Élections 2024 : la N-VA devra retenir ses partisans tentés de voter pour le Vlaams Belang
Quels sont les principaux enjeux pour les nationalistes flamands, le 9 juin prochain ? Ils devront résister à la percée promise à l'extrême droite. Bart De Wever, le président de la N-VA, ne se prive pas d'attaquer Tom Van Grieken, le patron du Vlaams Belang…

- Publié le 21-05-2024 à 09h27
- Mis à jour le 21-05-2024 à 11h42

La N-VA renouera-t-elle avec le pouvoir fédéral ? Réussira-t-elle à obtenir un peu plus d'autonomie pour la Flandre sans payer trop cher un éventuel accord institutionnel avec le PS ? Ces questions semblent secondaires face à l'enjeu électoral numéro un pour les nationalistes flamands : résister à la probable poussée du Vlaams Belang, le 9 juin.
L'histoire des succès et des défaites du parti de Bart De Wever confine à un bras de fer avec l'extrême droite. Selon le dernier sondage de La Libre, le Vlaams Belang deviendra, dans trois semaines, la première formation au nord du pays (26 % d'intention de vote). La N-VA devrait arriver deuxième, avec un résultat de 20 % environ.

Et cette progression spectaculaire du VB se réaliserait aux frais d'une N-VA menacée d'hémorragie. Toujours selon notre dernier baromètre politique, 20 % des électeurs qui avaient opté pour la N-VA en 2019 se disent désormais prêts à choisir le Vlaams Belang.
Ce jeu de vases communicants est bien connu des politologues. Aux élections de 2014, les troupes de Bart De Wever avaient remporté une grande victoire par l'écrasement du Belang, qui n'obtenait que… trois députés à la Chambre. Dix ans plus tard, la dynamique est inversée.

Un parti gestionnaire
Il faut dire que les nationalistes, contrairement à l'extrême droite, participent depuis longtemps à l'exercice du pouvoir en Flandre, dans les provinces et dans les communes. Ils doivent assumer tous les compromis consentis, les échecs et les réussites en demi-teinte de différents exécutifs.
Au gouvernement flamand, la N-VA est aux affaires sans interruption depuis… 20 ans. En 2004, Geert Bourgeois, la figure historique du parti, devenait l'un des ministres du gouvernement régional dirigé par Yves Leterme. À cette époque, le CD&V et la N-VA fonctionnaient encore en cartel. Depuis une décennie, la N-VA monopolise la ministre-présidence au sein de l'exécutif flamand (Bourgeois, Homans, Jambon).
Et, de 2014 à 2018, les nationalistes avaient participé à un gouvernement fédéral, celui de Charles Michel, qui s'appuyait sur la majorité "suédoise" (MR, Open VLD, CD&V et N-VA).
Discréditer le Belang
Afin de résister le mieux possible à la vague Belang qui va déferler, la N-VA doit se démarquer. De Wever l'a bien compris et ne perd jamais une occasion d'étaler ses différences vis-à-vis de Tom Van Grieken, le patron de la formation d'extrême droite. Ce dernier rêve de rompre son isolement et de participer, grâce à une alliance avec la N-VA, au prochain gouvernement flamand.
Un exemple très récent. Réunies dans le château Jemeppe à Hargimont (province de Luxembourg), plusieurs personnalités politiques flamandes ont participé à un show de téléréalité. Lors du premier épisode de Het Conclaaf sur VTM, Bart De Wever en a profité pour démolir le Vlaams Belang en présence de Tom Van Grieken. Sous l'œil des caméras, le président de la N-VA a affirmé, une fois encore, que son parti et le Belang étaient incompatibles. La N-VA, contrairement au VB, veut donner à la Flandre la politique de centre-droit qu'elle réclame. Pour De Wever, le VB offre au contraire un programme socio-économique digne de la gauche…
Idem sur le plan institutionnel. En bon conservateur, le président des nationalistes veut éviter à tout prix les troubles révolutionnaires, les incertitudes d'un "scénario catalan" par lequel la Flandre déciderait unilatéralement de son indépendance. La N-VA se présente au contraire comme un parti pouvant obtenir davantage d'autonomie pour la Flandre par la négociation avec les francophones.
Mais ces arguments rationnels suffiront-ils à convaincre les électeurs tentés par l'extrême droite ? En Flandre, l'immigration est la principale préoccupation de la population, selon les enquêtes d'opinion. Or, ce thème constitue justement le noyau dur du programme du Belang. La N-VA, par le "nationalisme inclusif" qu'elle défend, pourrait sembler moins ferme que son éternel rival.
Dans cette compétition, les nationalistes fournissent cette réponse : la migration et la politique de l'asile sont concentrées au niveau de pouvoir fédéral dont le Belang est exclu en raison du veto à son encontre des partis francophones et de plusieurs formations flamandes. Autrement dit, le vote Belang est un vote inutile, selon le président de la N-VA.