Écolo devra faire mentir les sondages et vaincre son signe indien
Au pouvoir partout, les écologistes réussiront-ils à éviter un désaveu dans les urnes ? Les baromètres politiques montrent que les verts sont menacés. Le 9 juin, une lourde défaite électorale est possible. Le contexte de cette législature explique beaucoup des difficultés d'Écolo.

- Publié le 25-05-2024 à 07h11

Les verts n'abordent pas cette campagne électorale dans les meilleures conditions. Avant les élections de 2019, les "marches pour le climat" avaient placé l'avenir incertain de la planète au centre de l'attention. Cinq ans plus tard, nous évoluons dans un tout autre monde. La crise sanitaire a été suivie de l'invasion de l'Ukraine par l'ogre russe et d'une crise inflationniste.
Ce long tunnel a dilué le sentiment d'urgence climatique. Avant de s'inquiéter de la température qu'il fera en 2050, il faut vaincre l'impérialisme poutinien, ici et maintenant. La sécurité, le terrorisme, l'immigration, l'islamisme radical, le pouvoir d'achat, la guerre, le réarmement, l'implication dans l'Otan… Autant de défis actuels vis-à-vis desquels Écolo est moins à l'aise que d'autres formations.
Au pouvoir dans tous les gouvernements – au fédéral, à Bruxelles, en Wallonie et à la Fédération -, les verts ont affiché un certain pragmatisme, allant jusqu'à devoir accepter la prolongation de deux réacteurs nucléaires. Mais, dans l'isoloir, les électeurs auront-ils ces nuances en tête ? Le doute est permis.
Claque électorale en vue ?
Les sondages sont mauvais pour le parti de Jean-Marc Nollet et de Rajae Maouane. Bien sûr, il faut regarder ces baromètres politiques avec prudence. Il ne s'agit jamais que d'un instantané de l'opinion publique par nature fluctuante. Toutefois, les chiffres des intentions de vote tintent certainement aux oreilles écologistes comme un signal d'alerte. Selon les projections en sièges à la Chambre calculées par le Crisp (Centre de recherche et d'information sociopolitiques), le groupe Écolo-Groen perdrait 9 députés. Une claque.
Au sombre contexte international qui ne facilite pas la vie aux verts, vient s'ajouter la recomposition de l'espace politique francophone. À gauche, Écolo est piégé dans l'étau de la compétition avec un PS sur la défensive et un PTB conquérant. Les trois formations sont très proches sur le plan idéologique et convoitent en partie les mêmes votes. Sur le flanc droit des verts, Les Engagés et le MR représentent également une menace. Ces deux partis pourraient récupérer des électeurs déboussolés par certaines prises de position des écologistes. Notamment sur le voile islamique.
Pour ne rien arranger, l'éviction des verts se prépare au fédéral. Georges-Louis Bouchez et Sammy Mahdi ont annoncé dans La Libre leurs fiançailles en vue de la formation du prochain gouvernement. Le président du MR et son homologue du CD&V veulent qu'une alliance des partis du centre à la droite (MR, Open VLD, CD&V, Engagés et N-VA) constitue l'axe central de la prochaine majorité. Une majorité dont les verts devraient idéalement être exclus. Bart De Wever ne voudra pas davantage s'associer aux écologistes qui, à ses yeux, sont "pires que les communistes".
Un petit espoir
En politique, la seule arithmétique ne peut tout expliquer. Même en cas de défaite le 9 juin, Écolo pourrait se maintenir au pouvoir. Paul Magnette, le président du PS, l'a annoncé et répété : il va tenter de mettre en place les coalitions les plus à gauche possible et éjecter les libéraux des gouvernements. En Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, un "Olivier" pourrait prendre racine, qui associerait les socialistes, les écologistes et Les Engagés. Au fédéral, idem : le PS voudra sans doute atténuer le poids de la droite flamande en s'adjoignant un allié de gauche.
À la Région bruxelloise, le MR devrait finir premier et avoir la main sur les négociations qui suivront les élections. Si Georges-Louis Bouchez se montre conséquent, il privilégiera un exécutif sans les verts. Mais Groen, le parti frère d'Écolo, pourrait être indispensable dans la constitution de l'aile flamande du futur gouvernement régional. En position de force, Groen pourrait exiger de faire monter Écolo à bord.
Tous ces plans sont évidemment très spéculatifs. Les cadres et la base militante d'Écolo auront du mal à accepter des compromis visant uniquement à un maintien au pouvoir. Servir les intérêts des socialistes tout en étant affaiblis ? Cela ne fait pas rêver… Le MR aime présenter Écolo comme le petit satellite du grand frère PS. Ne serait-ce pas donner raison aux libéraux ?
À ce stade, la seule échappatoire pour Écolo est de faire mentir les sondages. Une défaite moins lourde qu'annoncée serait déjà une demi-victoire après plusieurs années de gouvernement(s). Jusqu'à présent, Écolo a toujours connu de grosses défaites après ses participations gouvernementales. Une sorte de malédiction, un signe indien à vaincre. Les électeurs des verts, assez volages, ne pardonnent pas facilement les compromis et les couacs inhérents à la gestion de la chose publique.