La N-VA lance des listes en Wallonie et veut y bousculer le MR
Drieu Godefridi, entrepreneur et intellectuel de droite, devient le visage du parti de Bart De Wever en Wallonie. Il sera tête de liste dans le Brabant wallon. D'autres annonces sont à venir. La N-VA a une cible : le MR de Georges-Louis Bouchez.

- Publié le 20-03-2024 à 19h27
- Mis à jour le 21-03-2024 à 11h52
Drieu Godefridi, un entrepreneur et un intellectuel de droite, un libéral-conservateur, a été adoubé mercredi par Bart De Wever lors d'une conférence de presse. Il mènera la liste N-VA dans le…. Brabant wallon et sera le visage des nationalistes à l'échelle de la Wallonie. Car, oui, la N-VA se lance bien dans la course électorale au sud du pays. Cela peut sembler paradoxal pour une formation flamingante mais ce projet avait été évoqué en décembre par Bart De Wever et ce n'était pas du bluff. Le président de la N-VA a traduit sa parole en actes.
Des listes partout
Devant les journalistes, Drieu Godefridi l'a assuré : la N-VA présentera des listes dans les cinq circonscriptions fédérales wallonnes. Il nourrit de grandes ambitions puisqu'il espère obtenir trois sièges au total au sud du pays. Cinq, si possible. Le président des nationalistes flamands et bourgmestre d'Anvers s'est montré plus prudent : "On veut surtout participer au débat du côté francophone", a-t-il temporisé devant quelques journalistes.
Mais peu importe : la N-VA débarque en Wallonie et a les bleus dans le collimateur. Drieu Godefridi, qui prend ses distances vis-à-vis du MR dont il était proche, attaque désormais cette formation qui "fait partie du système PS". Pour le représentant francophone de la N-VA, Georges-Louis Bouchez joue le jeu de la Vivaldi et, donc, des partis de gauche. C'est ce "système" qu'il voudrait perturber.
Cette initiative électorale peut-elle marcher ? L'analyse doit être nuancée. Tout d'abord, il est clair que l'offre politique à la droite du MR se cherche depuis des années. On se souviendra de la tentative de Mischaël Modrikamen qui, avec le Parti populaire (PP), avait voulu séduire cet électorat estimant que les libéraux sont trop centristes. Ce fut un échec. De même, l'ancien sénateur Alain Destexhe (ex-MR) avait lui aussi tenté sa chance en lançant, en 2019, les "Listes Destexhe". Un flop dans les urnes… Avec le professionnalisme et les moyens financiers de la N-VA, une autre histoire est désormais possible.
Un chemin escarpé
Il n'empêche que le chemin qu'arpente Drieu Godefridi est semé d'embûches. Une formation flamingante, qui réclame dans ses statuts l'indépendance de la Flandre, peut-elle plaire aux électeurs francophones ? À cette question, Drieu Godefridi répond qu'il n'a pas pris sa carte de membre de la N-VA. En cela, affirme-t-il, il n'adhère pas à l'idée "peu réaliste" d'une scission de la Belgique. Par contre, il défendra "corps et âme" le programme fédéral de la formation noir et jaune. Y compris le "confédéralisme", un terme un peu flou par lequel la N-VA résume son agenda institutionnel reposant sur une ample régionalisation des compétences de l'État fédéral.
Par ailleurs, certaines prises de position de Drieu Godefridi pourraient lui être reprochées. Notamment, son "trumpisme" enthousiaste (il est notamment l'auteur de La révolution Trump, un essai publié en 2018). À ce sujet, la tête de liste N-VA affirme que cet engouement pour l'ancien président des États-Unis appartient au passé. En particulier, les tentatives désespérées de Donald Trump visant à le maintenir au pouvoir à la fin de son mandat auraient terminé de le convaincre – certes un peu tard – de la dangerosité du personnage. Il en va de même avec Eric Zemmour : Drieu Godefridi estime que cet homme politique français, qui flirte avec l'extrême droite, invoque trop systématiquement la question de l'islam. Le candidat N-VA dans le Brabant wallon, s'il veut combattre l'islamisme, affirme ne pas vouloir sombrer dans cette obsession.
Grignoter des voix au MR
Face aux futures listes N-VA en Wallonie qui devraient être présentées dans les prochains jours, le MR dispose d'un appareil de parti en ordre de marche. Ses ministres, ses députés, ses nombreux élus locaux, quadrillent le territoire wallon. S'il se sentait menacé sur sa droite, le président libéral Georges-Louis Bouchez pourrait durcir quelque peu son style et donner le change. Le pari wallon de la N-VA semble donc fort audacieux.
Toutefois, une N-VA wallonne pourrait chiper quelques milliers de voix dans le vivier naturel du MR et l'affaiblir électoralement ; et donc politiquement. Nous n'en sommes pas là mais, si Drieu Godefridi réussissait à structurer une véritable offre en Wallonie, les libéraux se retrouveraient confrontés à une concurrence de droite. Le MR serait alors mis sous pression par une formation plus radicale. Un peu comme le PS l'est aujourd'hui vis-à-vis du PTB…