"L'intelligence artificielle fait de moi un député plus complet"
Raccourcir un texte, effectuer une recherche sur une thématique précise, ou gérer un agenda. Les parlementaires délèguent une série de tâches à l'intelligence artificielle.

- Publié le 27-10-2026 à 06h07
- Mis à jour le 27-10-2026 à 06h08

L'IA a-t-elle gagné nos parlements ? Les discussions politiques sont-elles désormais orchestrées par cet outil technologique ? Dans les couloirs de la Chambre certains ne se cachent pas de leur utilisation de l'intelligence artificielle. François De Smet (Défi), en fait partie. "Je l'utilise entre autres à des fins de documentation", avance-t-il. Unique député pour son parti à la Chambre, il s'est par exemple programmé une revue de presse qui lui parvient chaque jour, réalisée par l'IA. "Cela me donne des idées de questions à poser au gouvernement auxquelles je n'aurais pas nécessairement pensé".
"Lorsque j'ai un rendez-vous ou que je prépare un sujet, je demande à Claude (un agent conversationnel basé sur un modèle d'intelligence artificielle du même nom, NdlR) ce qu'il peut m'apprendre sur le sujet. Il est ainsi capable d'identifier les rapports les plus récents sur les sujets, toujours de manière sourcée. Je lui précise explicitement qu'il ne peut rien inventer", explique Ismaël Nuino (Les Engagés), lui aussi un fervent utilisateur de l'IA dans son travail parlementaire. "L'intelligence artificielle fait de moi un député plus complet, qui a accès à plus d'infos", ajoute-t-il.
Secrétaire automatique
Cette technologie possède également d'autres avantages permettant de gagner en efficacité, avancent ses partisans. "J'ai connecté Claude à mon agenda. Lorsque je dois fixer un rendez-vous, l'IA me propose des plages horaires libres, puis encode automatiquement l'événement dans mon agenda. Je n'ai pas besoin de secrétaire", complète Ismaël Nuino.
Au sein du groupe Ecolo-Groen, l'intelligence artificielle est également utilisée de la sorte. "Cela nous permet d'organiser la semaine entre députés. Il arrive que certaines commissions se chevauchent, l'IA nous permet d'identifier rapidement où notre présence est requise en fonction des thématiques suivies par chaque député", explique Sarah Schlitz, cheffe de groupe Ecolo-Groen à la Chambre. L'IA peut également servir à synthétiser rapidement des notes prises à la volée, de quoi, explique-t-elle, améliorer la réactivité lors des débats. Bien que le groupe affirme n'utiliser que peu cette technologie.
"En tant que collaborateur parlementaire, nous avons beaucoup de tâches répétitives à effectuer. L'IA peut nous faire gagner un temps considérable", souffle un ancien collaborateur libéral ayant tout juste quitté la Chambre. Cette nouvelle technologie, lui servait notamment à la rédiger ou reformuler certains e-mails, ou bien à concevoir des contenus à destination des réseaux sociaux. "Au sein du groupe, nous avions pour consigne d'être prudent vis-à-vis de l'IA. Il arrivait toutefois qu'un chatbot m'aide à faire tenir une question orale dans le temps imparti, ou à mettre en forme une question écrite afin qu'elle réponde aux exigences typographiques".
IA générative ?
Par contre, tous nos interlocuteurs se refusent à revendiquer un usage de l'IA générative – la rédaction de texte de manière automatique, par exemple. "Il est possible que vous retrouviez des traces d'IA dans certaines de mes questions écrites, mais elles ne sont jamais rédigées de A à Z par l'intelligence artificielle, concède François De Smet. Lorsque vous prenez la parole en séance plénière au parlement, il y a une notion d'incarnation qui est importante. Si mes textes étaient préparés par l'intelligence artificielle, cela se sentirait.
Pourtant, certains parlementaires estiment repérer des questions, orales et écrites, toutes ou en partie rédigées par une intelligence artificielle. "Si dans l'opposition quelqu'un voulait embêter le gouvernement, il suffirait de l'inonder de questions écrites rédigées par IA", fustige Ismaël Nuino. Dans l'opposition, certains affirment quant à eux déceler les structures de phrases typiques de l'intelligence artificielles lors des prises de paroles de députés de la majorité.
Transparence
S'il est donc établi que l'intelligence artificielle est largement utilisée par les députés du pays, cet usage se fait pour l'instant sans cadre légal. Plusieurs députés, dont François De Smet, demandent donc une plus grande transparence lorsque l'IA est utilisée, notamment lorsqu'il s'agit des questions parlementaires. "Cette question se pose dans le cadre du travail parlementaire comme dans d'autres domaines, estime-t-il. Tant que le public n'est jamais floué je ne vois pas de problème à l'utilisation de l'IA."
Et puis, les modèles d'intelligence artificielle les plus performants sont tous conçus hors des frontières de l'Europe. De quoi susciter un certain nombre d'interrogations notamment en matière de protection des données.