeurs de plus de deux ans ont un niveau de santé comparable à celui d'un malade de longue durée de plus d'un an. On peut donc s'attendre à des transferts massifs de l'assurance chômage vers l'assurance maladie. Cela ne va pas faire les affaires du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke…", conclut Brieuc Wathelet, qui rappelle que la sécurité sociale fonctionne comme des vases communicants : si vous durcissez un régime (pension, maladie ou chômage), ce sont les autres régimes qui récupèrent les exclus.